Le Misanthrope

D’ordinaire, Alceste est irritable. Aujourd’hui, il est irrité. Quand le rideau se lève sur sa querelle avec Philinte, mieux vaudrait peut-être le baisser tout de suite : quelque chose ou quelqu’un ne tourne plus très rond… Ce Misanthrope selon Sivadier est d’abord une mise en crise, du théâtre non moins que de la société. Que se passe-t-il ? Bien sûr, Alceste a des soucis : un procès mal engagé, et surtout une affaire de coeur qu’il prend très au sérieux. Mais aujourd’hui, entre lui et le monde, Célimène doit trancher, qu’elle le veuille ou non. Au fait, le veut-elle ?... Alceste peut d'abord être vu comme un malade, affligé à son insu d'un excès de bile noire : sa misanthropie s'expliquerait d'abord par sa mélancolie. Mais la critique qu’il adresse à l'humanité entière n'est pas qu'un symptôme. Comment les hommes peuvent-ils s'abaisser à tant de dissimulation pour s'intégrer à des groupes où règne la seule loi de l'intérêt ?

Sivadier aime l’énergie sombre et "l’étrangeté de cette pièce très politique justement parce qu’elle a l’air de s’en tenir à la sphère privée”. Il aime aussi les contradictions d’un héros où il voit "une part de chacun d’entre nous", éternellement en guerre contre notre autre part : le très sociable Philinte, accommodant au risque de la compromission…

Nicolas Bouchaud s’est fait depuis quelques saisons une spécialité de ces grands rôles éruptifs, passionnés et puissants, qui nous livrent à travers leurs courses folles ou leurs explosions sur place quelques aperçus sur nos vérités multiplees. Jean-François Sivadier et son interprète de prédilection se retrouvent avec d’autres compagnons, dont Norah Krief, Vincent Guédon et Cyril Bothorel, pour attaquer ensemble – une fois encore à l’Odéon – une nouvelle étape de leur périple théâtral.

Jean-François Sivadier est artiste associé au Théâtre National de Bretagne – Rennes

Odéon 6e

Place de l'Odéon Paris 75006 France

Odéon 6e

22 mai – 29 juin 2013 / Durée 2h30 sans entracte

Le Misanthrope

de Molière

mise en scène Jean-François Sivadier

avec Cyril Bothorel, Nicolas Bouchaud, Stephen Butel, Vincent Guédon, Anne-Lise Heimburger, Norah Krief, Christophe Ratandra, Christèle Tual

Durée 2h30 sans entracte

Votre venue

Odéon 6e
Accès

Tarifs

de 6€ à 34€
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Ouverture à la location le mardi 23 avril 2013

- Moi, me plaindre doucement  ?
- Oui.  L’on ne vient point crier de dessus un théâtre ce qui se doit dire en particulier.
- J’y viens, moi, morbleu!  tout exprès, c’est le lieu qu’il me faut, et je souhaiterais que ce fût un théâtre public, pour vous dire avec plus d’éclat toutes vos vérités.

Molière

  • Le Misanthrope | photo Brigitte Enguérand
    photo Brigitte Enguérand
  • Le Misanthrope | photo Brigitte Enguérand
    photo Brigitte Enguérand
  • Le Misanthrope | photo Brigitte Enguérand
    photo Brigitte Enguérand
  • Le Misanthrope | photo Brigitte Enguérand
    photo Brigitte Enguérand
  • Le Misanthrope | photo Brigitte Enguérand
    photo Brigitte Enguérand

D’ordinaire, Alceste est irritable. Aujourd’hui, il est irrité. Quand le rideau se lève sur sa querelle avec Philinte, mieux vaudrait peut-être le baisser tout de suite : quelque chose ou quelqu’un ne tourne plus très rond… Ce Misanthrope selon Sivadier est d’abord une mise en crise, du théâtre non moins que de la société. Que se passe-t-il ? Bien sûr, Alceste a des soucis : un procès mal engagé, et surtout une affaire de coeur qu’il prend très au sérieux. Mais aujourd’hui, entre lui et le monde, Célimène doit trancher, qu’elle le veuille ou non. Au fait, le veut-elle ?... Alceste peut d'abord être vu comme un malade, affligé à son insu d'un excès de bile noire : sa misanthropie s'expliquerait d'abord par sa mélancolie. Mais la critique qu’il adresse à l'humanité entière n'est pas qu'un symptôme. Comment les hommes peuvent-ils s'abaisser à tant de dissimulation pour s'intégrer à des groupes où règne la seule loi de l'intérêt ?

Sivadier aime l’énergie sombre et "l’étrangeté de cette pièce très politique justement parce qu’elle a l’air de s’en tenir à la sphère privée”. Il aime aussi les contradictions d’un héros où il voit "une part de chacun d’entre nous", éternellement en guerre contre notre autre part : le très sociable Philinte, accommodant au risque de la compromission…

Nicolas Bouchaud s’est fait depuis quelques saisons une spécialité de ces grands rôles éruptifs, passionnés et puissants, qui nous livrent à travers leurs courses folles ou leurs explosions sur place quelques aperçus sur nos vérités multiplees. Jean-François Sivadier et son interprète de prédilection se retrouvent avec d’autres compagnons, dont Norah Krief, Vincent Guédon et Cyril Bothorel, pour attaquer ensemble – une fois encore à l’Odéon – une nouvelle étape de leur périple théâtral.

