07 mai-28 juin 2014 / Odéon 6e

Cyrano de Bergerac

d'Edmond Rostand mise en scène Dominique Pitoiset

avec Jean-Michel Balthazar, Adrien Cauchetier, Antoine Cholet, Nicolas Chupin, Patrice Costa, Gilles Fisseau, Jean-François Lapalus, Daniel Martin, Bruno Ouzeau, Philippe Torreton, Martine Vandeville, Maud Wyler

Durée

2h40. Rencontre avec l'équipe artistique le 13/06 à l'issue de la représentation

Lieu

Odéon 6e

  • Accès

    Théâtre de l'Odéon et salon Roger Blin

    Entrée du public : Place de l'Odéon, Paris 6e

  • Détails

Tarifs

de 6€ à 36€

J'errais dans un méandre ;
J'avais trop de partis,
trop compliqués, à prendre ;
J'ai pris...
Lequel ?
Mais le plus simple,
et de beaucoup :
J'ai décidé d'être
admirable, en tout,
pour tout !

Faire naître un peu de beauté.
Après sa création à Rennes et une tournée triomphale dans toute la France, voici enfin à Paris l’homme au panache comme vous ne l’avez jamais vu ! Dans l’imaginaire collectif, s’il est une créature dont la silhouette de cape, d’épée, de plume paraissait fixée pour l’éternité, c’est bien Cyrano. Et puis arrive un jour où un artiste se penche sur un texte qui, a priori, ne lui paraissait pas destiné, y reconnaît des motifs qui l’intéressent depuis toujours, y dégage scène par scène une cohérence nouvelle… Dominique Pitoiset, dans son travail, s’est souvent fondé sur une dramaturgie du corps souffrant, capturé dans la cage de scène comme en une boîte d’entomologiste  : on n’a pas oublié à l’Odéon le Prospero aveugle de sa Tempête, et le Willy Loman de sa Mort d’un commis voyageur revivait toute la pièce dont il est le protagoniste en un seul long flash-back où se déchaînait sa confusion mentale. Son Cyrano relève de la même vision. Enfermé dans un asile, il porte dès les premières minutes la plaie à la tête qu’il ne reçoit d’ordinaire qu’au dernier acte. Toute l’intrigue n’est peut-être que le délire d’un homme seul, une histoire qu’il parvient à faire partager comme un jeu à ses camarades de détention, pour faire naître un peu de beauté dans leur existence affreuse. Pitoiset est parti de l’intuition que Cyrano voulait être ce qu’il est, ne cessait jamais de se hisser, de gageure en gageure, à la hauteur de l’identité qu’il s’était rêvée. Il est en somme le premier à se prendre pour Cyrano. Et il fait tout pour en persuader le reste du monde, qui finalement ne demande pas mieux : c’est tellement distrayant, et même pratique, de côtoyer un gaillard assez fou pour défier les puissants et se battre au besoin à un contre «oh ! pas tout à fait cent»… Au fond, si le nez de ce Cyrano-là n'existait pas, il l’aurait inventé, cet accessoire indispensable à la construction de son idéal de soi, cet appendice obscène bien fait pour l’astreindre à tenir sans jamais faiblir son rôle de provocateur paranoïaque, contraint de surmonter à force d’esprit l’horreur du corps. Et ça marche : ce Cyrano qui se bâtit ainsi sous nos yeux, nous l’accompagnons, nous y croyons, nous nous laissons conquérir, emportés par sa force et sa poésie. Décidément, Cyrano ne sera plus jamais comme avant. Pitoiset a largement gagné son pari – et avec lui Philippe Torreton, qui tient là l’un de ses plus grands rôles.

 

 

Le texte est disponible à la librairie du théâtre ouverte avant les spectacles, durant l’entracte et à l’issue des représentations et aussi, en version numérique aux Presses Électroniques de France (disponible à l'adresse www.pef-online.com ou via l'application PEF online)

mise en scène Dominique Pitoiset
dramaturgie Daniel Loayza
scénographie et costumes Kattrin Michel
lumière Christophe Pitoiset
travail vocal Anne Fischer

Assistants à la mise en scène Marie Favre, Stephen Taylor


production déléguée Théâtre National de Bretagne – Rennes
coproduction MC2 : Grenoble ; Théâtre national de Bordeaux Aquitaine ;
Compagnie Pitoiset – Dijon ; Les Théâtres de la Ville de Luxembourg ;
Espace Malraux / Scène Nationale de Chambéry et de la Savoie ;
Centre National de Création et de Diffusion Culturelles de Châteauvallon ;
Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines / Scène Nationale

créé le 5 février 2013 au Théâtre National de Bretagne – Rennes

Rostand Edmond

(1868-1918)

