La Dame de chez Maxim

Comment je suis devenu vaudevilliste ? C'est bien simple. Par paresse, tout simplement. Comment ! Cela vous étonne ? Vous ignorez donc que la paresse est la mère miraculeuse, féconde du travail. Et je dis miraculeuse, parce que le père est totalement inconnu.
Feydeau


Rien ne réclame plus d'organisation et de méthode que cette fantastique machine à produire du désordre qu'est une pièce de Feydeau. Ses intrigues sont d'une logique affolante et insaisissable (les critiques ont souvent remarqué qu'elles sont aussi solides et convaincantes qu'impossibles à résumer après le spectacle). Personne n'a jonglé comme lui avec les crises du vaudeville, leurs rencontres cauchemardesques, leurs impasses hystériques, leurs résolutions délirantes. Alors, comment résumer La Dame de chez Maxim ? Disons que s'y télescopent crûment, et avec une catastrophique drôlerie, les convenances les plus rigides (de celles qui régissent un grand mariage bourgeois en province) et la licence la plus débridée (comme celle qui renverse les meubles et provoque l'amnésie alcoolique). Ou encore, disons que c'est l'histoire d'un chien dans un jeu de quilles, avec dans le rôle du chien une danseuse de cabaret d'une verve et d'un entrain inoubliables, et dans le rôle du jeu de quilles, le reste du monde ou à peu près. Ou enfin, faute de pouvoir raconter dans quels labyrinthes de bouffonnerie paroxystique Feydeau entraîne son public, citons en désespoir de cause le jugement d'Henry Gidel : La Dame de chez Maxim, «c'est le Soulier de satin du vaudeville.» L'histoire de la rencontre entre le respectable docteur Petypon et la Môme Crevette, qui fut dès sa création un succès d'ampleur mondiale, est aussi le chef-d'oeuvre du seigneur des boulevards, éblouissant illusionniste et implacable mécanicien dont l'efficacité comique transformait en victimes consentantes ses contemporains les plus réticents : «le moyen d'avoir raison,» demandait Catulle Mendès, «contre quelqu'un qui vous fait pouffer !» À quoi tient donc le secret de Feydeau ? Il est en tout cas le fruit d'un profond sérieux, d'un refus de toute complaisance, du soin maniaque qu'il apportait à son métier. Aborder un Feydeau implique de travailler à son exemple l'intelligence des répliques et la précision des agencements. L'intelligence, car Feydeau dissémine dans ses scènes des quantités de détails dont l'accumulation, même à l'insu du spectateur, contribue à accentuer la pression de l'atmosphère comique. Et la précision, car le tempo du vaudeville, d'une grande subtilité, exige de tous les partenaires de jeu une collaboration de tous les instants. Mais après Le Roi Lear et La Mort de Danton, Jean-François Sivadier, artiste associé au TNB, peut être sûr de ses troupes et de leur goût du jeu collectif, à l'heure où il change totalement de registre pour aborder enfin - et non sans gourmandise - le maître insurpassé du nonsense cartésien et son théâtre enfantin et cruel.

à lire Henry Gidel : Georges Feydeau, Paris, Flammarion, 1991 Jacques Lorcey : Georges Feydeau, Paris, La Table Ronde, 1972

Théâtre de l'Odéon

France

Théâtre de l'Odéon

du 20 mai 2009 au 25 juin 2009

La Dame de chez Maxim

de GEORGES FEYDEAU

mise en scène JEAN-FRANCOIS SIVADIER

avec Nicolas Bouchaud, Cécile Bouillot, Stephen Butel, Raoul Fernandez, Corinne Fischer, Norah Krief, Nicolas Lê Quang, Catherine Morlot, Gilles Privat, Anne de Queiroz, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda et Jean-Jacques Beaudouin, Christian Tirole.

