Au monde

Capturer des ombres
Voici une nouvelle chance de découvrir l'une des pièces qui ont le plus contribué à faire connaître la personnalité artistique de Pommerat, déployant avec une intensité calme son sens des présences, des non-dits, des mystères : Au Monde. Pour certains de ceux qui l’auront vu il y a dix ans, ce sont des souvenirs de tout un monde, en effet – d’un univers théâtral dont s’imposait soudain la saisissante cohérence. Plus que jamais le théâtre de Pommerat, pourtant à l’œuvre depuis des années, se découvrait et devenait pleinement visible dans ce huis-clos en forme de labyrinthe intime. Il y avait, et l'on reverra donc, pareille à une colonne éblouissante, une haute fente qui figurait souvent la croisée d’un très vaste appartement. L'on reverra aussi la nappe absolument immaculée sur une table où deux vieux hommes – c’est ainsi que cela commençait – étaient assis en silence. La clarté des deux plans – fenêtre verticale, table horizontale – trace dans la pénombre les coordonnées d’une action presque abstraite. Le cadre extérieur de l’intrigue est aussi dépouillé que son décor. Mais de même qu’on ne peut, sans doute, se trouver simultanément dans plusieurs pièces de cet appartement aux recoins un peu fantastiques, de même on ne saurait fixer de point de vue unique d’où embrasser l’ensemble des positions et des histoires de tous ses habitants. Comme si, où que l’on cherche à se placer, il subsistait toujours un point aveugle. Telle est bien la complexité de cet espace familial et des personnages qui le hantent. Un vieillard très puissant, un père qui n’en finit plus de rejoindre l’absence, voudrait passer la main à Ori, le fils cadet, qui vient de renoncer à sa vie passée et reste là, comme en suspens, au seuil d’autre chose qu’il ne sait pas nommer. Autour d’eux, comme autant d’autres centres possibles du récit, trois sœurs (l’hommage à Tchekhov est explicite) dont l’une est adoptée. Un frère. L’époux de la sœur aînée. Et puis l’étrange étrangère que ce dernier a engagée, à l’idiome aussi incompréhensible que la nature exacte de sa fonction… Les échanges sont ponctués d’angoisses et d’attentes obscures. Les incertitudes de la mémoire, du désir, de l’identité, troublent la limite entre jour et nuit, tandis que çà et là éclatent des faits à demi énigmatiques. Pareils à des fragments de rêve lucide passés d’un autre monde jusque dans le nôtre, des instants de vertige surgissent dont le sens semble tout près de se dire, sur le bout de la langue – mais de qui ?...

Odéon 6e

Place de l'Odéon Paris 75006 France

Odéon 6e

14 septembre – 19 octobre 2013 / Durée 2h10

Au monde

de Joël Pommerat

avec Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Lionel Codino, Angelo Dello Spedale, Roland Monod, Ruth Olaizola, Marie Piemontese, David Sighicelli

Durée 2h10

Votre venue

Odéon 6e
Accès

Tarifs

de 6€ à 36€
En savoir plus

Ouverture à la location le 29/08/2013

Quelque chose même dans l'ombre, caché peut-être aux yeux des autres. Quelque chose de vrai et de profond, simplement.

  • Au monde | photo © Élisabeth Carecchio
    photo © Élisabeth Carecchio
  • Au monde | photo © Élisabeth Carecchio
    photo © Élisabeth Carecchio
  • Au monde | photo © Élisabeth Carecchio
    photo © Élisabeth Carecchio

