Mistrz i Malgorzata

"Les manuscrits ne brûlent pas" : cette phrase, sans doute la plus célèbre de toute la littérature russe du XXème siècle, est prononcée par le diable. Une phrase qui n´est pas de ce monde, porteuse, plus encore que d´un espoir, d´une sorte de foi sereinement insensée : la certitude que quelque chose, dans le travail de l´art, résisterait à toutes les puissances de destruction ici-bas, qu´une certaine vérité, d´ordre spirituel peut-être, resterait invinciblement soustraite aux atteintes de toutes les tentatives de la supprimer ou de l´étouffer - survivant même aux doutes et aux faiblesses du Maître qui la porte. Cette maxime folle, due à un homme qui osa écrire à Staline " je suis UN ÉCRIVAIN MYSTIQUE", figure dans un roman dont on pressentait qu´il croiserait un jour la route de Krystian Lupa. Voilà des années que le metteur en scène polonais approfondit sa réflexion sur le genre romanesque comme forme majeure d´expression d´une crise dont notre époque n´est pas sortie. En témoignent ses créations d´après L´Homme sans qualités, Les Frères Karamazov, Les Somnambules ou Auslöschung (Extinction), dont les trois dernières ont été applaudies à l´Odéon par un public toujours croissant, séduit par la hauteur et l´exigence de sa vision. Le Maître et Marguerite vient tout naturellement s´inscrire dans une telle série, adapté pour 36 comédiens de la troupe du Stary Teatr et quelques décors sobres posés sur un plateau aux limites subtilement imprécises (au Stary, il semblait aussi bien déborder de l´avant-scène que fuir au-delà des coulisses pour se distendre dans la nuit sans horizon qui le cernait de toutes parts). Mais il y a plus : au sein du corpus qui a retenu l´attention de Lupa, le chef-d´œuvre de Boulgakov constitue le texte qui entretient avec la théâtralité les rapports les plus étroits. Car il est le dernier terrain libre d´un homme de théâtre dont la carrière aussi bien que l´œuvre furent brisées par la dictature stalinienne, et qui s´empara de l´espace romanesque pour y disposer à sa guise une scène aux dimensions de sa fantaisie, la seule qui pût éviter à son écriture de sombrer dans le chaos de son temps. Il ne faudrait pas pour autant réduire Le Maître et Marguerite à n´être que le laboratoire ou l´exutoire d´un artiste privé de son public : cette fable onirique et carnavalesque est aussi un examen introspectif dont l´issue n´a rien de triomphal. Pour arracher au néant le manuscrit que le Maître a détruit, il ne faut en effet rien de moins qu´une visite ici-bas de Woland, le "Prince des Ténèbres" en personne, et de son escorte de démons familiers, venus semer à Moscou la terreur et la confusion. Que penser d´un monde ainsi fait que les poètes y brûlent leur œuvre, et que le diable doit s´en mêler pour en assurer le salut ?

Berthier grande salle

France

Berthier grande salle

du 27 septembre 2003 au 05 octobre 2003

Mistrz i Malgorzata
Le maître et Marguerite

de MIKHAÏL BOULGAKOV

adaptation, apocryphes, mise en scène et scénographie KRYSTIAN LUPA

en polonais surtitré

Votre venue

Berthier grande salle
Accès
  • Mistrz i Malgorzata | © photo Marek Gardulski
    © photo Marek Gardulski
  • Mistrz i Malgorzata | © photo Enguerand
    © photo Enguerand
  • Mistrz i Malgorzata | © photo Marek Gardulski
    © photo Marek Gardulski
  • Mistrz i Malgorzata | © D.R.
    © D.R.

