13-29 mai 2016 / Berthier 17e

Nous sommes repus mais pas repentis (Déjeuner chez Wittgenstein)

de Thomas Bernhard conception Séverine Chavrier

avec Marie Bos, Séverine Chavrier, Laurent Papot

Durée

2h35, avec un entracte

Lieu

Berthier 17e

Tarifs

de 8€ à 36€

Diese Zeit geht nicht
in die Kunst-
geschichte ein
als weißer
Schandfleck ja
als Katastrophe ja
als Kunstkatastrophe


Cette époque n’entre
pas dans l’histoire de l’art
comme l’opprobre
d’une page blanche
oui
comme catastrophe
oui
comme catastrophe de l’art

Repas à coups de marteau

Voss, penseur infirme, neurasthénique et puéril, sort de sa maison de repos pour s’enfermer dans la maison de ses parents et y jouer les tyrans domestiques aux dépens de ses deux sœurs actrices, Ritter et Dene, condamnées à un étouffement de la chair «à perpétuité». Ostracisme familial sur fond de vaisselle brisée... Ritter, Dene, Voss, sont aussi les véritables noms des trois comédiens qui créèrent l’œuvre traduite sous le titre de Déjeuner chez Wittgenstein – un trio d’«acteurs intelligents» que Thomas Bernhard admirait suffisamment pour leur dédier sa pièce en la baptisant de leurs noms. Alors, pourquoi «Wittgenstein» ? Parce que Bernhard a non seulement nommé le philosophe dans une note liminaire, mais parsemé les répliques d’allusions précises et ironiques à son célèbre compatriote, rejeton d’une illustre famille viennoise, qui enseigna à Cambridge avant de partir vivre en Norvège, loin de tous, dans une cabane en rondins. Cela étant, dans le corps du texte proprement dit, l’auteur du Tractatus Logico-Philosophicus est devenu Ludwig Worringer, patient distingué du docteur Frege... Alors, Voss incarne-t-il l’un des fondateurs de l’empirisme logique, ou un maniaque qui ne supporte de porter que des caleçons de coton grossier et de fabrication suisse ? Est-il génial, sénile, l’un et l’autre, l’un par l’autre ? Ou un totem de plus qu’il faut saisir à deux mains pour fracasser toutes les autres idoles culturelles à la ronde, comme autant de porcelaines fines dans ce «repas à coups de marteau» ?

Metteure en scène, pianiste et comédienne, Séverine Chavrier pratique un théâtre nourri des multiples facettes de sa personnalité : le corps, la musique, la vidéo, la parole. Toutes sont convoquées à ce Déjeuner chez Wittgenstein, ici librement agrémenté d’extraits d’autres œuvres : Le Naufragé, Maîtres anciens, Un Souffle, Mes Prix littéraires ou encore Des Arbres à abattre, dont elle a tiré ce qu’elle appelle plaisamment «des monologues d’ontologie». Elle s’est mise à l’écoute de la voix si singulière de Bernhard, obstinée, insistante, exagérant toujours pour mieux dénoncer, sur fond d’horreur à l’autrichienne, la persistance plus ou moins camouflée des tentations fascisantes de la vieille Europe. Pratiquant une «culture en acte qui s’affirme et s’infirme», travaillant pour et contre sa propre tradition, au creux de «l’écart entre Schubert et Hitler», l’imprécateur viennois ne s’est jamais lassé de gratter la plaie, voire de «mettre les doigts dedans» pour la remettre à vif, afin que jamais les traces de l’Histoire ne cicatrisent, sans laisser le moindre répit ni à lui-même ni à son public. Aucune catharsis n’est à espérer dans ce jeu de massacre «où il ne s’agit pas de recoller les morceaux mais bien de les briser encore», entre mise en scène de soi et mise à l’épreuve de l’autre, avec une véhémence noire qui n’exclut pas l’humour.

Séverine Chavrier s’est passionnée pour cette rage d’artiste «terriblement vivante» qui prend le risque de l’autodestruction. De cette rencontre avec Bernhard, elle espère voir surgir ce qu’il appelait «un théâtre du corps et de la peur de l’esprit», se nourrissant de l’énergie du saccage et de la provocation pour parvenir à la grande santé : des éclats d’un théâtre dans tous ses états, «dans le théâtre, sur le théâtre, contre le théâtre, sous le théâtre».  

Conception Séverine Chavrier

Scénographie Benjamin Hautin

Dramaturgie Benjamin Chavrier

Lumière Patrick Riou 

Son Frédéric Morier

Vidéo Jérôme Vernez

Assistanat à la mise en scène Maëlle Dequiedt
Assistanat Scénographie Louise Sari

Construction du décor Atelier du Théâtre de Vidy
 

avec Marie Bos, Séverine Chavrier, Laurent Papot

Et la participation en alternance des élèves du CRR – Conservatoire à Rayonnement Régional :
Alma Bettencourt — piano, Maya Devane — violoncelle, Pierre Cornu-Deyme — flûte traversière
Juliette Benveniste — piano, Piermattia Severin — violon, Maïwen Levy — violoncelle
Isadora Hossenlop — piano, Zoé Moreau — violoncelle, Yan Maratka — clarinette


Production Théâtre de Vidy – Compagnie La Sérénade Interrompue

Coproduction Odéon Théâtre de l’Europe – CDN Besançon Franche-Comté

Avec le soutien de la SPEDIDAM
Pro Helvetia - Fondation suisse pour la culture
DRAC- Île de France
Haute Ecole de Musique et Conservatoire de Lausanne

Déjeuner chez Wittgenstein de Thomas Bernhard (traduction de Michel Nebenzahl) est publié chez l'Arche Editeur, agent théâtral du texte représenté

créé le 9 mars 2016 au Théâtre de Vidy

La compagnie La Sérénade interrompue est conventionée par la DRAC Ile-de-France

Séverine Chavrier développe une résidence de territoire à Herblay pour une durée de trois ans avec le soutien de la Ville d'Herblay, la DRAC Ile-de-France, le Conseil départemental du Val d'Oise et le Festival Théâtral du Val d'Oise

Bernhard Thomas

(1931-1989)

L'écrivain autrichien Thomas Bernhard est né le 10 février 1931 à Heerlen aux Pays-Bas, fils illégitime d'un fils de paysan autrichien et de la fille d'un écrivain allemand. Il passe une grande partie de son enfance à Salzbourg auprès de son grand-père maternel. En mars 1938 l'Allemagne nazie annexe l'Autriche. En 1938, sa mère va s'installer en Bavière, c'est l'époque du nazisme triomphant et le début de l'enfer pour Thomas Bernhard. En 1943 son grand-père le place dans un internat à Salzbourg, où il vivra la fin de la guerre. Il suit des cours de violon et de chant, puis étudie la musicologie. En 1947, Thomas Bernhard contracte une pleurésie. Son grand-père meurt en 1949 de tuberculose et sa mère l'année suivante. Atteint lui aussi par la tuberculose, Thomas Bernhard sera soigné en sanatorium, expérience qu'il inscrira dans sa production littéraire. Il voyage à travers l'Europe surtout en Italie et en Yougoslavie.
En 1952, il travaille comme chroniqueur judiciaire au journal "Demokratisches Volksblatt".
Il étudie, à l'Académie de musique et d'art dramatique de Vienne ainsi qu'au Mozarteum de Salzbourg.
Son premier grand roman Gel paraît en 1963, il le fera connaître hors des frontières et obtiendra de nombreux prix. En 1968, à l'occasion de la remise d'un prix littéraire, il provoque les institutions avec un discours attaquant l'Etat, la culture autrichienne et les Autrichiens.
De plus en plus Thomas Bernhard se consacre à des œuvres théâtrales. En 1969 il se lie d'amitié avec le régisseur Claus Peymann, qui restera un grand soutien tout au long de sa carrière.
En 1970, Une fête pour Boris remporte un grand succès au Théâtre allemand de Hambourg. La même année Thomas Bernhard obtient le prix Georg Büchner, la plus importante récompense littéraire d'Allemagne fédérale.
Il écrit un cycle de 5 oeuvres autobiographiques qui paraîtront entre 1975 et 1982 : l'Origine, la Cave, le Souffle, le Froid et Un enfant.
En 1976 a lieu à Stuttgart la première de Minetti, portrait de l'acteur vieillissant et joué par Minetti lui-même. Deux ans plus tard Avant la retraite décrit la vieillesse d'un juge allemand célébrant en cachette l'anniversaire de Himmler.
En 1985, Le faiseur de théâtre, véritable machine à injures, causera un grand scandale en Autriche : le ministre (socialiste) des finances et futur chancelier disant que "de telles sorties contre l'Autriche comme dans Le faiseur de théâtre ne seront bientôt plus tolérées".
Mais c'est avec Heldenplatz, son ultime pièce, que Thomas Bernhard s'attirera le plus d'ennuis. M. Waldheim, devenu chef de l'État autrichien, a cherché par tous les moyens à empêcher sa représentation, mais la direction du Burgertheater et l'auteur en ont triomphé. La place des héros (Heldenplatz), au centre de Vienne, fut le lieu d'un discours de Hitler acclamé par une énorme foule. La pièce s'attaque une fois encore à l'hypocrisie autrichienne, au fanatisme et aux méfaits qui en résultent.
Thomas Bernhard meurt trois mois après la première d'Heldenplatz le 12 février 1989 en Haute-Autriche. Dans son testament, il interdit la diffusion et la représentation de ses œuvres en Autriche pour les cinquante prochaines années.

A l'Odéon :

Auslöschung, d'après le roman Extinction, mise en scène Krystian Lupa, 2002
Ritter, Dene, Voss (Déjeuner chez Wittgenstein), mise en scène Krystian Lupa, 2004
Des arbres à abattre, mise en scène Patrick Pineau, 2006

Chavrier Séverine

Séverine Chavrier est née en 1974 à Lyon. De sa formation en lettres et en philosophie à ses études de piano au Conservatoire de Genève et d’analyse musicale en passant par de nombreux stages pratiques sur les planches, Séverine Chavrier a gardé un goût prononcé pour le mélange des genres. Comédienne ou musicienne, elle multiplie les compagnonnages et les créations avec Rodolphe Burger, François Verret (dont elle fut l'interprète remarquée au Festival de Montpellier-danse 2009 et au Festival d’Avignon 2011) et Jean-Louis Martinelli, tout en dirigeant sa propre compagnie, La Sérénade interrompue.
À l'automne 2010, elle devient artiste associée au Centquatre à Paris. Elle y donne Épousailles et représailles, d’après Hanokh Levin (créé au Théâtre des Amandiers). En 2011, elle présente Série B – Ballard J.G., inspiré de l’auteur de science-fiction britannique, pour le festival Temps d’images. En 2012, elle crée Plage ultime au Festival d’Avignon. Elle joue également en duo avec Jean-Pierre Drouet (Festival d’Avignon, Opéra de Lille) et avec Bartabas en juin 2013, tout en continuant à développer des collaborations musicales. En 2015, elle crée la pièce chorégraphique Après coups-projet un-femme au Théâtre de la Bastille pour le festival Hors séries (reprise en 2016/17).
Séverine Chavrier (qui participera au dispositif In Vivo de l'Ircam en 2017) est par ailleurs sollicitée par plusieurs écoles nationales pour divers enseignements (ENSATT, la Haute École de la Manufacture, l’École du Théâtre du Nord) et au Centre National des Arts du Cirque, où elle est responsable de l'enseignement musical et travaille à la mise en musique des Échappées des promotions sortantes.  

La compagnie La Sérénade Interrompue est conventionnée par la DRAC Ile‐de-France de 2016 à 2018.
Depuis 2014, Séverine Chavrier développe une résidence de territoire au Théâtre Roger Barat d’Herblay, pour une durée de trois ans avec le soutien de la Ville d’Herblay, la DRAC Ile‐de-France, le Conseil départemental du Val d’Oise et le Festival Théâtral du Val d’Oise.

DENE
Musik ist sehr oft die Rettung
RITTER
Da hast du Recht
aber bald können wir auch keine
Musik mehr hören
wenn die Ohr aufeinmal und dann
für immer
Musik hassen
weil wir sie mißbrauchen
für den Überlebenszweck sozusagen
VOSS
Davon ist Denken
völlig unbehelligt
wenn wir es noch so mißbrauchen
es ist immer möglich
alles geht uns auf die Nerven schließlich
nicht Denken
wer denkt
kann ruhig alt werden
Oder lebenslänglich
eine verrückte Idee haben
eine einzige verrückte Idee
Hören lesen schauen das ist alles nichts
gegen diese eine einzige verrückte Idee
das ist aber mein Problem

Thomas Bernhard : Ritter, Dene, Voss
(Vienne, Burgtheater, Programmbuch Nr. 2, 1986,
pp. 65-66)


DENE
La musique très souvent est le salut
RITTER
Là tu as raison
mais bientôt la musique aussi nous ne
pourrons plus l’écouter du tout
quand les oreilles un beau jour et après
pour toujours
haïssent la musique
parce que nous en usons mal
dans le but de survivre pour ainsi dire
VOSS
De cela la pensée est
totalement à l’abri
nous avons beau en user mal
elle est toujours possible
tout nous tombe sur les nerfs finalement
la pensée non
qui pense
vieillit sans problème
Ou bien toute sa vie avoir
une idée folle
une seule idée folle
écouter lire regarder tout cela n’est rien
à côté de cette seule idée folle
mais cela c’est mon problème

Thomas Bernhard : Déjeuner chez Wittgenstein
(traduction française Michel Nebenzahl,
Paris, L’Arche, 1984, pp. 83-84)
 

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  • Nous sommes repus mais pas repentis (Déjeuner  chez  Wittgenstein)   | photo © Samuel Rubio

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