Phèdre

En 1995, à la fin des répétitions de Dans la solitude des champs de coton, la costumière Moidele Bickel dit à Patrice Chéreau : "Maintenant, tu dois faire Racine, et de la même façon", ajoutant qu'il lui revenait d'en explorer la langue "comme cela". L'invitation, dans ce qu'elle avait d'énigmatique, n'était pas faite pour être oubliée ; en relisant Racine, Chéreau vit le sens qu'elle prenait pour lui. La traversée de l'œuvre de Koltès l'avait peut-être préparé à déchiffrer, sous la clarté des chaînes de la syntaxe, la hantise d'une autre face du langage, fuyante, enfouie, indicible, condamnée pourtant à s'ouvrir avec insistance une voie vers le jour. Phèdre est la grande tragédie des aveux, que l'inavouable sous-tend à chaque pas. Toute l'intrigue est rythmée par l'agonie, formant une brève parenthèse solaire et implacable séparant les deux protagonistes de leur fin. Phèdre et Hippolyte sont comme les deux versants d'un même destin (Racine associe d'ailleurs leurs deux noms en 1677 dans le titre de l'édition originale, dont la ponctuation fluide et sinueuse a la préférence de Chéreau). L'un de ces versants est pur ; l'autre est maudit. Mais ils ne se laissent pas séparer et semblent dans leur duel se contaminer l'un l'autre, nouant d'étranges complicités. L'un et l'autre, succombant à la tentation, laissent échapper une parole qui nomme leur désir ou leur faute, et que rien ne rattrapera plus. L'un et l'autre, en gardant le silence sur leur face-à-face, se feront complices d'un même secret fatal. Et tous deux, quand s'ouvre le drame, sont en fuite. Dès le premier vers, Hippolyte proclame sa décision : partir à la recherche de Thésée. Rêvant d'errance et d'aventure, il se voudrait l'émule de son père, "Héros intrépide" qui purgea l'univers de ses "Monstres étouffés". Phèdre, dès son entrée, annonce en revanche qu'il lui faut "demeurer". Elle ne peut disparaître qu'en se laissant mourir, marchant ainsi sur les traces d'un époux "qui va du Dieu des morts déshonorer la couche". Hippolyte voudrait filer à la surface du monde ; Phèdre, s'enfoncer vers les Enfers. De Thésée, le grand absent héroïque et volage, le maître paradoxal de l'ordre et de la jouissance, dont la volonté fait loi au point que ses paroles prennent corps, son fils voudrait imiter les exploits, et son épouse, la puissance de transgression... Pour explorer les secrets de cette "injuste Famille", Patrice Chéreau a réuni Pascal Greggory (Thésée), Eric Ruf (Hippolyte) et Christiane Cohendy (Oenone), Michel Duchaussoy (Théramène) et Marina Hands, Agnès Sourdillon et Nathalie Bécue. Et c'est à Dominique Blanc (que le public de l'Odéon a tant aimée dans Une maison de poupée, en 1997), qu'il a choisi de confier, après des années de travail commun, l'un des rôles les plus importants et les plus lourds du répertoire.


Berthier grande salle

France

Berthier grande salle

du 15 janvier 2003 au 20 avril 2003

Phèdre

de JEAN RACINE

mise en scène de PATRICE CHEREAU

avec Nathalie Bécue, Dominique Blanc, Michel Duchaussoy, Pascal Greggory, Marina Hands, Christiane Cohendy, Eric Ruf, Agnès Sourdillon

