Tartuffe

C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde.
Molière


Nous parlons la «langue de Molière» comme les Allemands celle de Goethe ou les Anglais celle de Shakespeare. Il est le coeur battant de notre tradition théâtrale. Molière dramaturge est un trésor national. Mais Molière romancier ? S'il n'existe pas, il nous revient de l'inventer, affirme Stéphane Braunschweig.
Le futur directeur du Théâtre de la Colline aime aborder les grandes pièces en dégageant ce qu'il appelle leur roman sousjacent. Cette méthode d'enquête, aussi intuitive que fidèle au texte, lui permet de redonner tout leur éclat aux questions qui y sont posées, en se laissant guider par les surprises qu'elle provoque.
En l'occurrence, il est parti de l'interrogation suivante : Tartuffe est un hypocrite, sans doute, mais ce fait ne suffit pas à expliquer son influence sur sa principale victime. Car de deux choses l'une : soit il est un grand imposteur - mais toute la maisonnée d'Orgon devrait alors avoir succombé à ses pièges, et non pas le seul chef de famille ; soit son masque de piété n'a pas grand-chose de ressemblant - mais il ne devrait alors avoir trompé personne, pas même Orgon. D'où la question : pourquoi Orgon se laisse-t-il éblouir par le jeu de son hôte ? Pourquoi le faux dévot fascine-til sa dupe au point de se voir promettre la main de sa fille et la pleine possession de tous ses biens ? Il est ainsi apparu à Braunschweig que Tartuffe est d'abord un miroir fêlé dont Orgon se sert pour détourner les yeux de ses propres failles. Son succès est à interpréter comme un symptôme de la maladie d'Orgon. Et c'est en ce point que doit intervenir la conjecture romanesque : «Il faut imaginer la vie d'Orgon, son éducation stricte, sa relation à sa mère bigote ; son premier mariage avec une femme qui plaisait à cette mère, et qui ne devait donc pas incarner la joie de vivre ; la compensation retirée peut-être de sa réussite sociale et professionnelle et de l'accroissement de ses biens matériels ; son remariage avec Elmire, jeune femme joyeuse, sensuelle, avec qui Orgon peut avoir découvert les plaisirs de la chair et simultanément les affres de la jalousie [...]. L'obsession du péché, la culpabilité liée au sexe, la jalousie qui rend fou, le besoin de pureté dans un monde ressenti comme complètement corrompu, tout concourt à faire de Tartuffe l'homme providentiel, le médecin de l'âme, capable de guérir le mal dont souffrent Orgon et sa famille, les enfants n'étant pas moins truffés de symptômes que leur père ou leur grand-mère...»
Braunschweig poursuit ainsi, au-delà de la dimension comique du Tartuffe, une enquête amorcée dans ses mises en scène de Brand, Mesure pour mesure ou Peer Gynt, sur le thème de la tentation spirituelle comme face cachée de toutes les obsessions matérialistes.

Le Tartuffe pour la première fois en bande-dessinée : par Fred Duval & Zanzim. Texte intégral. Premier volume (actes I et II) paru le 10 septembre 2008 chez Delcourt .

Théâtre de l'Odéon

France

Théâtre de l'Odéon

du 17 septembre 2008 au 25 octobre 2008

Tartuffe

de MOLIERE

mise en scène & scénographie STÉPHANE BRAUNSCHWEIG

avec Jean-Pierre Bagot, Christophe Brault, Clément Bresson, Thomas Condemine, Claude Duparfait, Odille Lauria Padilla, Julie Lesgages, Pauline Lorillard, François Loriquet, Daniel Masson, Annie Mercier, Sébastien Pouderoux, Claire Wauthion

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  • Tartuffe | © element-s
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  • Tartuffe | © photo Elisabeth Carecchio
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C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde.
Molière