Jean-François Sivadier est artiste associé au Théâtre National de Bretagne – Rennes

Autour du spectacle

Générique

mise en scène Jean-François Sivadier
collaboration artistique Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit

scénographie Daniel Jeanneteau, Christian Tirole, Jean-François Sivadier
lumières Philippe Berthomé, assisté de Jean-Jacques Beaudouin
costumes Virginie Gervaise
perruques Cécile Kretschmar
son Eve-Anne Joalland
chant Emmanuel Olivier
assistante à la mise en scène Véronique Timsit

remerciements à Christian Biet, Olivier Férec, Jérôme Ventura, Opéra de Rennes, Théâtre de la Commune – CDN d’Aubervilliers.

avec l’aide de toute l’équipe du TNB.

production déléguée : Théâtre National de Bretagne – Rennes.
coproduction : Italienne avec Orchestre ; Odéon – Théâtre de l’Europe ; Maison de la Culture de Bourges ; La Comédie de Reims – CDN ; Le Quartz – Scène nationale de Brest

Jean-François Sivadier est artiste associé au Théâtre National de Bretagne – Rennes

 

créé le 8 janvier 2013 au Théâtre National de Bretagne.

Metteur en scène

Jean-François Sivadier

Issu de l’école du TNS, Jean-François Sivadier travaille d’abord comme comédien. En 1996 il écrit et met en scène Italienne avec orchestre au Cargo à Grenoble. C’est son premier spectacle accueilli à l’Odéon, dans le cadre du Festival Paris quartier d'été, en juillet 1996. Au TNB, où il est artiste associé depuis 2000, il a créé Le Mariage de Figaro de Beaumarchais (2000) ; La Vie de Galilée de Brecht (2002 et 2014) ;  La Mort de Danton de Büchner (2005) ; Le Roi Lear de Shakespeare (d’abord présenté au Festival d’Avignon 2007) ; La Dame de chez Maxim de Feydeau (2009) ; Noli me tangere, dont il signe le texte (2011) ; Le Misanthrope, de Molière (2013) ;  ces trois derniers spectacles ont été accueillis à l’Odéon.
Grand prix du Syndicat de la critique en 2004, Sivadier aime s’entourer d’une même bande de comédiens, au service d’un théâtre direct, collectif, dont les enjeux sont partagés chaque soir avec les spectateurs.
À l’opéra, il a mis en scène depuis 2004 des œuvres de Puccini, Berg, Mozart, Bizet, Verdi ou Monteverdi. Ses textes sont publiés aux Solitaires Intempestifs.

À l'Odéon :
- Italienne avec orchestre, de Jean-François Sivadier, juillet 1996
- La Dame de chez Maxim, de Feydeau, 2009
- Noli me tangere, de Jean-François Sivadier, Ateliers Berthier, 2011
- Le Misanthrope, de Molière, 2013
- Dom Juan, de Molière, 2016

Extrait

 

“Je veux que l’on soit homme”

ALCESTE
Je veux qu’on soit sincère, et qu’en homme d’honneur
On ne lâche aucun mot qui ne parte du cœur.

PHILINTE  
Lorsqu’un homme vous vient embrasser avec joie,
Il faut bien le payer de la même monnoie,
Répondre, comme on peut, à ses empressements,
Et rendre offre pour offre, et serments pour serments.

ALCESTE  
Non, je ne puis souffrir cette lâche méthode
Qu’affectent la plupart de vos gens à la mode ;
Et je ne hais rien tant que les contorsions
De tous ces grands faiseurs de protestations,
Ces affables donneurs d’embrassades frivoles,
Ces obligeants diseurs d’inutiles paroles,
Qui de civilités avec tous font combat
Et traitent du même air l’honnête homme et le fat.
Quel avantage a-t-on qu’un homme vous caresse,
Vous jure amitié, foi, zèle, estime, tendresse,
Et vous fasse de vous un éloge éclatant,
Lorsque au premier faquin il court en faire autant ?
Non, non, il n’est point d’âme un peu bien située
Qui veuille d’une estime ainsi prostituée ;
Et la plus glorieuse a des régals peu chers,
Dès qu’on voit qu’on nous mêle avec tout l’univers :
Sur quelque préférence une estime se fonde,
Et c’est n’estimer rien qu’estimer tout le monde.
Puisque vous y donnez, dans ces vices du temps,
Morbleu, vous n’êtes pas pour être de mes gens  ;
Je refuse d’un cœur la vaste complaisance,
Qui ne fait de mérite aucune différence :
Je veux qu’on me distingue, et pour le trancher net,
L’ami du genre humain n’est point du tout mon fait.

PHILINTE
Mais quand on est du monde, il faut bien que l’on rende
Quelques dehors civils que l’usage demande.

ALCESTE  
Non, vous dis-je, on devrait châtier sans pitié
Ce commerce honteux de semblants d’amitié :
Je veux que l’on soit homme, et qu’en toute rencontre
Le fond de notre cœur dans nos discours, se montre ;
Que ce soit lui qui parle, et que nos sentiments
Ne se masquent jamais sous de vains compliments.

PHILINTE  
Il est bien des endroits où la pleine franchise
Deviendrait ridicule, et serait peu permise ;
Et parfois, n’en déplaise à votre austère honneur,
Il est bon de cacher ce qu’on a dans le cœur.
Serait-il à propos, et de la bienséance,
De dire à mille gens tout ce que d’eux on pense ?
Et quand on a quelqu’un qu’on hait ou qui déplaît
Lui doit-on déclarer la chose comme elle est ?

ALCESTE  
Oui.

Molière : Le Misanthrope, Acte I, scène 1