Die Möwe

Toucher les âmes de ses mains - Luc Bondy

"Pourquoi portez-vous toujours le noir?" demande à Macha l 'instituteur Medvedenko. "Je suis en deuil de ma vie. Je suis malheureuse", lui répond-elle. Ainsi commence La Mouette, qui s'achève par cette confidence à mi-voix : "Constantin Gavrilovitch s'est tué". A quoi Tchekhov songeait-il en qualifiant sa pièce de "comédie"? D'un bout à l'autre, il est question d'amour - toujours à sens unique, toujours source de malentendus, terreau fertile de l'expression du désespoir : Semion aime Macha, qui aime Constantin, qui aime Nina, qui aime Trigorine, qui n'aime que lui-même - et encore. D'un bout à l'autre, il est question d'art, de la possibilité qu'adviennent plus de sens et plus de beauté - mais les âmes les mieux douées pour en éprouver le besoin tâtonnent en vain à la recherche des moyens d'y contribuer, et Nina "la mouette" se brûlera les ailes au feu de sa vocation, tandis que les "artistes" les plus admirés ne croient plus à leur propre grâce ou ne s'aperçoivent plus de la profondeur de leur égoïsme. La scène est dans un domaine idyllique, au bord d'un lac, mais rarement la proximité de la nature aura rendu aussi sensible combien le paradis ne peut être que perdu. "Dans nos oeuvres", écrivait Tchekhov, "il manque l'alcool qui enivre et subjugue. Nous décrivons la vie comme elle est, et à part ça rien du tout". Cette vie qui se passe de commentaires, errant en quête de son intensité, n'a rien de dramatique. Les événements y sont impondérables et minuscules; les catastrophes même s'y font discrètes. Ce théâtre du frôlement, de la subtile demi-teinte où la pudeur et l'ironie habitent les mêmes silences, convient parfaitement à Luc Bondy, qui se plaît à travailler, comme l'écrivait Schnitzler, "dans la pénombre des âmes". Dans un décor de Gilles Aillaud, son sens du romanesque et de la frivolité déchirante ponctue à la pointe sèche l'écriture tchekhovienne avec la complicité d'une distribution d'exception réunissant certains des plus grands interprètes de scènes d'Autriche et d'Allemagne.

A lire...
Luc Bondy : La fête de l'instant. Dialogues avec Georges Banu.
Actes/Académie Expérimentales des Théâtres, 1996.
Anton Tchekhov : La Mouette, Actes Sud, collection babel, 1996
(traduction d'André Markowicz et Françoise Morvan).

Théâtre de l'Odéon

France

Théâtre de l'Odéon

du 22 février 2002 au 26 février 2002

Die Möwe
La Mouette

d'Anton Tchekhov

mise en scène Luc Bondy

avec Eva Magdalena Baich, Philipp Brammer, Benjamin Cabuk, August Diehl, Urs Hefti, Maria Hengge, Gertraud Jesserer, Ignaz Kirchner, Hans Kloser, Jutta Lampe, Martin Schwab, Gert Voss, Johanna Wokalek

en allemand surtitré

Votre venue

Théâtre de l'Odéon
Accès
  • Die Möwe  | © D.R.
    © D.R.
  • Die Möwe  | © Reinhard Werner
    © Reinhard Werner
  • Die Möwe  | © Reinhard Werner
    © Reinhard Werner
  • Die Möwe  | © Ruth Walz
    © Ruth Walz
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    © Ruth Walz
Pièces jointes

Toucher les âmes de ses mains - Luc Bondy

"Pourquoi portez-vous toujours le noir?" demande à Macha l 'instituteur Medvedenko. "Je suis en deuil de ma vie. Je suis malheureuse", lui répond-elle. Ainsi commence La Mouette, qui s'achève par cette confidence à mi-voix : "Constantin Gavrilovitch s'est tué". A quoi Tchekhov songeait-il en qualifiant sa pièce de "comédie"? D'un bout à l'autre, il est question d'amour - toujours à sens unique, toujours source de malentendus, terreau fertile de l'expression du désespoir : Semion aime Macha, qui aime Constantin, qui aime Nina, qui aime Trigorine, qui n'aime que lui-même - et encore. D'un bout à l'autre, il est question d'art, de la possibilité qu'adviennent plus de sens et plus de beauté - mais les âmes les mieux douées pour en éprouver le besoin tâtonnent en vain à la recherche des moyens d'y contribuer, et Nina "la mouette" se brûlera les ailes au feu de sa vocation, tandis que les "artistes" les plus admirés ne croient plus à leur propre grâce ou ne s'aperçoivent plus de la profondeur de leur égoïsme. La scène est dans un domaine idyllique, au bord d'un lac, mais rarement la proximité de la nature aura rendu aussi sensible combien le paradis ne peut être que perdu. "Dans nos oeuvres", écrivait Tchekhov, "il manque l'alcool qui enivre et subjugue. Nous décrivons la vie comme elle est, et à part ça rien du tout". Cette vie qui se passe de commentaires, errant en quête de son intensité, n'a rien de dramatique. Les événements y sont impondérables et minuscules; les catastrophes même s'y font discrètes. Ce théâtre du frôlement, de la subtile demi-teinte où la pudeur et l'ironie habitent les mêmes silences, convient parfaitement à Luc Bondy, qui se plaît à travailler, comme l'écrivait Schnitzler, "dans la pénombre des âmes". Dans un décor de Gilles Aillaud, son sens du romanesque et de la frivolité déchirante ponctue à la pointe sèche l'écriture tchekhovienne avec la complicité d'une distribution d'exception réunissant certains des plus grands interprètes de scènes d'Autriche et d'Allemagne.