Capturer des ombres
Voici une nouvelle chance de découvrir l'une des pièces qui ont le plus contribué à faire connaître la personnalité artistique de Pommerat, déployant avec une intensité calme son sens des présences, des non-dits, des mystères : Au Monde. Pour certains de ceux qui l’auront vu il y a dix ans, ce sont des souvenirs de tout un monde, en effet – d’un univers théâtral dont s’imposait soudain la saisissante cohérence. Plus que jamais le théâtre de Pommerat, pourtant à l’œuvre depuis des années, se découvrait et devenait pleinement visible dans ce huis-clos en forme de labyrinthe intime. Il y avait, et l'on reverra donc, pareille à une colonne éblouissante, une haute fente qui figurait souvent la croisée d’un très vaste appartement. L'on reverra aussi la nappe absolument immaculée sur une table où deux vieux hommes – c’est ainsi que cela commençait – étaient assis en silence. La clarté des deux plans – fenêtre verticale, table horizontale – trace dans la pénombre les coordonnées d’une action presque abstraite. Le cadre extérieur de l’intrigue est aussi dépouillé que son décor. Mais de même qu’on ne peut, sans doute, se trouver simultanément dans plusieurs pièces de cet appartement aux recoins un peu fantastiques, de même on ne saurait fixer de point de vue unique d’où embrasser l’ensemble des positions et des histoires de tous ses habitants. Comme si, où que l’on cherche à se placer, il subsistait toujours un point aveugle. Telle est bien la complexité de cet espace familial et des personnages qui le hantent. Un vieillard très puissant, un père qui n’en finit plus de rejoindre l’absence, voudrait passer la main à Ori, le fils cadet, qui vient de renoncer à sa vie passée et reste là, comme en suspens, au seuil d’autre chose qu’il ne sait pas nommer. Autour d’eux, comme autant d’autres centres possibles du récit, trois sœurs (l’hommage à Tchekhov est explicite) dont l’une est adoptée. Un frère. L’époux de la sœur aînée. Et puis l’étrange étrangère que ce dernier a engagée, à l’idiome aussi incompréhensible que la nature exacte de sa fonction… Les échanges sont ponctués d’angoisses et d’attentes obscures. Les incertitudes de la mémoire, du désir, de l’identité, troublent la limite entre jour et nuit, tandis que çà et là éclatent des faits à demi énigmatiques. Pareils à des fragments de rêve lucide passés d’un autre monde jusque dans le nôtre, des instants de vertige surgissent dont le sens semble tout près de se dire, sur le bout de la langue – mais de qui ?...

Générique

scénographie Éric Soyer, Marguerite Bordat
lumière Éric Soyer
collaboration artistique Marguerite Bordat
costumes Marguerite Bordat, Isabelle Deffin
son François Leymarie

 

production Compagnie Louis Brouillard
coproduction Théâtre national de Strasbourg, CDN de Normandie – Comédie de Caen, Théâtre Paris-Villette, Espace Jules Verne − Brétigny-sur-Orge, La Ferme de Bel ébat − Guyancourt, Thécif-Région Île-de-France / avec le soutien du Ministère de la Culture et de la Communication − DRAC Île-de-France, du Conseil Général de l’Essonne, de la Ville de Brétigny-sur-Orge, de la Ville de Paris et de l’ADAMI
compagnie conventionnée − DRAC, Conseil Général de l’Essonne, Ville de Brétigny-sur-Orge et en résidence à Brétigny-sur-Orge
coproduction recréation Compagnie Louis Brouillard, Odéon-Théâtre de l'Europe, Théâtre National − Bruxelles
La Compagnie Louis Brouillard reçoit le soutien du Ministère de la Culture − DRAC Île-de-France et de la Région Île-de-France