Nous parlons la «langue de Molière» comme les Allemands celle de Goethe ou les Anglais celle de Shakespeare. Il est le coeur battant de notre tradition théâtrale. Molière dramaturge est un trésor national. Mais Molière romancier ? S'il n'existe pas, il nous revient de l'inventer, affirme Stéphane Braunschweig.
Le futur directeur du Théâtre de la Colline aime aborder les grandes pièces en dégageant ce qu'il appelle leur roman sousjacent. Cette méthode d'enquête, aussi intuitive que fidèle au texte, lui permet de redonner tout leur éclat aux questions qui y sont posées, en se laissant guider par les surprises qu'elle provoque.
En l'occurrence, il est parti de l'interrogation suivante : Tartuffe est un hypocrite, sans doute, mais ce fait ne suffit pas à expliquer son influence sur sa principale victime. Car de deux choses l'une : soit il est un grand imposteur - mais toute la maisonnée d'Orgon devrait alors avoir succombé à ses pièges, et non pas le seul chef de famille ; soit son masque de piété n'a pas grand-chose de ressemblant - mais il ne devrait alors avoir trompé personne, pas même Orgon. D'où la question : pourquoi Orgon se laisse-t-il éblouir par le jeu de son hôte ? Pourquoi le faux dévot fascine-til sa dupe au point de se voir promettre la main de sa fille et la pleine possession de tous ses biens ? Il est ainsi apparu à Braunschweig que Tartuffe est d'abord un miroir fêlé dont Orgon se sert pour détourner les yeux de ses propres failles. Son succès est à interpréter comme un symptôme de la maladie d'Orgon. Et c'est en ce point que doit intervenir la conjecture romanesque : «Il faut imaginer la vie d'Orgon, son éducation stricte, sa relation à sa mère bigote ; son premier mariage avec une femme qui plaisait à cette mère, et qui ne devait donc pas incarner la joie de vivre ; la compensation retirée peut-être de sa réussite sociale et professionnelle et de l'accroissement de ses biens matériels ; son remariage avec Elmire, jeune femme joyeuse, sensuelle, avec qui Orgon peut avoir découvert les plaisirs de la chair et simultanément les affres de la jalousie [...]. L'obsession du péché, la culpabilité liée au sexe, la jalousie qui rend fou, le besoin de pureté dans un monde ressenti comme complètement corrompu, tout concourt à faire de Tartuffe l'homme providentiel, le médecin de l'âme, capable de guérir le mal dont souffrent Orgon et sa famille, les enfants n'étant pas moins truffés de symptômes que leur père ou leur grand-mère...»
Braunschweig poursuit ainsi, au-delà de la dimension comique du Tartuffe, une enquête amorcée dans ses mises en scène de Brand, Mesure pour mesure ou Peer Gynt, sur le thème de la tentation spirituelle comme face cachée de toutes les obsessions matérialistes.

Le Tartuffe pour la première fois en bande-dessinée : par Fred Duval & Zanzim. Texte intégral. Premier volume (actes I et II) paru le 10 septembre 2008 chez Delcourt .

Générique

de MOLIERE
mise en scène & scénographie STÉPHANE BRAUNSCHWEIG

costumes : Thibault Vancraenenbroeck
lumière : Marion Hewlett
son : Xavier Jacquot
collaboration artistique : Anne-Françoise Benhamou
collaboration à la scénographie : Alexandre de Darden

avec Jean-Pierre Bagot, Christophe Brault, Clément Bresson, Thomas Condemine, Claude Duparfait, Odille Lauria Padilla, Julie Lesgages, Pauline Lorillard, François Loriquet, Daniel Masson, Annie Mercier, Sébastien Pouderoux, Claire Wauthion

production Théâtre national de Strasbourg
créé le 29 avril 2008 au Théâtre national de Strasbourg

durée du spectacle : 2h 10 sans entracte

Metteur en scène

Stéphane Braunschweig

Stéphane Braunschweig est né en 1964 à Paris. Après des études de philosophie à l'Ecole Normale Supérieure, il rejoint en 1987 l’École du Théâtre National de Chaillot dirigé par Antoine Vitez, où il reçoit une formation théâtrale pendant deux ans.

