26 mars-6 juin 2014 / Berthier 17e

Tartuffe

de Molière mise en scène Luc Bondy

avec Gilles Cohen, Lorella Cravotta, Léna Dangréaux, Victoire Du Bois, Françoise Fabian, Jean-Marie Frin, Laurent Grévill, Clotilde Hesme, Yannik Landrein, Micha Lescot, Yasmine Nadifi, Fred Ulysse, Pierre Yvon

Durée

1h55

Lieu

Berthier 17e

  • Accès

    Ateliers Berthier

    Entrée du public : 1, rue André Suares, Paris 17e (angle du bd Berthier), Porte de Clichy.

    Attention les travaux Porte de Clichy rendent l'accès plus difficile.

  • Détails

Tarifs

de 6€ à 36€

 

Le scandale du monde
est ce qui fait l'offense,
Et ce n'est pas pécher
que pécher en silence.

Acte IV, scène 5

 

Quelle mouche a piqué ce bon monsieur Orgon ? Et qu'est-ce donc qui irrite à ce point madame Pernelle, sa vénérable mère ? Car elle est furieuse et le fait savoir. D'Elmire, sa nouvelle belle-fille, jusqu'à ses petits-enfants et à la fidèle servante Dorine, tout le monde en prend pour son grade. Tous, à en croire la mégère, tous sans exception sont pourris de vices bien peu chrétiens. Pire encore, ils se refusent à reconnaître les vertus du bon Tartuffe et à profiter des conseils du saint homme...
Mais au fait, qui est-il, ce monsieur Tartuffe ? Que veut-il, que vaut-il ? Remontant des effets à la cause, Molière retarde son entrée jusqu'au début de l'acte III et nous le présente d'abord à travers les jugements contradictoires de toute une maisonnée, puis au moyen des bouleversements qu'il provoque chez Orgon. Depuis leur rencontre, la piété du père de famille est devenue fanatisme, et son amitié pour Tartuffe a tout d'une passion. Comment donc Orgon, aliéné et comme dévoré de l'intérieur par un effroyable parasite, a-t-il pu succomber à une telle emprise, jusqu'à faire don de tous ses biens et vouloir livrer sa propre fille à un inconnu rencontré par hasard quelques semaines plus tôt ? Et jusqu'où devra aller Elmire pour lui ouvrir les yeux ?
Il y a peu, Luc Bondy a signé l'adaptation d'un Tartuffe en version allemande dont l'épaisseur balzacienne et la vivacité digne de Lubitsch ont fait l'un des grands succès du printemps 2013 à Vienne. Il revient aujourd'hui à l'original pour explorer les mécanismes intimes, familiaux et sociaux qui rendent possible le succès de l'imposture, tout en nous mettant sous les yeux, entre farce et terreur, le portrait génial d'un incroyable aveuglement.

 

 
Avec le soutien du Cercle de l'Odéon.

 

 

 

Le texte est disponible à la librairie du théâtre ouverte avant les spectacles, durant l’entracte et à l’issue des représentations

et aussi, en version numérique aux Presses Électroniques de France (disponible à l'adresse www.pef-online.com ou via l'application PEF online)

 

 

décor Richard Peduzzi
costumes Eva Dessecker
lumière Dominique Bruguière
maquillages/coiffures Cécile Kretschmar

avec la participation artistique du jeune théâtre national
 

production Odéon-Théâtre de l'Europe


 avec le soutien du Cercle de l'Odéon

Bondy Luc

Né en 1948 à Zurich, il entame dès la fin des années 1960 une carrière de metteur en scène qui l’amène à signer plus de soixante-dix spectacles, d’abord à travers toute l’Allemagne puis dans le monde entier.

Luc Bondy, qui a entre autres succédé à Peter Stein à la Schaubühne et dirigé les Wiener Festwochen de 2001 à 2013, a abordé les auteurs les plus variés : Beckett, Bond, Büchner, Crimp, Euripide, Fassbinder, Genet, Gœthe, Gombrowicz, Handke, Ibsen, Ionesco (Les Chaises, Nanterre, 2010), Marivaux, Molière, Pinter, Racine, Reza, Schnitzler (Terre étrangère, Nanterre, 1984), Shakespeare, Botho Strauss, Tchekhov, Witkiewicz...