A lire...
Luc Bondy : La fête de l'instant. Dialogues avec Georges Banu.
Actes/Académie Expérimentales des Théâtres, 1996.
Anton Tchekhov : La Mouette, Actes Sud, collection babel, 1996
(traduction d'André Markowicz et Françoise Morvan).

Autour du spectacle

Pièces jointes

Générique

texte allemand d'Ilma Rakusa
scénographie : Gilles Aillaud
costumes : Marianne Glittenberg
musique : Gerd Bessler
lumières : Alexander Koppelmann

avec : Eva Magdalena Baich, Philipp Brammer, Benjamin Cabuk, August Diehl, Urs Hefti, Maria Hengge, Gertraud Jesserer, Ignaz Kirchner, Hans Kloser, Jutta Lampe, Martin Schwab, Gert Voss, Johanna Wokalek

production : Burgtheater (Vienne), Wiener Festwochen
réalisation : Odéon-Théâtre de l'Europe
avec le concours du Département des Affaires Internationales
(Ministère de la Culture et de la Communication)
avec le soutien de Pierre Bergé

spectacle créé le 14 mai 2000 au Burgtheater de Vienne

 

Metteur en scène

Luc Bondy

Né en 1948 à Zurich, il entame dès la fin des années 1960 une carrière de metteur en scène qui l’amène à signer plus de soixante-dix spectacles, d’abord à travers toute l’Allemagne puis dans le monde entier.

Luc Bondy, qui a entre autres succédé à Peter Stein à la Schaubühne et dirigé les Wiener Festwochen de 2001 à 2013, a abordé les auteurs les plus variés : Beckett, Bond, Büchner, Crimp, Euripide, Fassbinder, Genet, Gœthe, Gombrowicz, Handke, Ibsen, Ionesco (Les Chaises, Nanterre, 2010), Marivaux, Molière, Pinter, Racine, Reza, Schnitzler (Terre étrangère, Nanterre, 1984), Shakespeare, Botho Strauss, Tchekhov, Witkiewicz...

À l’opéra, du Wozzeck de Berg (Hambourg 1976) à Charlotte Salomon de Marc-André Dalbavie (création mondiale au Festival de Salzbourg 2014), il a monté Bœsmans, Britten, Haendel, Mozart, Puccini, Strauss ou Verdi à Paris, Salzbourg, Florence, Milan, Londres, Vienne, Bruxelles...

Au cinéma, il a réalisé trois films : Die Ortliebschen Frauen (1979) ; Terre étrangère, avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Alain Cuny (1988) ; Ne fais pas ça avec Nicole Garcia, Natacha Régnier, Dominique Reymond (2004).

Il a écrit plusieurs livres, publiés chez Grasset ou Christian Bourgois. Dernière parution : Toronto (Zsolnay, Vienne 2012).  

Luc Bondy, qui dirigeait l'Odéon depuis 2012, est décédé le 28 novembre 2015, à la suite d'une pneumonie.

 

Ivanov, photo de répétition. 2015 © Thierry Depagne

 

A l'Odéon-Théâtre de l'Europe :
John Gabriel Borkman, Henrik Ibsen, 1993
Phèdre, Racine, 1998
En attendant Godot, Samuel Beckett, 1999
La Mouette, Anton Tchekhov, 2002
Viol, Botho Strauss, 2006
Die schönen Tage von Aranjuez, Peter Handke, 2012
Le Retour, Harold Pinter, 2012
Les Fausses Confidences, Marivaux, 2014 (reprise en mai 2015)
Tartuffe, Molière, 2014 (reprise en janvier 2016)
Ivanov, Anton Tchekhov, 2015