Auslöschung

Les futurs maîtres n'existent pas et les maîtres passés sont morts - Thomas Bernhard

Krystian Lupa, le grand représentant polonais du théâtre d'art que le public parisien a découvert à l'Odéon avec ses adaptations des Somnambules et des Frères Karamazov, nous propose cette saison sa vision de la dernière oeuvre romanesque majeure de Thomas Bernhard. A La suite d'un accident de voiture, un certain Murau se retrouve l'unique héritier de Wolfsegg, le domaine familial qu'il déteste par-dessus tout. De retour sur les lieux de son enfance, non loin de la Villa où ses parents cachèrent des dignitaires nazis après la guerre, il se prépare à leurs funérailles, auxquelles vient assister le vieil amant de sa mère, l'éloquent, l'inénarable et à certains égards l'admirable ou affreux archevêque Spadolini. Peu à peu, le narrateur mûrit sa décision d'écrire l'Extinction de Wolfsegg, de sa famille, mais aussi de toute sa vie ; cette "extinction" est ainsi à la fois acquittement d'une dette, règlement de comptes, mais aussi interminable travail de la libération et du consentement à la disparition. Wolfsegg est un concentré de l'Autriche et de son histoire selon Bernhard, et cette patrie exécrée est à son tour une figure obsédante de l'horreur contemporaine. Extinction peut du coup être lu comme une sorte de capricieuse encyclopédie de la détestation du monde - on y trouve des opinions sur presque tout, sombrement motivées et fanatiquement ressassées avec l'humour implacablement ambigu qui est la marque de Thomas Bernhard - mais aussi, en pointillés, comme un dernier art de vivre avant l'évanouissement. Krystian Lupa, qui a déjà monté des oeuvres théâtrales de Bernard, s'est fixé ici la gageure de tirer du monologue de Murau un spectacle polyphonique qui le force à réinventer sur de nouvelles bases son art du "réalisme magique". Tous les spectateurs qui ont vu Extinction à Varsovie s'accordent à reconnaître qu'il y a magnifiquement réussi.

A lire...
Thomas Bernhard : Extinction, Paris, Gallimard, 1990 (trad. Gilberte Lambrichs).
Chantal Thomas : Thomas Bernhard, Paris, Seuil, coll. Les Contemporains, 1990.
Krystian Lupa, Michel Archimbaud : Entretien avec K. Lupa, CNT, C&D International Editors, 1999

 

France
du 22 janvier 2002 au 02 février 2002

Auslöschung
Extinction

de THOMAS BERNHARD

mise en scène KRYSTIAN LUPA

avec Waldemar Barwinski, Dominik Cziao, Jaga Dolinska, Adam Ferency, Jolanta Fraszynska, Michal Gadomski, Jaroslaw Gajewski, Lukasz Jaroszynski, Maja Komorowska, Aleksandra Konieczna, Zygmunt Malanowicz, Malgorzata Niemirska, Agnieszka Roszkowska, Piotr Skiba, Krzysztof Szekalski, Andrzej Szreremeta, Marcin Tronski, Marek Walczewski, Agnieszka Wosinska, Wojciech Wysocki.

en polonais surtitré

  • Auslöschung  | © Marcin Kopec DR
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  • Auslöschung  | © D.R.
    © D.R.

Les futurs maîtres n'existent pas et les maîtres passés sont morts - Thomas Bernhard

Krystian Lupa, le grand représentant polonais du théâtre d'art que le public parisien a découvert à l'Odéon avec ses adaptations des Somnambules et des Frères Karamazov, nous propose cette saison sa vision de la dernière oeuvre romanesque majeure de Thomas Bernhard. A La suite d'un accident de voiture, un certain Murau se retrouve l'unique héritier de Wolfsegg, le domaine familial qu'il déteste par-dessus tout. De retour sur les lieux de son enfance, non loin de la Villa où ses parents cachèrent des dignitaires nazis après la guerre, il se prépare à leurs funérailles, auxquelles vient assister le vieil amant de sa mère, l'éloquent, l'inénarable et à certains égards l'admirable ou affreux archevêque Spadolini. Peu à peu, le narrateur mûrit sa décision d'écrire l'Extinction de Wolfsegg, de sa famille, mais aussi de toute sa vie ; cette "extinction" est ainsi à la fois acquittement d'une dette, règlement de comptes, mais aussi interminable travail de la libération et du consentement à la disparition. Wolfsegg est un concentré de l'Autriche et de son histoire selon Bernhard, et cette patrie exécrée est à son tour une figure obsédante de l'horreur contemporaine. Extinction peut du coup être lu comme une sorte de capricieuse encyclopédie de la détestation du monde - on y trouve des opinions sur presque tout, sombrement motivées et fanatiquement ressassées avec l'humour implacablement ambigu qui est la marque de Thomas Bernhard - mais aussi, en pointillés, comme un dernier art de vivre avant l'évanouissement. Krystian Lupa, qui a déjà monté des oeuvres théâtrales de Bernard, s'est fixé ici la gageure de tirer du monologue de Murau un spectacle polyphonique qui le force à réinventer sur de nouvelles bases son art du "réalisme magique". Tous les spectateurs qui ont vu Extinction à Varsovie s'accordent à reconnaître qu'il y a magnifiquement réussi.