Création

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En 1995, à la fin des répétitions de Dans la solitude des champs de coton, la costumière Moidele Bickel dit à Patrice Chéreau : "Maintenant, tu dois faire Racine, et de la même façon", ajoutant qu'il lui revenait d'en explorer la langue "comme cela". L'invitation, dans ce qu'elle avait d'énigmatique, n'était pas faite pour être oubliée ; en relisant Racine, Chéreau vit le sens qu'elle prenait pour lui. La traversée de l'œuvre de Koltès l'avait peut-être préparé à déchiffrer, sous la clarté des chaînes de la syntaxe, la hantise d'une autre face du langage, fuyante, enfouie, indicible, condamnée pourtant à s'ouvrir avec insistance une voie vers le jour. Phèdre est la grande tragédie des aveux, que l'inavouable sous-tend à chaque pas. Toute l'intrigue est rythmée par l'agonie, formant une brève parenthèse solaire et implacable séparant les deux protagonistes de leur fin. Phèdre et Hippolyte sont comme les deux versants d'un même destin (Racine associe d'ailleurs leurs deux noms en 1677 dans le titre de l'édition originale, dont la ponctuation fluide et sinueuse a la préférence de Chéreau). L'un de ces versants est pur ; l'autre est maudit. Mais ils ne se laissent pas séparer et semblent dans leur duel se contaminer l'un l'autre, nouant d'étranges complicités. L'un et l'autre, succombant à la tentation, laissent échapper une parole qui nomme leur désir ou leur faute, et que rien ne rattrapera plus. L'un et l'autre, en gardant le silence sur leur face-à-face, se feront complices d'un même secret fatal. Et tous deux, quand s'ouvre le drame, sont en fuite. Dès le premier vers, Hippolyte proclame sa décision : partir à la recherche de Thésée. Rêvant d'errance et d'aventure, il se voudrait l'émule de son père, "Héros intrépide" qui purgea l'univers de ses "Monstres étouffés". Phèdre, dès son entrée, annonce en revanche qu'il lui faut "demeurer". Elle ne peut disparaître qu'en se laissant mourir, marchant ainsi sur les traces d'un époux "qui va du Dieu des morts déshonorer la couche". Hippolyte voudrait filer à la surface du monde ; Phèdre, s'enfoncer vers les Enfers. De Thésée, le grand absent héroïque et volage, le maître paradoxal de l'ordre et de la jouissance, dont la volonté fait loi au point que ses paroles prennent corps, son fils voudrait imiter les exploits, et son épouse, la puissance de transgression... Pour explorer les secrets de cette "injuste Famille", Patrice Chéreau a réuni Pascal Greggory (Thésée), Eric Ruf (Hippolyte) et Christiane Cohendy (Oenone), Michel Duchaussoy (Théramène) et Marina Hands, Agnès Sourdillon et Nathalie Bécue. Et c'est à Dominique Blanc (que le public de l'Odéon a tant aimée dans Une maison de poupée, en 1997), qu'il a choisi de confier, après des années de travail commun, l'un des rôles les plus importants et les plus lourds du répertoire.

Autour du spectacle

Générique

de JEAN RACINE
mise en scène de PATRICE CHEREAU

décors: Richard Peduzzi
costumes: Moidele Bickel
éclairage: Dominique Bruguière
maquillages et coiffures: Kuno Schlegelmilch
avec Nathalie Bécue, Dominique Blanc, Michel Duchaussoy, Pascal Greggory, Marina Hands, Christiane Cohendy, Eric Ruf, Agnès Sourdillon

production : Odéon-Théâtre de l'Europe, RuhrTriennale

Metteur en scène

Patrice Chéreau

Patrice Chéreau dirige à 22 ans le Théâtre de Sartrouville puis part travailler à Milan, au Piccolo Teatro. Codirecteur du TNP de Villeurbanne (1972-1981), il y aborde Marlowe, Marivaux, Bond, Wenzel, Ibsen...
Directeur du Théâtre des Amandiers de Nanterre avec Catherine Tasca (1982-1990), il contribue à révéler l'œuvre de Koltès et monte aussi Genet, Heiner Müller, Tchekhov, Shakespeare (Hamlet, Festival d’Avignon 1988).
À l'opéra, il travaille notamment avec Pierre Boulez (le Ring de Wagner, Festival de Bayreuth, 1976-1980 ; Lulu de Berg, Opéra de Paris, 1979 ; De la Maison des morts de Janacek, en collaboration avec Thierry Thieû Niang, Festival d'Aix-en-Provence, 2007-2009), Daniel Barenboim (Wozzeck de Berg et Don Giovanni de Mozart, 1994-1996 ; Tristan und Isolde de Wagner, Scala de Milan, 2007), ou Esa-Pekka Salonen (Elektra, de Strauss, Festival d'Aixen-Provence, juillet 2013).
Au cinéma, L’Homme blessé remporte en 1984 le César du meilleur scénario. Viennent ensuite, entre autres, La Reine Margot, prix du jury au Festival de Cannes 1994 ; Ceux qui m'aiment prendront le train, César 1999 du Meilleur réalisateur ; Intimité, Ours d'or au Festival de Berlin et Prix Louis Delluc 2001 ; Son frère, Ours d’argent 2003 du meilleur réalisateur. Dernières réalisations : Gabrielle, avec Isabelle Huppert et Pascal Greggory (2005) ; Persécution, avec Romain Duris, Charlotte Gainsbourg et Jean-Hugues Anglade (2009).
Sa Phèdre, de Racine, avec Dominique Blanc, marque en 2003 l'inauguration des Ateliers Berthier. En collaboration avec Thierry Thieû Niang, il a monté depuis La Douleur de Marguerite Duras (2009), puis La Nuit juste avant les forêts de Bernard-Marie Koltès (2011). En novembre 2010, il a été le grand invité du Louvre dans le cadre d’un programme intitulé Les visages et les corps, dont la pièce maîtresse aura été la mise en scène de Rêve d’Automne, de Jon Fosse, au cœur du Musée, puis au Théâtre de la Ville.  En 2011 il monte I am the wInd (Je suis le vent) de Jon Fosse.