À l’opéra, du Wozzeck de Berg (Hambourg 1976) à Charlotte Salomon de Marc-André Dalbavie (création mondiale au Festival de Salzbourg 2014), il a monté Bœsmans, Britten, Haendel, Mozart, Puccini, Strauss ou Verdi à Paris, Salzbourg, Florence, Milan, Londres, Vienne, Bruxelles...

Au cinéma, il a réalisé trois films : Die Ortliebschen Frauen (1979) ; Terre étrangère, avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Alain Cuny (1988) ; Ne fais pas ça avec Nicole Garcia, Natacha Régnier, Dominique Reymond (2004).

Il a écrit plusieurs livres, publiés chez Grasset ou Christian Bourgois. Dernière parution : Toronto (Zsolnay, Vienne 2012).  

Luc Bondy, qui dirigeait l'Odéon depuis 2012, est décédé le 28 novembre 2015, à la suite d'une pneumonie.

 

Ivanov, photo de répétition. 2015 © Thierry Depagne

 

A l'Odéon-Théâtre de l'Europe :
John Gabriel Borkman, Henrik Ibsen, 1993
Phèdre, Racine, 1998
En attendant Godot, Samuel Beckett, 1999
La Mouette, Anton Tchekhov, 2002
Viol, Botho Strauss, 2006
Die schönen Tage von Aranjuez, Peter Handke, 2012
Le Retour, Harold Pinter, 2012
Les Fausses Confidences, Marivaux, 2014 (reprise en mai 2015)
Tartuffe, Molière, 2014 (reprise en janvier 2016)
Ivanov, Anton Tchekhov, 2015
 