Votre venue

Théâtre de l'Odéon
Accès
  • La Dame de chez Maxim | © Brigitte Enguérand
    © Brigitte Enguérand
  • La Dame de chez Maxim | © Brigitte Enguérand
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  • La Dame de chez Maxim | © Brigitte Enguérand
    © Brigitte Enguérand
  • La Dame de chez Maxim | © Brigitte Enguérand
    © Brigitte Enguérand

Comment je suis devenu vaudevilliste ? C'est bien simple. Par paresse, tout simplement. Comment ! Cela vous étonne ? Vous ignorez donc que la paresse est la mère miraculeuse, féconde du travail. Et je dis miraculeuse, parce que le père est totalement inconnu.
Feydeau

Rien ne réclame plus d'organisation et de méthode que cette fantastique machine à produire du désordre qu'est une pièce de Feydeau. Ses intrigues sont d'une logique affolante et insaisissable (les critiques ont souvent remarqué qu'elles sont aussi solides et convaincantes qu'impossibles à résumer après le spectacle). Personne n'a jonglé comme lui avec les crises du vaudeville, leurs rencontres cauchemardesques, leurs impasses hystériques, leurs résolutions délirantes. Alors, comment résumer La Dame de chez Maxim ? Disons que s'y télescopent crûment, et avec une catastrophique drôlerie, les convenances les plus rigides (de celles qui régissent un grand mariage bourgeois en province) et la licence la plus débridée (comme celle qui renverse les meubles et provoque l'amnésie alcoolique). Ou encore, disons que c'est l'histoire d'un chien dans un jeu de quilles, avec dans le rôle du chien une danseuse de cabaret d'une verve et d'un entrain inoubliables, et dans le rôle du jeu de quilles, le reste du monde ou à peu près. Ou enfin, faute de pouvoir raconter dans quels labyrinthes de bouffonnerie paroxystique Feydeau entraîne son public, citons en désespoir de cause le jugement d'Henry Gidel : La Dame de chez Maxim, «c'est le Soulier de satin du vaudeville.» L'histoire de la rencontre entre le respectable docteur Petypon et la Môme Crevette, qui fut dès sa création un succès d'ampleur mondiale, est aussi le chef-d'oeuvre du seigneur des boulevards, éblouissant illusionniste et implacable mécanicien dont l'efficacité comique transformait en victimes consentantes ses contemporains les plus réticents : «le moyen d'avoir raison,» demandait Catulle Mendès, «contre quelqu'un qui vous fait pouffer !» À quoi tient donc le secret de Feydeau ? Il est en tout cas le fruit d'un profond sérieux, d'un refus de toute complaisance, du soin maniaque qu'il apportait à son métier. Aborder un Feydeau implique de travailler à son exemple l'intelligence des répliques et la précision des agencements. L'intelligence, car Feydeau dissémine dans ses scènes des quantités de détails dont l'accumulation, même à l'insu du spectateur, contribue à accentuer la pression de l'atmosphère comique. Et la précision, car le tempo du vaudeville, d'une grande subtilité, exige de tous les partenaires de jeu une collaboration de tous les instants. Mais après Le Roi Lear et La Mort de Danton, Jean-François Sivadier, artiste associé au TNB, peut être sûr de ses troupes et de leur goût du jeu collectif, à l'heure où il change totalement de registre pour aborder enfin - et non sans gourmandise - le maître insurpassé du nonsense cartésien et son théâtre enfantin et cruel.

à lire Henry Gidel : Georges Feydeau, Paris, Flammarion, 1991 Jacques Lorcey : Georges Feydeau, Paris, La Table Ronde, 1972

Générique

de GEORGES FEYDEAU
mise en scène JEAN-FRANCOIS SIVADIER

collaboration artistique : Nicolas Bouchaud, Véronique Timsit, Nadia Vonderheyden
scénographie : Daniel Jeanneteau, Jean-François Sivadier, Christian Tirole
lumière : Philippe Berthomé assisté de Jean-Jacques Beaudouin
costumes : Virginie Gervaise
décor : Amélia Holland
maquillage, perruques : Arnaud Ventura
son : Cédric Alaïs, Jean-Louis Imbert
chant : Pierre-Michel Sivadier
travail sensible : Vincent Rouche et Anne Cornu
assistante à la mise en scène : Véronique Timsit
régisseur général : Dominique Brillault

avec Nicolas Bouchaud, Cécile Bouillot, Stephen Butel, Raoul Fernandez, Corinne Fischer, Norah Krief, Nicolas Lê Quang, Catherine Morlot, Gilles Privat, Anne de Queiroz, Nadia Vonderheyden, Rachid Zanouda et Jean-Jacques Beaudouin, Christian Tirole.

durée : 3h30 (avec 1 entracte)

Coproduction Théâtre National de Bretagne - Rennes (producteur délégué) ; Odéon - Théâtre de l'Europe ; Italienne avec Orchestre; TNT / Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées ; Espace Malraux / Scène nationale de Chambéry et de la Savoie ; Théâtre de Caen ; Grand Théâtre du Luxembourg

créé le 21 avril 2009 au Théâtre national de Bretagne–Rennes
Jean-François Sivadier est artiste associé du Théâtre national de Bretagne – Rennes

Auteur

Georges Feydeau

(1862-1921)
Auteur dramatique français, fils du romancier Ernest Feydeau. Georges Feydeau renouvelle la forme du vaudeville, par la précision mécanique des situations (chiquenaude initiale, quiproquos, rebondissements en cascade...), jointe à l'efficacité cocasse de son style.
Dès l'adolescence , il écrit des monologues, puis des pièces qu'il lui arrive d'interpréter lui-même. Il obtient son premier succès avec la troisième d'entre elles, Tailleur pour dames (1887). Au cours des années suivantes, il présente une demi-douzaine d'autres oeuvres, qui ne parviennent cependant à convaincre ni le public, ni les critiques.
Enfin, en 1892, Monsieur chasse remporte un triomphe. Suivent Champignol malgré lui et Le système Ribadier, qui ouvrent la voie à une série de classiques du vaudeville : Un fil à la patte et L'Hôtel du libre échange (1894), La dame de chez Maxim (1899), La Duchesse des Folies-Bergère (1902), La puce à l'oreille (1907), Occupe- toi d'Amélie (1908).

Feydeau prend par la suite ses distances avec le vaudeville, pour composer des farces conjugales en un acte dont le comique féroce et poignant lui a peut-être été inspiré par l'échec de son mariage avec Marianne Carolus-Duran. Citons Feu la mère de Madame (1908), On purge Bébé (1910), Mais n'te promène donc pas toute nue ! (1911)...
Le comique des pièces de G. Feydeau n'exclut pas une certaine vérité dans laquelle la bourgeoisie fin de siècle et le monde interlope parisien se reconnaissent et retrouvent leurs fantasmes et leurs désirs inassouvis. Si la morale est presque toujours sauve, elle le doit visiblement à la seule convention théâtrale.

Représentations à l'Odéon :
- Le Ruban, de G.Feydeau et M.Desvallières (1894).
- La dame de chez Maxim, en 1938, avec Spinelly et Marcel Simon, le comédien attitré de Feydeau.
- Un Fil à la patte (1943).
- Feu la Mère de Madame (1950).
- Première représentation de Le Dindon (1951).
- Occupe- toi d'Amélie, dans une mise en scène de J.-L. Barrault, avec entre autres Madeleine Renaud et J.-L. Barrault (1960).
- Mais n'te promène donc pas toute nue, dans une mise en scène de J.-L. Barrault (1961).
- Un Fil à la patte, dans une mise en scène de Georges Lavaudant (2001, reprise 2002).
- La Dame de chez Maxim, dans une mise en scène de Jean-François Sivadier (2009).
- Hôtel Feydeau, un montage de textes par Georges Lavaudant (2017)