Poète et auteur dramatique français. Après un recueil de poésies, Les Musardises (1890), et des échecs dans le vaudeville (Le gant rouge,1988), il connaît le succès avec La Princesse lointaine, écrit pour Sarah Bernhardt (1895), et surtout avec Cyrano de Bergerac (1897), dont le succès sera international. En 1900, il triomphe avec l'Aiglon, permettant à Sarah Bernhardt de s'illustrer dans le rôle titre et à Lucien Guitry de faire une belle composition dans celui de Flambeau.

Edmond Rostand entre à l'Académie française en 1901. Il fait longtemps attendre Chantecler (1910), qui déconcertera le public. La Dernière nuit de Don Juan ne sera jouée qu'après sa mort.

Edmond Rostand contribua à l'évolution du théâtre d'inspiration historique, en fit un amusement pittoresque, sans trop de profondeur, et accessible à un large public. Il a varié constamment ses sujets, ses registres et ses effets, passant de l'Orient moyenâgeux au Paris du XVIIème siècle, de la préciosité de salon à la simplicité campagnarde, de l'Evangile à l'épopée napoléonienne, du sublime au grotesque avec un brio constant. L'héritage romantique se mêle chez lui à de nombreuses influences dramaturgiques et stylistiques qu'il maîtrise avec un art du pastiche, un sens de la fable et de la scène exceptionnels. Des indications scéniques d'une grande précision soulignent la théâtralité de ses dialogues et de ses intrigues rigoureusement construites.

Représentations à l'Odéon :
- Les Deux Pierrots, en 1923, dans le cadre d'une matinée poétique
- La Samaritaine, en 1924
- Les Romanesques, en 1941 et 1954
- Hommage à Edmond Rostand par Raymond Genty, et audition des oeuvres du poète, en 1944
- Cyrano de Bergerac, en 1927 et en 1947

Dominique Pitoiset

Né à Dijon, Dominique Pitoiset s'y forme aux Beaux-Arts avant de rejoindre l'école du TNS. Assistant de Jean-Pierre Vincent, puis de Manfred Karge et de Matthias Langhoff, il passe très vite à la mise en scène et prend en 1996 la direction du Théâtre National Dijon-Bourgogne. Nommé directeur du Théâtre National de Chaillot en 2000, il voit sa nomination invalidée par suite d'un changement ministériel. Il entame alors une trilogie Shakespeare qu'il achève en Italie. De retour en France, il prend en 2004 la tête du Théâtre national de Bordeaux en Aquitaine (TnBA), qu'il dirige jusqu'en décembre 2013.
Il y reprend ou y crée plusieurs spectacles (dont Le Tartuffe, de Molière), puis réinvente La Tempête, de Shakespeare, avec une distribution polyglotte emmenée par Roland Bertin. En 2007, Pitoiset inaugure l'école supérieure de théâtre de Bordeaux en Aquitaine, associée au TnBA. étroitement impliqué dans le travail pédagogique, il met en scène avec Nadia Fabrizio le spectacle de sortie de la première promotion : Merlin ou la terre dévastée, de Tankred Dorst. Au TnBA, Pitoiset a entre autres entamé un «cycle nord-américain» dont les deux premiers volets, Qui a peur de Virginia Woolf ? d'Edward Albee et Mort d'un commis voyageur, d'Arthur Miller, sont joués dans des traductions nouvelles en 2009 et 2010 ; dans les deux pièces, Pitoiset et Fabrizio interprètent eux-mêmes le couple de protagonistes. En novembre 2011, il présente en outre Le Maître des Marionnettes, hommage à la tradition des marionnettes sur l'eau.
À l'opéra, Pitoiset, qui a travaillé à l'Opéra de Paris dès 1999 (Don Giovanni de Mozart), ainsi qu'à l'Opéra Bastille (Falstaff de Verdi, reprise en mars 2013), a mis en scène des œuvres de Haydn, Purcell, Britten (Le Tour d'écrou, Opéra National de Bordeaux, 2009-2012), Gluck, Puccini, ou Richard Strauss (Salomé, Opéra National de Bordeaux, 2013).  