créé le 21 janvier 2004 au Théâtre national de Strasbourg

    avec le soutien du Cercle de l'Odéon
 

Auteur

Joël Pommerat

Joël Pommerat est né en 1963 à Roanne.
Il fonde en 1990 la compagnie Louis Brouillard et crée depuis ses propres textes, dont Pôles et Treize étroites têtes (CDN des Fédérés, 1995 et 1997), Mon ami et Grâce à mes yeux (Théâtre Paris-Villette, 2001-2002), Qu’est-ce qu’on a fait ? (CDN de Caen, 2003), Au monde (créé en 2004 au TNS avant de partir en tournée en France et à l’étranger), Le Petit Chaperon rouge (Brétigny-sur-Orge, 2004), D’une seule main (Thionville, 2005). Les Marchands (TNS, 2006 ; Grand prix de littérature dramatique, 2007). Entre les deux volets de Je tremble (1) et (2), Pommerat présente son Pinocchio en 2008, puis deux spectacles qui valent à Louis Brouillard deux Molières des compagnies consécutifs : Cercles / Fictions aux Bouffes (2010) et Ma Chambre froide aux Ateliers Berthier (ce dernier spectacle, qui vaut également à Pommerat le Molière 2011 de l’auteur francophone vivant et le prix Europe pour le théâtre / nouvelles réalités, se voit par ailleurs décerner le Grand prix du syndicat de la critique).
Depuis, il a créé Cendrillon (Théâtre National, Bruxelles, 2011), La Grande et fabuleuse histoire du commerce (Comédie de Béthune, 2011), La Réunification des deux Corées (Odéon, 2013, reprise en 2014), et mis en scène un texte de Catherine Anne : Une année sans été, présenté aux Ateliers Berthier en avril 2014.  À l'automne 2015 il crée Ça ira (1), fin de Louis, au Théâtre Nanterre-Amandiers.

Les textes de Joël Pommerat sont édités chez Actes Sud-Papiers.
Ils sont  traduits en anglais, allemand, coréen, croate, espagnol, grec, italien, roumain, russe et suédois.

Sur Joël Pommerat et son travail :
Théâtres en présence  Actes Sud-Papiers/Collection Apprendre - mars 2007
Joël Pommerat, troubles de Joëlle Gayot et Joël Pommerat - Editions Actes Sud - août 2009

À l'Odéon :
- Pinocchio, d'après Carlo Collodi, création mars 2008 (reprise décembre 2010, reprise décembre 2015)
- Le Petit Chaperon rouge, d'après le conte populaire, décembre 2010
- Ma Chambre froide, création mars 2011 (reprise juin 2012)
- Cercles/Fictions, mai 2012
- Cendrillon, d'après le conte populaire, novembre 2011
- La Réunification des deux Corées, janvier 2013, reprise en décembre 2014
- Au monde et Les Marchands, septembre 2013
- Une année sans été,  avril 2014

 

Extrait

LA SECONDE FILLE . Vous savez, je vais vous dire moi, comment je vois l'avenir, l'avenir de l'humanité. Le travail va disparaître un jour. Il y a moins de travail aujourd'hui pour les hommes et il y en aura de moins en moins demain... Le travail, les travaux forcés comme je dis, le labeur forcené, l'esclavage par le travail, bientôt les hommes en seront libérés, vous verrez. Bientôt le travail deviendra une idée comme la peste, une maladie d'un autre temps, d'une autre époque, d'un vieux Moyen Âge enfoui sous la poussière. Les hommes ne travailleront plus parce qu'ils n'auront plus besoin de travailler et parce qu'il n'y aura plus de travail. Tous nos satanés objets n'auront plus besoin de mains humaines pour être fabriqués, non. Ils se fabriqueront d'eux-mêmes ou presque. Là où il faut cinq heures aujourd'hui, il ne faudra plus que cinq minutes demain, et après-demain nos objets n'auront finalement plus besoin de personne. Le travail n'existera plus. Les hommes seront dispensés de corvée, et ils pourront enfin profiter d'eux-mêmes, de leur corps, de leur âme, de tout ce qu'il y a dans leur tête de plus beau, leurs plus belles pensées, leurs plus beaux rêves et leurs désirs, même les moins raisonnables. L'homme aura enfin du temps à lui. Nous aurons tout notre temps et nous serons libres, car ce qui coûtera vraiment cher ce sera l'homme. Oui, vous verrez comme ça coûtera cher une heure d'un homme, très cher. C'est l'homme qui aura de la valeur... Et nous, nous pourrons enfin être heureux oui, enfin heureux, vraiment heureux, vous verrez...
Joël Pommerat : Au monde (Actes Sud-Papiers, 2004, pp. 21-22)

Tournées

La Criée, Théâtre National de Marseille / Marseille

18 Février 2014 - 20h00
19 Février 2014 - 19h00
20 Février 2014 - 20h00
21 Février 2014 - 20h00