En 1988, il fonde sa compagnie, Le Théâtre-Machine, avec laquelle il crée ses premiers spectacles. En 1991, au Centre Dramatique National de Gennevilliers, il les réunit en une trilogie intitulée Les Hommes de neige, pour laquelle il reçoit le Prix de la révélation théâtrale du Syndicat de la critique. Il est dès lors un invité régulier du Festival d’Automne à Paris et commence à présenter son travail dans les grandes capitales européennes (Berlin, Londres, Moscou). En 1992, à l’invitation de Stéphane Lissner, il met en scène son premier opéra au Châtelet.

Stéphane Braunschweig est directeur du Centre Dramatique National/Orléans-Loiret-Centre de 1993 à 1998. Il y crée une dizaine de spectacles qui tournent partout en France et sont accueillis dans les plus grands festivals (Automne à Paris, Avignon, Edimbourg, Istanbul, Rome), et il reçoit pour sa version intégrale du Peer Gynt d’Ibsen le prix Georges Lerminier du Syndicat de la critique. Pendant cette période, il est sollicité à l'étranger, pour l’opéra, notamment à Berlin avec son Fidelio dirigé par Daniel Barenboim, mais aussi à Bruxelles et Venise ; et pour le théâtre, il est invité en Angleterre pour un Measure for Measure de William Shakespeare, au Piccolo Teatro de Milan pour un Mercanto di Venezia du même William Shakespeare, à Munich pour un Woyzeck de Büchner qui lui vaut de recevoir le Bayerischer Theaterpreis (meilleur spectacle de théâtre de l’année en Bavière).

Stéphane Braunschweig est directeur du Théâtre National de Strasbourg et de son école de 2000 à 2008. Il y crée une formation à la mise en scène et à la dramaturgie et confirme le statut de carrefour théâtral européen du Théâtre National de Strasbourg. Parmi ses mises en scène marquantes, Brand d’Ibsen en 2005 et Tartuffe de Molière en 2008 sont couronnés par le Prix Georges Lerminier du Syndicat de la critique. Pendant cette période, il met en scène de nombreux opéras au Festival d’Aix-en-Provence, en particulier un Ring de Wagner en co-production avec le Festival de Pâques de Salzbourg et l’Orchestre Philharmonique de Berlin, dirigé par Simon Rattle. Et en décembre 2008, il crée Don Carlo de Verdi pour l'inauguration de la saison de La Scala de Milan.

Stéphane Braunschweig est directeur du Théâtre National de la Colline de 2010 à 2015. Il s’entoure d’artistes associés (Stanislas Nordey, Célie Pauthe, Caroline Guiela Nguyen). Parmi ses mises en scène, on peut citer son adaptation de Six personnages en quête d’auteur de Pirandello au Festival d’Avignon et tout dernièrement ses Géants de la montagne du même Pirandello, ses créations de l’auteur norvégien contemporain Arne Lygre, ou encore son Canard sauvage, invité par le Festival Ibsen d’Oslo et repris à la Colline en janvier 2016. À l’opéra, il signe notamment des mises en scène pour l’Opéra-Comique (Pelléas et Mélisande de Debussy) et le Théâtre des Champs-Élysées (Idoménée et Don Giovanni de Mozart, Norma de Bellini).

En janvier 2016, Stéphane Braunschweig est nommé à la direction de l'Odéon-Théâtre de l'Europe.

Stéphane Braunschweig, qui a signé une soixantaine de mises en scène et de scénographies tant au théâtre qu'à l'opéra, est également auteur et traducteur. Il a publié aux éditions Actes Sud un recueil de textes et d’entretiens sur le théâtre intitulé Petites portes, grands paysages, et traduit de l’allemand, de l’italien ou du norvégien des pièces de Büchner, Kleist, Brecht, Pirandello et Lygre.

 

Ses mises en scènes à l'Odéon :
Franziska de Frank Wedekind, en janvier 1996
Tartuffe de Molière, en septembre-octobre 2008
Soudain l'été dernier, de Tennessee Williams, en mars-avril 2017