A lire...
Thomas Bernhard : Extinction, Paris, Gallimard, 1990 (trad. Gilberte Lambrichs).
Chantal Thomas : Thomas Bernhard, Paris, Seuil, coll. Les Contemporains, 1990.
Krystian Lupa, Michel Archimbaud : Entretien avec K. Lupa, CNT, C&D International Editors, 1999

 

Autour du spectacle

Générique

d'après THOMAS BERNHARD
adaptation, traduction, mise en scène, scénographie KRYSTIAN LUPA

musique : Jacek Ostaszewski

avec : Waldemar Barwinski, Dominik Cziao, Jaga Dolinska, Adam Ferency, Jolanta Fraszynska, Michal Gadomski, Jaroslaw Gajewski, Lukasz Jaroszynski, Maja Komorowska, Aleksandra Konieczna, Zygmunt Malanowicz, Malgorzata Niemirska, Agnieszka Roszkowska, Piotr Skiba, Krzysztof Szekalski, Andrzej Szreremeta, Marcin Tronski, Marek Walczewski, Agnieszka Wosinska, Wojciech Wysocki.

production : Teatr Dramatyczny de Varsovie
réalisation Odéon-Théâtre de l'Europe

spectacle créé à Varsovie en mars 2001

surtitrage : Ewa Pawlikowska

 

Metteur en scène

Krystian Lupa

Krystian Lupa est né en 1943 à Jastrzebie Zdroj en Pologne. De 1963 à 1969, il suit des cours de peinture, puis d'art graphique à l'Académie des Beaux-Arts de Cracovie, dont il sort avec un diplôme en arts graphiques. Après des études de cinéma qu'il n'achève pas, il se forme pendant quatre ans à la mise en scène au Conservatoire d'Art Dramatique de Cracovie, où il obtient son diplôme en 1978.
Il commence alors sa carrière au Teatr Norwida de Jelenia Gora, tout en dirigeant quelques productions au Stary Teatr de Cracovie (notamment Yvonne, Princesse de Bourgogne, de Gombrowicz, en 1978). Son travail à Jelenia Gora présente un caractère expérimental très marqué. Dans un texte intitulé «Le théâtre de la révélation» Krystian Lupa expose sa conception du théâtre comme instrument d'exploration et de transgression des frontières de l'individualité. En 1986 il quitte définitivement Jelenia Gora pour le Stary Teatr de Cracovie dont il devient le metteur en scène attitré. Son arrivée à Cracovie coïncide avec un tournant de sa recherche. Il s'intéresse davantage aux questions éthiques, et la plupart de ses mises en scène puisent leur matière dans la littérature russe ou autrichienne.

Il a monté ou adapté pour la scène des auteurs tels que Musil (Esquisses de l'homme sans qualité, 1990), Dostoïevski (Les Frères Karamazov, 1990, reprise à l'Odéon en janvier 2000), Rilke (Malte ou le triptyque de l'enfant prodigue, 1991), Thomas Bernhard (La Plâtrière,1992 et Extinction), Tchekhov (Platonov; 1996), Hermann Broch (Les Somnambules), Werner Schwab (Les Présidentes, au Teatr Polski à Wroclaw en 1999). Depuis 1983, Krystian Lupa enseigne au Conservatoire d'Art Dramatique de Cracovie, où il est doyen de la faculté de mise en scène. De nombreux prix ont distingué son travail. Pour les Somnambules, il a obtenu le XXXVIème Grand Prix de la Critique dramatique et musicale pour le meilleur spectacle étranger.
Il a créé Le Maître et Marguerite d'après M. Boulgakov à Cracovie en 2002. En 2006, il crée Zaratustra d'après Friedrich Nietzsche et Einar Schleef.

A l'Odéon :
- Les Somnambules d'après Hermann Broch, 1998
- Les Frères Karamazov de Dostoïevski, 2000
- Auslöschung / Extinction d'après Thomas Bernhard, 2002
- Mistrz i Malgorzata (Le Maître et Marguerite), de Boulgakov, 2003
- Rodzenstwo : Ritter, Dene, Voss (Déjeuner chez Wittgenstein) de Thomas Bernhard, 2004
- Zaratustra, d'après Nietzsche et Einar Schleef, 2007

 

Auteur

Thomas Bernhard

L'écrivain autrichien Thomas Bernhard est né le 10 février 1931 à Heerlen aux Pays-Bas, fils illégitime d'un fils de paysan autrichien et de la fille d'un écrivain allemand. Il passe une grande partie de son enfance à Salzbourg auprès de son grand-père maternel. En mars 1938 l'Allemagne nazie annexe l'Autriche. En 1938, sa mère va s'installer en Bavière, c'est l'époque du nazisme triomphant et le début de l'enfer pour Thomas Bernhard. En 1943 son grand-père le place dans un internat à Salzbourg, où il vivra la fin de la guerre. Il suit des cours de violon et de chant, puis étudie la musicologie. En 1947, Thomas Bernhard contracte une pleurésie. Son grand-père meurt en 1949 de tuberculose et sa mère l'année suivante. Atteint lui aussi par la tuberculose, Thomas Bernhard sera soigné en sanatorium, expérience qu'il inscrira dans sa production littéraire. Il voyage à travers l'Europe surtout en Italie et en Yougoslavie.
En 1952, il travaille comme chroniqueur judiciaire au journal "Demokratisches Volksblatt".
Il étudie, à l'Académie de musique et d'art dramatique de Vienne ainsi qu'au Mozarteum de Salzbourg.
Son premier grand roman Gel paraît en 1963, il le fera connaître hors des frontières et obtiendra de nombreux prix. En 1968, à l'occasion de la remise d'un prix littéraire, il provoque les institutions avec un discours attaquant l'Etat, la culture autrichienne et les Autrichiens.
De plus en plus Thomas Bernhard se consacre à des œuvres théâtrales. En 1969 il se lie d'amitié avec le régisseur Claus Peymann, qui restera un grand soutien tout au long de sa carrière.
En 1970, Une fête pour Boris remporte un grand succès au Théâtre allemand de Hambourg. La même année Thomas Bernhard obtient le prix Georg Büchner, la plus importante récompense littéraire d'Allemagne fédérale.
Il écrit un cycle de 5 oeuvres autobiographiques qui paraîtront entre 1975 et 1982 : l'Origine, la Cave, le Souffle, le Froid et Un enfant.
En 1976 a lieu à Stuttgart la première de Minetti, portrait de l'acteur vieillissant et joué par Minetti lui-même. Deux ans plus tard Avant la retraite décrit la vieillesse d'un juge allemand célébrant en cachette l'anniversaire de Himmler.
En 1985, Le faiseur de théâtre, véritable machine à injures, causera un grand scandale en Autriche : le ministre (socialiste) des finances et futur chancelier disant que "de telles sorties contre l'Autriche comme dans Le faiseur de théâtre ne seront bientôt plus tolérées".
Mais c'est avec Heldenplatz, son ultime pièce, que Thomas Bernhard s'attirera le plus d'ennuis. M. Waldheim, devenu chef de l'État autrichien, a cherché par tous les moyens à empêcher sa représentation, mais la direction du Burgertheater et l'auteur en ont triomphé. La place des héros (Heldenplatz), au centre de Vienne, fut le lieu d'un discours de Hitler acclamé par une énorme foule. La pièce s'attaque une fois encore à l'hypocrisie autrichienne, au fanatisme et aux méfaits qui en résultent.
Thomas Bernhard meurt trois mois après la première d'Heldenplatz le 12 février 1989 en Haute-Autriche. Dans son testament, il interdit la diffusion et la représentation de ses œuvres en Autriche pour les cinquante prochaines années.

A l'Odéon :

Auslöschung, d'après le roman Extinction, mise en scène Krystian Lupa, 2002
Ritter, Dene, Voss (Déjeuner chez Wittgenstein), mise en scène Krystian Lupa, 2004
Des arbres à abattre, mise en scène Patrick Pineau, 2006