Il devait créer Comme il vous plaira de Shakespeare en mars 2014 aux Ateliers Berthier.
 

A l'Odéon,
- 29 janvier au 14 février 1970 : Richard II de Shakespeare (créé à Marseille).
- 22 avril au 18 mai 1974 : Toller, scènes d'une révolution allemande, de Tankred Dorst, une création du TNP-Villeurbanne.
- 17 octobre au 16 novembre 1975 : Lear, d'Edward Bond, à nouveau une production du TNP-Villeurbanne.
- il y a créé Le temps et la chambre de Botho Strauss (1991)
- puis une nouvelle version de Dans la solitude des champs de coton, de Koltès, en 1995. Ce spectacle a tourné dans de nombreux pays.
- En 2003 il a mis en scène la Phèdre de Racine, inaugurant magistralement les Ateliers Berthier de l'Odéon.

Il a également lu sur la scène de l'Odéon deux textes de Dostoïevski :
- Les Carnets du sous-sol, en mars 2002
- Le Grand inquisiteur, un extrait des Frères Karamazov, en déc. 2006
et Coma, de Pierre Guyotat, en avril 2009

Auteur

Jean Racine

(1639-1699)
Orphelin à trois ans, Jean Racine est éduqué à Port-Royal. Il devient l'ami de fils de grandes familles du royaume, relations qui lui seront fort utiles dans sa carrière.
Décidé à devenir auteur, Racine essaye vainement d'obtenir un bénéfice ecclésiastique pour assurer sa vie matérielle. Colbert lui fait pourtant obtenir une pension en 1664, qu'il conservera jusqu'à sa mort.
Racine est d'abord reconnu comme poète officiel.
En juin 1664 Molière accepte de jouer sa première tragédie : La Thébaïde ou Les Frères ennemis.
En 1665, il obtient le succès avec Alexandre le Grand, mais se brouille avec Molière en donnant sa pièce à l'Hôtel de Bourgogne, théâtre rival.
Racine défend le genre théâtral contre la position de l'Eglise et de Port-Royal en particulier, attaquant ainsi ses anciens maîtres.
Sa gloire réelle date du succès considérable d'Andromaque, en novembre 1667.
Avec Bérénice (1670), dédiée à Colbert, Racine obtient l'enthousiasme du public et triomphe devant Corneille (qui avait auparavant écrit Tite et Bérénice).
En 1673, il entre à l'Académie française, et devient Trésorier de France, à Moulins.
Phèdre est créée en 1677, et se trouve alors en rivalité avec une autre pièce, Phèdre et Hippolyte (d'un obscur poète, Pradon) que jouait le théâtre de Molière. Cette pièce, soutenue par le duc de Nevers et toute une cabale, rencontre d'abord le succès avant d'être rapidement supplantée par Phèdre, qui apparaît bien vite comme le grand chef-d'oeuvre de Racine. Pourtant celui-ci, très affecté par l'échec des premières représentations, abandonne le théâtre et retourne dans le sein de l'Eglise.

Très mondain, Racine est souvent détesté de ses confrères, qui lui reprochent aussi son allure de bon bourgeois, ses placements financiers, son désir de respectabilité.
En 1677, Racine accepte la charge (et l'honneur) d'écrire l'histoire officielle du Roi, charge qu'il partage avec Boileau. A 37 ans, Racine a cessé d'écrire pour le théâtre, n'écrivant plus que quelques livrets d'opéras pour le Roi. Mais il est l'auteur dramatique le plus joué et admiré, et ses oeuvres complètes paraissent dès 1687.

En 1689, Mme de Maintenon le convainc d'écrire une pièce édifiante pour ses jeunes protégées de Saint-Cyr. Esther est jouée à la Cour et obtient un immense succès, avant que les dévots ne reviennent à la charge et s'offusquent qu'on joue du théâtre au sein de l'Eglise. Athalie (1690), nouvelle commande de Saint-Cyr, n'y sera jamais jouée.
La même année, la tante de Racine devient abbesse de Port-Royal. Alors que l'abbaye est considérée comme le bastion du Jansénisme, Racine s'en fait le défenseur.
Il meurt le 21 avril 1699, et est enterré selon ses voeux à Port-Royal.

Les pièces de Racine sont jouées au Théâtre de l'Odéon tout au long de son histoire. Les dernières années ont accueilli :
- Andromaque, ms Jean-Louis Barrault en 1962-63, et ms Jean-Paul Roussillon, en 1973-74.
- Bajazet, ms Jean Gillibert, en 1973-74.
- Athalie, ms Roger Planchon, en 1980-81.
- Britannicus, ms Gildas Bourdet, en 1980-81.
- Esther, ms Françoise Seigner, en 1986-87.
- Phèdre, ms Luc Bondy, en 1998, et ms Patrice Chéreau, pour l'inauguration de l'installation de l'Odéon aux ateliers Berthier en 2003.