TARTUFFE DE 3 À 5

Une première version de Tartuffe (qui selon certaines sources s'intitulait L'Hypocrite) a été créé à Versailles le soir du 12 mai 1664 dans le cadre des trois journées de fête qui composaient Les Plaisirs de l'île enchantée. Louis XIV semble avoir apprécié la comédie, qui compte alors trois actes. Moins de quarante-huit heures plus tard, il fait cependant savoir à Molière qu'il n'en autorise pas la représentation publique. Il ne s'oppose pas pour autant à des lectures privées, auxquelles il lui arrive même d'assister (par exemple chez Monsieur, frère unique du roi et protecteur officiel de la troupe de Molière, qui la fait jouer à Villers-Cotterêts fin septembre 1664). Ce premier Tartuffe est représenté une dernière fois au château de Raincy le 29 novembre, en présence du prince de Condé. Molière a-t-il déjà entrepris de retravailler sa pièce ? Un an plus tard, toujours à Raincy, il semble bien que le Grand Condé ait assisté à une version en quatre actes. Mais il faut attendre le 5 août 1667 pour que soit créée au Palais-Royal, sous le titre de L'Imposteur, une comédie en cinq actes dont le héros, rebaptisé Panulphe, n'est plus un dévot mais un «homme du monde» se faisant hypocritement passer pour tel.
Il est impensable que ce Tartuffe remanié ait été donné au public sans l'aval de Louis XIV (qui peut en avoir découvert les «adoucissements» – le terme est de Molière – vers la mi-juillet, au cours d'une représentation privée). Mais au lendemain de la première, coup de théâtre : alors que le roi est retenu loin de Paris par le siège de Lille, le premier président du Parlement de Paris fait interdire L'Imposteur. Et moins d'une semaine plus tard, avant que le souverain ait pu répondre favorablement au placet que le dramaturge lui a aussitôt adressé, l'archevêque de Paris en prohibe à son tour toute représentation ou lecture, privée ou publique, sous peine d'excommunication. Le Tartuffe définitif, le seul dont nous possédions le texte, est finalement créé le 5 février 1669. Le prototype de 1664 a disparu. Malgré l'absence de documents, les érudits se sont employés à reconstituer son aspect à partir des polémiques qu'il a suscitées, de quelques allusions de Molière luimême dans ses placets, et d'indices dramaturgiques. Quelques années après la mort de Molière, ses proches tentèrent d'accréditer une pieuse légende : le premier Tartuffe aurait été une œuvre encore inachevée dont seuls les trois premiers actes furent présentés au roi. Les représentations publiques de la pièce n'auraient donc pas été interdites mais simplement ajournées sur ordre de Louis XIV, «jusqu'à ce qu'elle fût entièrement achevée et examinée par des gens capables d'en juger». Michelet fut le premier à mettre en doute cette version des faits quelque peu invraisemblable et à supposer que seule une comédie complète en trois actes avait pu être représentée en 1664.  L'examen de la structure du Tartuffe de 1669 confirme cette hypothèse. L'acte II, qui forme un intermède quasiment  indépendant du reste de l'action, s'organise autour d'un type de scène dont  Molière était familier : le «dépit amoureux». Quant à l'acte V, il repose tout  entier sur un ultime rebondissement qui ne fait que retarder la défaite définitive de l'imposteur démasqué. Restent les  actes I, II et IV. À quelques détails près, il s'avère qu'ils constituent un tout cohérent du point de vue dramaturgique, et   qui ne manque pas d'antécédents romanesques ou théâtraux dans la littérature médiévale ou la commedia dell'arte : «(I) un mari dévot accueille chez lui un homme qui semble l'incarnation de la plus parfaite dévotion ; (II) celui-ci, tombé amoureux de la jeune épouse du dévot, tente de la séduire, mais elle le rebute tout en répugnant à le dénoncer à son mari qui, informé par un témoin de la scène, refuse de le croire ; (III) la confiance aveugle de son mari pour le saint homme oblige alors sa femme à lui démontrer l'hypocrisie du dévot en le faisant assister caché à une seconde tentative de séduction, à la suite de quoi le coupable est chassé de la maison»*.  
On l'aura noté, Mariane n'a pas de rôle à jouer dans une telle histoire. En donnant une sœur à Damis et une fille à Orgon (lequel peut dès lors songer à lui faire épouser Tartuffe), Molière ne s'est pas seulement ménagé un élément d'intrigue pour son acte II : il a aussi transformé le caractère de son protagoniste. En 1664, Tartuffe devait être un dévot véritable, d'une stricte chasteté ; son hypocrisie n'était pas un choix stratégique préalable mais un masque adopté à la suite de sa rencontre avec Elmire, une attitude que lui imposait son incapacité à résister aux tentations de la chair. En 1667, en revanche, Panulphe devait déjà  présenter l'aspect du Tartuffe que nous  connaissons : loin d'être un croyant sincère que sa faiblesse contraint à jouer  la comédie, il est désormais un aventurier arriviste et tout à fait disposé à épouser la fille de son protecteur pour  parvenir à ses fins. La modification du titre, de L'Hypocrite à L'Imposteur, souligne donc que la conception même du personnage a changé, ce que l'acte V achève de mettre en relief : Tartuffe n'est qu'un «fourbe renommé», un ambitieux sans scrupules pour qui la religion n'est qu'un déguisement – un impie d'autant plus dangereux pour les familles, pour l'état et pour l'église qu'il se couvre des apparences de la piété.

Daniel Loayza, 22 janvier 2014

 

* Alain Riffaud et Georges Forestier : «Le Tartuffe, ou l'Imposteur : notice», in Molière : œuvres complètes, Gallimard, coll. de la Pléiade, 2010, t. II, p. 1375. Nous empruntons toutes nos informations à ces auteurs.  

Partenaires

Commentaires

comments powered by Disqus

En images

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Micha Lescot, photo de répétition, 2014 © Thierry Depagne

    Micha Lescot, photo de répétition, 2014 © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Tartuffe | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne