29 janvier-1er mars puis 7 avril-3 mai 2015 / création / Odéon 6e

Ivanov

d'Anton Tchekhov mise en scène Luc Bondy

Marcel Bozonnet, Christiane Cohendy, Victoire Du Bois, Ariel Garcia Valdès, Laurent Grévill, Marina Hands, Yannik Landrein, Roch Leibovici, Micha Lescot, Chantal Neuwirth, Nicolas Peduzzi, Dimitri Radochévitch, Fred Ulysse, Marie Vialle, et, en alternance, les musiciens Philippe Borecek (accordéon) - Philippe Arestan (violon) et Sven Riondet (accordéon) - Alain Petit (violon), et les invités Nikolitsa Angelakopoulou, Quentin Laugier, Missia Piccoli, Antoine Quintard, Victoria Sitjà

Durée

3h20 avec un entracte

Lieu

Odéon 6e

Tarifs

de 6€ à 38€

représentations du 29/01 au 01/03 : ouverture à la location le 10/12/2014. Représentations du 07/04 au 03/05 : ouverture à la location le 28/01. Relâche le 30 avril et le 1er mai.

С такими людьми, как вы, надо говорить прямо, без обиняков, и если вам не угодно слушать меня, то не слушайте!

Avec des gens comme vous il faut aller droit au but, sans détours, et si vous ne voulez pas m'écouter, alors ne m'écoutez pas !
 

«Dans nos œuvres», écrivait Tchekhov, «il manque l'alcool qui enivre et subjugue. Nous décrivons la vie comme elle est, et à part ça rien du tout». Son écriture délivre en effet des ivresses ordinaires. Distillant une liqueur qui n'est pas de ce monde et n'appartient pourtant qu'à lui, elle nous libère en nous rendant plus sensibles au lieu de nous anesthésier : elle est un élixir qui concentre la vie «comme elle est». Cette vie qui se passe de commentaires grandiloquents, errant en quête de son intensité, qu'a-t-elle donc de dramatique ? à la voir en scène, on croirait qu'elle se coule d'elle-même dans sa propre forme. Les événements y sont impondérables et minuscules, cailloux ridant l'étang de la banalité, soulevant quelques vagues promises à un rapide effacement.
Par quelle magie Tchekhov rend-il inoubliables ces destins sans relief qui se débattent dans leur propre inconsistance – quand du moins ils en ont le sentiment ? Tchekhov écrit Ivanov en 1887. Il a vingt- sept ans et exerce la médecine depuis 1884. Sa première pièce, Platonov, a été refusée par le Théâtre Maly cinq ans plus tôt. La deuxième, Sur la grand-route, adaptée d’une de ses nouvelles, a été interdite par la censure. Tchekhov a pourtant commencé à se faire un nom. Son premier recueil, Les contes de Melpomène, a été publié en 1885, et depuis 1886, il collabore régulièrement à un grand quotidien de Saint-Pétersbourg tout en fréquentant les milieux du théâtre. Après une nouvelle adaptation en un acte d’un de ses récits, il s’attaque à Ivanov.
À son frère Alexandre, il confie en ce temps-là l’un de ses trucs de composition : «je mène tout l’acte tranquillement et doucement, mais à la fin, pan dans la gueule du spectateur !» Chacun des quatre actes d’Ivanov s’achève en effet sur une surprise ou sur un choc. Leur violence va croissant à mesure qu’avance le drame. C’est d’abord la brusque décision d’Anna Pétrovna d’aller retrouver, malgré sa maladie, son mari Ivanov à la soirée que donne Lébédev pour les vingt ans de sa fille Sacha. C’est ensuite son arrivée inopinée alors qu’Ivanov et Sacha sont enlacés. À la fin du troisième acte éclate une scène atroce entre les deux époux, au cours de laquelle Ivanov, harcelé, accablé, ne peut s’empêcher d’insulter son épouse puis de lui révéler que sa maladie va bientôt l’emporter. La pièce s’achève, un an après les obsèques de la malheureuse, par le suicide d’Ivanov devant Sacha, sa famille et les témoins rassemblés pour leurs noces...
Mais un chef-d’œuvre de Tchekhov ne se réduit pas plus à quelques coups de théâtre que ne se laisse résumer la poésie poignante du temps tchekhovien qui s’écoule «tranquillement et doucement», dans un désœuvrement et un ennui traversés de soudains éclats d’ironie ou de violence, dans la tristesse provinciale que hante le rêve d’une vie plus vraie.
Ce genre d'atmosphère qu'on dirait chargée d'électricité éthique, ce théâtre du frôlement, de la subtile demi-teinte sentimentale où la pudeur et l'ironie habitent les mêmes silences, conviennent particulièrement bien à Luc Bondy, qui se plaît à travailler, comme l'écrivait Schnitzler, «dans la pénombre des âmes». Curieusement, en plus de quarante ans de carrière, il n'a pourtant entamé que deux fois le dialogue avec Tchekhov. D'abord avec Platonov à la Volksbühne en 1978, puis avec une très belle Mouette, créée à Vienne avant d'être présentée dans la Grande salle de l'Odéon un an plus tard, en février 2002. Le rendez-vous est donc trop rare pour être manqué. Ces personnages que Tchekhov disait n'avoir «pas truqués d'un centimètre, pas faussés d'un iota», sont faits pour s'accorder avec le sens «bondyen» du romanesque et de la frivolité déchirante.  

Version scénique de Macha Zonina, Daniel Loayza et Luc Bondy
D'après la première version de Anton Tchekhov et la traduction d'Antoine Vitez


décor Richard Peduzzi
costumes Moidele Bickel
lumières Bertrand Couderc
musique Martin Schütz
maquillages / coiffures Cécile Kretschmar
collaborateurs artistiques à la mise en scène Jean-Romain Vesperini, Marie-Louise Bischofberger
conseiller artistique Geoffrey Layton

avec Marcel Bozonnet, Christiane Cohendy, Victoire Du Bois, Ariel Garcia Valdès, Laurent Grévill, Marina Hands, Yannik Landrein, Roch Leibovici, Micha Lescot, Chantal Neuwirth, Nicolas Peduzzi, Dimitri Radochévitch, Fred Ulysse, Marie Vialle,
et, en alternance, les musiciens Philippe Borecek (accordéon) - Philippe Arestan (violon) et Sven Riondet (accordéon) - Alain Petit (violon),
et les invités Nikolitsa Angelakopoulou, Quentin Laugier,  Missia Piccoli, Antoine Quintard, Victoria Sitjà

 

production Odéon-Théâtre de l'Europe


avec le soutien du Cercle de l'Odéon

Bondy Luc

Né en 1948 à Zurich, il entame dès la fin des années 1960 une carrière de metteur en scène qui l’amène à signer plus de soixante-dix spectacles, d’abord à travers toute l’Allemagne puis dans le monde entier.

Luc Bondy, qui a entre autres succédé à Peter Stein à la Schaubühne et dirigé les Wiener Festwochen de 2001 à 2013, a abordé les auteurs les plus variés : Beckett, Bond, Büchner, Crimp, Euripide, Fassbinder, Genet, Gœthe, Gombrowicz, Handke, Ibsen, Ionesco (Les Chaises, Nanterre, 2010), Marivaux, Molière, Pinter, Racine, Reza, Schnitzler (Terre étrangère, Nanterre, 1984), Shakespeare, Botho Strauss, Tchekhov, Witkiewicz...

À l’opéra, du Wozzeck de Berg (Hambourg 1976) à Charlotte Salomon de Marc-André Dalbavie (création mondiale au Festival de Salzbourg 2014), il a monté Bœsmans, Britten, Haendel, Mozart, Puccini, Strauss ou Verdi à Paris, Salzbourg, Florence, Milan, Londres, Vienne, Bruxelles...

Au cinéma, il a réalisé trois films : Die Ortliebschen Frauen (1979) ; Terre étrangère, avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Alain Cuny (1988) ; Ne fais pas ça avec Nicole Garcia, Natacha Régnier, Dominique Reymond (2004).

Il a écrit plusieurs livres, publiés chez Grasset ou Christian Bourgois. Dernière parution : Toronto (Zsolnay, Vienne 2012).  

Luc Bondy, qui dirigeait l'Odéon depuis 2012, est décédé le 28 novembre 2015, à la suite d'une pneumonie.

 

Ivanov, photo de répétition. 2015 © Thierry Depagne

 

A l'Odéon-Théâtre de l'Europe :
John Gabriel Borkman, Henrik Ibsen, 1993
Phèdre, Racine, 1998
En attendant Godot, Samuel Beckett, 1999
La Mouette, Anton Tchekhov, 2002
Viol, Botho Strauss, 2006
Die schönen Tage von Aranjuez, Peter Handke, 2012
Le Retour, Harold Pinter, 2012
Les Fausses Confidences, Marivaux, 2014 (reprise en mai 2015)
Tartuffe, Molière, 2014 (reprise en janvier 2016)
Ivanov, Anton Tchekhov, 2015
 

Иванов, Саша, потом Анна Петровна.
Иванов и Саша вбегают из сада.

Иванов (в отчаянии хватая себя за голову). Не может быть! Не надо, не надо, Шурочка!.. Ах, не надо!..

Саша (с увлечением). Люблю я вас безумно... Без вас нет смысла моей жизни, нет счастья и радости! Для меня вы всё...
Иванов. К чему, к чему! Боже мой, я ничего не понимаю... Шурочка, не надо!..
Саша. В детстве моем вы были для меня единственною радостью; я любила вас и вашу душу, как себя, а теперь... я вас люблю, Николай Алексеевич... С вами не то что на край света, а куда хотите, хоть в могилу, только, ради бога, скорее, иначе я задохнусь...
Иванов (закатывается счастливым смехом). Это что же такое? Это, значит, начинать жизнь сначала? Шурочка, да?.. Счастье мое! (Привлекает ее к себе.) Моя молодость, моя свежесть...

Анна Петровна входит из сада и, увидев мужа и Сашу, останавливается как вкопанная.

Значит, жить? Да? Снова за дело? Поцелуй. После поцелуя Иванов и Саша оглядываются и видят Анну Петровну.

(В ужасе.) Сарра!

Занавес
 

Ivanov, Sacha, puis Anna Pétrovna.
Ivanov et Sacha arrivent du jardin en courant.

IVANOV (se prenant la tête entre les mains, avec désespoir). Ce n'est pas possible ! Il ne faut pas, il ne faut pas, ma petite Sacha !... Oh, il ne faut pas !...

SACHA (avec passion). Je vous aime à la folie... sans vous ma vie n'a aucun sens, pas de bonheur, pas de joie !... Pour moi vous êtes tout...

IVANOV à quoi bon, à quoi bon ! Mon Dieu, je ne comprends rien... Ma petite Sacha, il ne faut pas !...

SACHA Quand j'étais petite, vous étiez ma seule joie ; je vous aimais, vous et votre cœur, comme moi-même et maintenant... je vous aime Nikolaï Alexeïevitch... Avec vous, ce n'est pas seulement au bout du monde, c'est où vous voudrez, même dans la tombe, mais, au nom du Ciel, plus vite, ou j'étoufferai...

IVANOV (éclatant d'un rire heureux). Mais qu'est-ce que c'est ? Reprendre sa vie à zéro ? Ma petite Sacha, oui ? Mon bonheur ! (Il la prend par la taille et l'attire à lui.) Ma jeunesse, ma fraîcheur...
Anna Pétrovna entre, venant du jardin, et, apercevant son mari et Sacha, s'arrête, comme pétrifiée.
Donc, vivre ? Oui ? Se remettre au travail ?

Baiser. Après le baiser, Ivanov et Sacha se retournent et voient Anna Pétrovna.
(épouvantée.) Sarah !...

Rideau.


Anton Tchekhov : Ivanov (version de 1889), acte II, scène 13, trad. André Markowicz et Françoise Morvan (Actes Sud, Babel, 2000, pp. 212-213)
 

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  • Ivanov | Micha Lescot, photo de répétition © Thierry Depagne

    Micha Lescot, photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Luc Bondy et Victoire Du Bois, photo de répétition © Thierry Depagne

    Luc Bondy et Victoire Du Bois, photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Marina Hands et Ariel Garcia Valdes, photo de répétition © Thierry Depagne

    Marina Hands et Ariel Garcia Valdes, photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Photo de répétition © Thierry Depagne

    Photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Chantal Neuwirth, photo de répétition © Thierry Depagne

    Chantal Neuwirth, photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Marie Vialle et Ariel Garcia Valdes, photo de répétition © Thierry Depagne

    Marie Vialle et Ariel Garcia Valdes, photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Micha Lescot, photo de répétition © Thierry Depagne

    Micha Lescot, photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Victoire Du Bois et Micha Lescot, photo de répétition © Thierry Depagne

    Victoire Du Bois et Micha Lescot, photo de répétition © Thierry Depagne

  • Ivanov | Micha Lescot et Marina Hands, photo de répétition © Thierry Depagne

    Micha Lescot et Marina Hands, photo de répétition © Thierry Depagne

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