"Les manuscrits ne brûlent pas" : cette phrase, sans doute la plus célèbre de toute la littérature russe du XXème siècle, est prononcée par le diable. Une phrase qui n´est pas de ce monde, porteuse, plus encore que d´un espoir, d´une sorte de foi sereinement insensée : la certitude que quelque chose, dans le travail de l´art, résisterait à toutes les puissances de destruction ici-bas, qu´une certaine vérité, d´ordre spirituel peut-être, resterait invinciblement soustraite aux atteintes de toutes les tentatives de la supprimer ou de l´étouffer - survivant même aux doutes et aux faiblesses du Maître qui la porte. Cette maxime folle, due à un homme qui osa écrire à Staline " je suis UN ÉCRIVAIN MYSTIQUE", figure dans un roman dont on pressentait qu´il croiserait un jour la route de Krystian Lupa. Voilà des années que le metteur en scène polonais approfondit sa réflexion sur le genre romanesque comme forme majeure d´expression d´une crise dont notre époque n´est pas sortie. En témoignent ses créations d´après L´Homme sans qualités, Les Frères Karamazov, Les Somnambules ou Auslöschung (Extinction), dont les trois dernières ont été applaudies à l´Odéon par un public toujours croissant, séduit par la hauteur et l´exigence de sa vision. Le Maître et Marguerite vient tout naturellement s´inscrire dans une telle série, adapté pour 36 comédiens de la troupe du Stary Teatr et quelques décors sobres posés sur un plateau aux limites subtilement imprécises (au Stary, il semblait aussi bien déborder de l´avant-scène que fuir au-delà des coulisses pour se distendre dans la nuit sans horizon qui le cernait de toutes parts). Mais il y a plus : au sein du corpus qui a retenu l´attention de Lupa, le chef-d´œuvre de Boulgakov constitue le texte qui entretient avec la théâtralité les rapports les plus étroits. Car il est le dernier terrain libre d´un homme de théâtre dont la carrière aussi bien que l´œuvre furent brisées par la dictature stalinienne, et qui s´empara de l´espace romanesque pour y disposer à sa guise une scène aux dimensions de sa fantaisie, la seule qui pût éviter à son écriture de sombrer dans le chaos de son temps. Il ne faudrait pas pour autant réduire Le Maître et Marguerite à n´être que le laboratoire ou l´exutoire d´un artiste privé de son public : cette fable onirique et carnavalesque est aussi un examen introspectif dont l´issue n´a rien de triomphal. Pour arracher au néant le manuscrit que le Maître a détruit, il ne faut en effet rien de moins qu´une visite ici-bas de Woland, le "Prince des Ténèbres" en personne, et de son escorte de démons familiers, venus semer à Moscou la terreur et la confusion. Que penser d´un monde ainsi fait que les poètes y brûlent leur œuvre, et que le diable doit s´en mêler pour en assurer le salut ?

Générique

de MIKHAÏL BOULGAKOV
adaptation, apocryphes, mise en scène et scénographie : KRYSTIAN LUPA
traduction polonaise : Irena Lewandowska, Witold Dabrowski
musique : Jacek Ostaszewski, Jakub Ostaszewski
avec la troupe du Stary Teatr de Cracovie
Alicja BIENICEWICZ Sophia Pavlovna, Tatiana
Sonia BOHOSIEWICZ Secrétaire
Bogdan BRZYSKI Ivan Biezdomny
Boleslaw BRZOZOWSKI Afranus
Iwona BUDNER Hella
Andrzej BUSZEWICZ Nikolaï Ivanovitch, Homme dos au public
Andrzej DESKUR Judas de Kerioth, Camarade de classe d'Ivan
Joanna DROZDA Jeune fille avec des glaces
Lidia DUDA Natacha
Jan FRYCZ Ponce Pilate
Roman GANCARCZY Woland
Aldona GROCHAL Annouchka, Cousine d'Arcadi Apollonovitch
Andrzej HUDZIAK Yeshoua Ha-Nozri
Zygmunt JOZEFCZAK Georges Bengalski
Zbigniew W. KALETA Le Maître
Urszula KIEBZAK Prascovia Fiodorovna, Buffetière
Sandra KORZENIAK Marguerite
Zbigniew KOSOWSKI Micha Berlioz
Pawel KRUSZELNICKI Stiopa Likhodieïev, Aloysius Mogarytch, Ivrogne
Danuta MAKSYMOWICZ Pélagie Antonovna, Une dame
Agnieszka MANDAT Christina Ulianovna
Adam NAWOJCZYK Béhémoth
Sebastian OBERC Matthieu Lévi, Kanavkine, Témoin
Leszek PISKORZ Nicanor Ivanovitch Bossoï, Arcadi Apollonovitch Simpleïarov
Jacek ROMANOWSKI Azazello
Zbigniew RUCINSKI Marcus Mort aux rats, Rimski
Piotr SKIBA Koroviev
Marcin SIANKO Varienoukha
Jerzy SWIECH Caïphe, Docteur Stravinsky
Joanna SYDOR Niza, Varvara
Maria ZAJACÓWNA-RADWAN Servante de Niza, Arcadïa Apollonovitch Simpleïarov
Jakub OSTASZEWSKI Musicien