LE BRET, désolé, redescendant, les bras au ciel.
Ah ! dans quels jolis draps...
CYRANO
Oh ! toi ! tu vas grogner !
LE BRET
Enfin, tu conviendras
Qu'assassiner toujours la chance passagère,
Devient exagéré.
CYRANO
Hé bien oui, j'exagère !
LE BRET, triomphant
Ah !
CYRANO
Mais pour le principe, et pour l'exemple aussi,
Je trouve qu'il est bon d'exagérer ainsi.
LE BRET
Si tu laissais un peu ton âme mousquetaire
La fortune et la gloire...
CYRANO
Et que faudrait-il faire ?
Chercher un protecteur puissant, prendre un patron,
Et comme un lierre obscur qui circonvient un tronc
Et s'en fait un tuteur en lui léchant l'écorce,
Grimper par ruse au lieu de s'élever par force ?
Non, merci. Dédier, comme tous ils le font,
Des vers aux financiers ? se changer en bouffon
Dans l'espoir vil de voir, aux lèvres d'un ministre,
Naître un sourire, enfin, qui ne soit pas sinistre ?
Non, merci. Déjeuner, chaque jour, d'un crapaud ?
Avoir un ventre usé par la marche ? une peau
Qui plus vite, à l'endroit des genoux, devient sale ?
Exécuter des tours de souplesse dorsale ?...
Non, merci. D'une main flatter la chèvre au cou
Cependant que, de l'autre, on arrose le chou,
Et donneur de séné par désir de rhubarbe,
Avoir un encensoir, toujours, dans quelque barbe ?
Non, merci !

Edmond Rostand : Cyrano de Bergerac, acte II, scène 8
 

Cyrano me fait penser à mon cher Alceste. Voilà un homme qui ne transige pas et qui dit toujours ce qu’il pense, quoi qu’il lui en coûte – carrière, succès, ou tout simplement sécurité. Et Rostand a soin de nous montrer que la compromission peut prendre des formes très insidieuses. Cyrano s’abstient, bien sûr, de faire activement sa cour auprès des puissants. C’est bien le moins. Mais son exigence va plus loin. Même quand les puissants font le premier pas, il préfère refuser la main qu’ils lui tendent. D’où l’autre grande tirade, moins célèbre, mais non moins brillante que celle des nez. La tirade des «non, merci !» est une ode à la gloire de l’indépendance, de l’autarcie, au risque de la solitude : «Avoir un ventre usé par la marche ? [...] Non, merci.» Un ventre usé par la marche ! Quelle formule, et qui pourrait resservir tous les jours ! C’est d’une drôlerie et d’une virtuosité confondantes. Et tout est de cette veine. Difficile de savoir où arrêter la citation. Au dernier vers, peut-être, où toute la haute moralité de Cyrano se concentre en une maxime : «Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul !» ?... La séduction de Cyrano est si éloquente qu’on risquerait de s’y laisser prendre, et l’on aurait vite fait de devenir misanthrope à son tour...

Cyrano exagère, il le sait et l’assume. Mais peut-être doit-il exagérer – car il est un artiste. S’il tient à «être seul, être libre», comme il le dit plus bas, c’est pour s’assurer un droit essentiel à ses yeux : «N’écrire jamais rien qui de soi ne sortît». C’est difficile, voire impossible. Mais pour lui, c’est vital. Telle est la première loi : ne pas exposer sa singularité, «ne pas être obligé d’en rien rendre à César». Ainsi va Cyrano : ridicule, parfois, mais toujours fier d’avoir préservé son humble part personnelle. Nez au vent, tête haute. Même s’il en fait trop. Ainsi font les artistes : ils exagèrent. Mais c’est à ce prix – et bien souvent à leurs dépens – qu’ils peuvent aider autrui à s’arracher, au moins de temps à autre, aux puissances aliénantes qui travaillent toujours à nous dicter le sens de nos vies – un sens, comme par hasard, qu’elles disent unique.

Dominique Pitoiset

  • Cyrano de Bergerac | crédit photo Brigitte Enguérand

    crédit photo Brigitte Enguérand

  • Cyrano de Bergerac | crédit photo Brigitte Enguérand

    crédit photo Brigitte Enguérand

  • Cyrano de Bergerac | crédit photo Brigitte Enguérand

    crédit photo Brigitte Enguérand

  • Cyrano de Bergerac | crédit photo Brigitte Enguérand

    crédit photo Brigitte Enguérand

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