Phèdre

Dans un palais de crépuscule sans âge, comme une arène rituelle ouverte au combat funèbre des générations, une langue de sable clair semble faire allusion au rivage tout proche et aux ruines à venir. Au fond, le bleu du ciel ou de la mer fait une trouée inaccessible. Nous sommes aux temps mythiques où le divin et l'humain rïdent encore dans les parages l'un de l'autre, où les monstres et les êtres fabuleux hantent encore les généalogies. Mais les dieux que les héros ne cessent d'invoquer, leur puissance qu'ils ne cessent d'éprouver jusque dans leur chair, ne se montrent plus sur la scène, dont Racine se borne à noter qu'elle se situe " à Trézène, ville du Péloponèse ", dans une cité presque inconnue qui n'existe que pour le drame. A cette époque légendaire, à ce lieu presque indéterminé, répond une intrigue d'une sobriété Exemplaire, arrachant implacablement à Phèdre l'aveu de son amour maudit pour Hippolyte. Dans sa préface à Bérénice, Racine ne cachait pas sa fierté d'être parvenu à " faire quelque chose de rien " ; dans Phèdre, ce " rien " tient à la tension d'un nom qu'il fallait taire, d'un secret impossible à garder. Ce que l'héroëne arrache ou laisse arracher au silence - confidence, aveu, arrêt de mort - ne sont que les degrés d'une descente dans les ténèbres auxquelles Phèdre s'était vouée depuis toujours. Et toute la tragédie est comme une parenthèse ouverte dans ces ténèbres où " la fille de Minos et de Pasiphaé " peut laisser éclater sa passion et dire " ce que jamais on ne devait entendre ". Pour sa première approche de la tragédie classique,
Luc Bondy a choisi les raffinements de la simplicité afin de monter " une Phèdre réaliste ", au plus près de l'énergie tourmentée, de la violence sensuelle du chef-d'oeuvre de Racine.
Didier Sandre y incarne un Thésée d'une présence royale saisissante.
Quant à Valérie Dréville, clouée de tout son corps à une interminable agonie, hautaine ou convulsée, enfantine ou inhumaine, habitant le poème de ses murmures ou de ses cris, elle est une Phèdre inoubliable.

Théâtre de l'Odéon

France

Théâtre de l'Odéon

du 22 septembre 1998 au 31 octobre 1998

Phèdre

de JEAN RACINE

mise en scène LUC BONDY

avec Didier Sandre, Valérie Dréville, Sylvain Jacques, Garance Clavel, Dominique Frot, Laurent Grevill, Marie Modiano, Marie-Louise Bischofberger

Création

Votre venue

Théâtre de l'Odéon
Accès
  • Phèdre | © D.R.
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  • Phèdre | © Laurence Mullenders DR
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  • Phèdre | © Mario Del Curto DR
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  • Phèdre | © Mario Del Curto DR
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  • Phèdre | © Mario Del Curto DR
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  • Phèdre | © D.R.
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  • Phèdre | © D.R.
    © D.R.

Dans un palais de crépuscule sans âge, comme une arène rituelle ouverte au combat funèbre des générations, une langue de sable clair semble faire allusion au rivage tout proche et aux ruines à venir. Au fond, le bleu du ciel ou de la mer fait une trouée inaccessible. Nous sommes aux temps mythiques où le divin et l'humain rïdent encore dans les parages l'un de l'autre, où les monstres et les êtres fabuleux hantent encore les généalogies. Mais les dieux que les héros ne cessent d'invoquer, leur puissance qu'ils ne cessent d'éprouver jusque dans leur chair, ne se montrent plus sur la scène, dont Racine se borne à noter qu'elle se situe " à Trézène, ville du Péloponèse ", dans une cité presque inconnue qui n'existe que pour le drame. A cette époque légendaire, à ce lieu presque indéterminé, répond une intrigue d'une sobriété Exemplaire, arrachant implacablement à Phèdre l'aveu de son amour maudit pour Hippolyte. Dans sa préface à Bérénice, Racine ne cachait pas sa fierté d'être parvenu à " faire quelque chose de rien " ; dans Phèdre, ce " rien " tient à la tension d'un nom qu'il fallait taire, d'un secret impossible à garder. Ce que l'héroëne arrache ou laisse arracher au silence - confidence, aveu, arrêt de mort - ne sont que les degrés d'une descente dans les ténèbres auxquelles Phèdre s'était vouée depuis toujours. Et toute la tragédie est comme une parenthèse ouverte dans ces ténèbres où " la fille de Minos et de Pasiphaé " peut laisser éclater sa passion et dire " ce que jamais on ne devait entendre ". Pour sa première approche de la tragédie classique,
Luc Bondy a choisi les raffinements de la simplicité afin de monter " une Phèdre réaliste ", au plus près de l'énergie tourmentée, de la violence sensuelle du chef-d'oeuvre de Racine.
Didier Sandre y incarne un Thésée d'une présence royale saisissante.
Quant à Valérie Dréville, clouée de tout son corps à une interminable agonie, hautaine ou convulsée, enfantine ou inhumaine, habitant le poème de ses murmures ou de ses cris, elle est une Phèdre inoubliable.

Autour du spectacle

Générique

de JEAN RACINE
mise en scène LUC BONDY

décor Erich Wonder
lumières André Diot
costumes Rudy Sabounghi
son Philippe Cachia

avec Didier Sandre, Valérie Dréville, Sylvain Jacques, Garance Clavel, Dominique Frot, Laurent Grevill, Marie Modiano, Marie-Louise Bischofberger

coproduction Théâtre Vidy de Lausanne, ETE Kunstfestspiele Reckling hausen Europêisches Festival, Wiener Festwochen, Theater der Nationen im Rahmen der Zrcher Festspiele
coréalisation Odéon-Théâtre de l'Europe, Festival d'Automne à Paris
Spectacle créé à Lausanne le 24 février 1998

Metteur en scène

Luc Bondy

Né en 1948 à Zurich, il entame dès la fin des années 1960 une carrière de metteur en scène qui l’amène à signer plus de soixante-dix spectacles, d’abord à travers toute l’Allemagne puis dans le monde entier.

Luc Bondy, qui a entre autres succédé à Peter Stein à la Schaubühne et dirigé les Wiener Festwochen de 2001 à 2013, a abordé les auteurs les plus variés : Beckett, Bond, Büchner, Crimp, Euripide, Fassbinder, Genet, Gœthe, Gombrowicz, Handke, Ibsen, Ionesco (Les Chaises, Nanterre, 2010), Marivaux, Molière, Pinter, Racine, Reza, Schnitzler (Terre étrangère, Nanterre, 1984), Shakespeare, Botho Strauss, Tchekhov, Witkiewicz...

À l’opéra, du Wozzeck de Berg (Hambourg 1976) à Charlotte Salomon de Marc-André Dalbavie (création mondiale au Festival de Salzbourg 2014), il a monté Bœsmans, Britten, Haendel, Mozart, Puccini, Strauss ou Verdi à Paris, Salzbourg, Florence, Milan, Londres, Vienne, Bruxelles...

Au cinéma, il a réalisé trois films : Die Ortliebschen Frauen (1979) ; Terre étrangère, avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Alain Cuny (1988) ; Ne fais pas ça avec Nicole Garcia, Natacha Régnier, Dominique Reymond (2004).

Il a écrit plusieurs livres, publiés chez Grasset ou Christian Bourgois. Dernière parution : Toronto (Zsolnay, Vienne 2012).  

Luc Bondy, qui dirigeait l'Odéon depuis 2012, est décédé le 28 novembre 2015, à la suite d'une pneumonie.

 

Ivanov, photo de répétition. 2015 © Thierry Depagne

 

A l'Odéon-Théâtre de l'Europe :
John Gabriel Borkman, Henrik Ibsen, 1993
Phèdre, Racine, 1998
En attendant Godot, Samuel Beckett, 1999
La Mouette, Anton Tchekhov, 2002
Viol, Botho Strauss, 2006
Die schönen Tage von Aranjuez, Peter Handke, 2012
Le Retour, Harold Pinter, 2012
Les Fausses Confidences, Marivaux, 2014 (reprise en mai 2015)
Tartuffe, Molière, 2014 (reprise en janvier 2016)
Ivanov, Anton Tchekhov, 2015
 

Auteur

Jean Racine

(1639-1699)
Orphelin à trois ans, Jean Racine est éduqué à Port-Royal. Il devient l'ami de fils de grandes familles du royaume, relations qui lui seront fort utiles dans sa carrière.
Décidé à devenir auteur, Racine essaye vainement d'obtenir un bénéfice ecclésiastique pour assurer sa vie matérielle. Colbert lui fait pourtant obtenir une pension en 1664, qu'il conservera jusqu'à sa mort.
Racine est d'abord reconnu comme poète officiel.
En juin 1664 Molière accepte de jouer sa première tragédie : La Thébaïde ou Les Frères ennemis.
En 1665, il obtient le succès avec Alexandre le Grand, mais se brouille avec Molière en donnant sa pièce à l'Hôtel de Bourgogne, théâtre rival.
Racine défend le genre théâtral contre la position de l'Eglise et de Port-Royal en particulier, attaquant ainsi ses anciens maîtres.
Sa gloire réelle date du succès considérable d'Andromaque, en novembre 1667.
Avec Bérénice (1670), dédiée à Colbert, Racine obtient l'enthousiasme du public et triomphe devant Corneille (qui avait auparavant écrit Tite et Bérénice).
En 1673, il entre à l'Académie française, et devient Trésorier de France, à Moulins.
Phèdre est créée en 1677, et se trouve alors en rivalité avec une autre pièce, Phèdre et Hippolyte (d'un obscur poète, Pradon) que jouait le théâtre de Molière. Cette pièce, soutenue par le duc de Nevers et toute une cabale, rencontre d'abord le succès avant d'être rapidement supplantée par Phèdre, qui apparaît bien vite comme le grand chef-d'oeuvre de Racine. Pourtant celui-ci, très affecté par l'échec des premières représentations, abandonne le théâtre et retourne dans le sein de l'Eglise.

Très mondain, Racine est souvent détesté de ses confrères, qui lui reprochent aussi son allure de bon bourgeois, ses placements financiers, son désir de respectabilité.
En 1677, Racine accepte la charge (et l'honneur) d'écrire l'histoire officielle du Roi, charge qu'il partage avec Boileau. A 37 ans, Racine a cessé d'écrire pour le théâtre, n'écrivant plus que quelques livrets d'opéras pour le Roi. Mais il est l'auteur dramatique le plus joué et admiré, et ses oeuvres complètes paraissent dès 1687.

En 1689, Mme de Maintenon le convainc d'écrire une pièce édifiante pour ses jeunes protégées de Saint-Cyr. Esther est jouée à la Cour et obtient un immense succès, avant que les dévots ne reviennent à la charge et s'offusquent qu'on joue du théâtre au sein de l'Eglise. Athalie (1690), nouvelle commande de Saint-Cyr, n'y sera jamais jouée.
La même année, la tante de Racine devient abbesse de Port-Royal. Alors que l'abbaye est considérée comme le bastion du Jansénisme, Racine s'en fait le défenseur.
Il meurt le 21 avril 1699, et est enterré selon ses voeux à Port-Royal.

Les pièces de Racine sont jouées au Théâtre de l'Odéon tout au long de son histoire. Les dernières années ont accueilli :
- Andromaque, ms Jean-Louis Barrault en 1962-63, et ms Jean-Paul Roussillon, en 1973-74.
- Bajazet, ms Jean Gillibert, en 1973-74.
- Athalie, ms Roger Planchon, en 1980-81.
- Britannicus, ms Gildas Bourdet, en 1980-81.
- Esther, ms Françoise Seigner, en 1986-87.
- Phèdre, ms Luc Bondy, en 1998, et ms Patrice Chéreau, pour l'inauguration de l'installation de l'Odéon aux ateliers Berthier en 2003.