production : Narodowy Stary Teatr Cracovie

surtitrage : Agnieszka Zgieb

Metteur en scène

Krystian Lupa

Krystian Lupa est né en 1943 à Jastrzebie Zdroj en Pologne. De 1963 à 1969, il suit des cours de peinture, puis d'art graphique à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, dont il sort avec un diplôme en arts graphiques. Après des études de cinéma qu'il n'achève pas, il se forme pendant quatre ans à la mise en scène au Conservatoire d'Art Dramatique de Cracovie, où il obtient son diplôme en 1978.
Il commence alors sa carrière au Teatr Norwida de Jelenia Gora, tout en dirigeant quelques productions au Stary Teatr de Cracovie (notamment Yvonne, Princesse de Bourgogne, de Gombrowicz, en 1978). Son travail à Jelenia Gora présente un caractère expérimental très marqué. Dans un texte intitulé «Le théâtre de la révélation» Krystian Lupa expose sa conception du théâtre comme instrument d'exploration et de transgression des frontières de l'individualité. En 1986 il quitte définitivement Jelenia Gora pour le Stary Teatr de Cracovie dont il devient le metteur en scène attitré. Son arrivée à Cracovie coïncide avec un tournant de sa recherche. Il s'intéresse davantage aux questions éthiques, et la plupart de ses mises en scène puisent leur matière dans la littérature russe ou autrichienne.

Il a monté ou adapté pour la scène des auteurs tels que Musil (Esquisses de l'homme sans qualité, 1990), Dostoïevski (Les Frères Karamazov, 1990, reprise à l'Odéon en janvier 2000), Rilke (Malte ou le triptyque de l'enfant prodigue, 1991), Thomas Bernhard (La Plâtrière,1992 et Extinction), Tchekhov (Platonov; 1996), Hermann Broch (Les Somnambules), Werner Schwab (Les Présidentes, au Teatr Polski à Wroclaw en 1999). Depuis 1983, Krystian Lupa enseigne au Conservatoire d'Art Dramatique de Cracovie, où il est doyen de la faculté de mise en scène. De nombreux prix ont distingué son travail. Pour les Somnambules, il a obtenu le XXXVIème Grand Prix de la Critique dramatique et musicale pour le meilleur spectacle étranger.
Il a créé Le Maître et Marguerite d'après M. Boulgakov à Cracovie en 2002. En 2006, il crée Zaratustra d'après Friedrich Nietzsche et Einar Schleef.

A l'Odéon :
- Les Somnambules d'après Hermann Broch, 1998
- Les Frères Karamazov de Dostoïevski, 2000
- Auslöschung / Extinction d'après Thomas Bernhard, 2002
- Mistrz i Malgorzata (Le Maître et Marguerite), de Boulgakov, 2003
- Rodzenstwo : Ritter, Dene, Voss (Déjeuner chez Wittgenstein) de Thomas Bernhard, 2004
- Zaratustra, d'après Nietzsche et Einar Schleef, 2007