Die bitteren Tränen der Petra von Kant

 Sur le point de basculer.
«Crois-moi, confie Petra von Kant à son amie Sidonie von Grasenabb, je suis heureuse d’avoir vécu ce qui s’est passé comme cela s’est passé. Ce que tu as appris, personne ne peut te le reprendre. Au contraire, ça te mûrit.» Lorsque Petra, si élégante, si distinguée, raconte comment son mariage avec Franck a fini par un lamentable naufrage, sans doute précipité par son succès comme créatrice de mode, elle paraît tout à fait apaisée, tout entière concentrée sur ses prochains objectifs professionnels. Sa mère lui emprunte de l’argent ; sa fille est pensionnaire dans un établissement renommé ; la fidèle Marlène veille silencieusement sur les travaux et les besoins de sa maîtresse. Tout semble en ordre. Rien ne laisse présager que dans un quart d’heure à peine, une bombe va exploser dans cette existence apparemment si pleine – une bombe qui s’ignore, et qui a nom Karine... Cinq actes comme cinq fragments significatifs prélevés dans la vie d’une femme, cinq flashes dramatiques suffisent à Fassbinder pour nous faire traverser les convulsions d’une passion folle, suicidaire et peut-être libératrice. L’histoire est directe, brutale, comme taillée à la serpe par un auteur de vingt-cinq ans. Fassbinder écrit sa pièce au milieu exact de sa courte carrière théâtrale. Quatre ans plus tôt, il a rejoint le Théâtre Action ; quatre ans plus tard, en juin 1975, il démissionne du Theater am Turm de Stuttgart pour se consacrer exclusivement à sa carrière de réalisateur (qui le verra créer, avec Maria Braun, Lili Marleen ou Veronika Voss, certains des plus beaux personnages de femme du cinéma). Entretemps ce bourreau de travail entièrement immergé dans sa troupe a déjà commencé à porter ses propres scénarios à l’écran, tirant lui-même en 1972, l’année même de l’écriture de sa pièce, un film tourné en onze jours où il offre à la jeune Hanna Schygulla, qui joue Karine, l’un de ses premiers rôles marquants. Incarner de telles passions, dans ce monde où les hommes brillent par leur absence, est réservé à des comédiennes physiques, puissantes, prêtes à s’engager totalement.
Une fois encore, Martin Kusej (prix Faust 2012 pour cette mise en scène) a réuni une superbe distribution, avant de lâcher ses interprètes comme autant de fauves dans un dispositif quadrifontal pareil à une cage de verre, qui magnifie encore la violence trash et somptueuse de cette histoire d’un grand amour désespéré.
 

Berthier 17e
France

Die bitteren Tränen der Petra von Kant Les Larmes amères de Petra von Kant

04 octobre 13 octobre

de Rainer Werner Fassbinder

mise en scène Martin Kušej

avec Bibiana Beglau, Sophie von Kessel, Elisa Plüss, Elisabeth Schwarz, Michaela Steiger, Andrea Wenzl

Lieu

Berthier 17e

Durée

1h55

Votre venue

Berthier 17e Accès

Tarifs

de 6€ à 30€
En savoir plus

Ouverture à la location le 04/09/2013 par internet, et le 11/09/2013 aux guichets et téléphone


Aber alles ist vorbestimmt. So oder so. Da bin ich ganz sicher. Ich hab es ertragen müßen.
Weißt du, Karin, der Mensch ist schlimm.
Letztlich erträgt er alles.
Alles.

Mais tout est écrit d'avance. D'une manière ou d'une autre. J'en suis sûre.
Il m'a fallu le supporter. Tu sais, Karine, les êtres sont terribles.
Finalement, ils supportent tout.
Tout.

 Sur le point de basculer.
«Crois-moi, confie Petra von Kant à son amie Sidonie von Grasenabb, je suis heureuse d’avoir vécu ce qui s’est passé comme cela s’est passé. Ce que tu as appris, personne ne peut te le reprendre. Au contraire, ça te mûrit.» Lorsque Petra, si élégante, si distinguée, raconte comment son mariage avec Franck a fini par un lamentable naufrage, sans doute précipité par son succès comme créatrice de mode, elle paraît tout à fait apaisée, tout entière concentrée sur ses prochains objectifs professionnels. Sa mère lui emprunte de l’argent ; sa fille est pensionnaire dans un établissement renommé ; la fidèle Marlène veille silencieusement sur les travaux et les besoins de sa maîtresse. Tout semble en ordre. Rien ne laisse présager que dans un quart d’heure à peine, une bombe va exploser dans cette existence apparemment si pleine – une bombe qui s’ignore, et qui a nom Karine... Cinq actes comme cinq fragments significatifs prélevés dans la vie d’une femme, cinq flashes dramatiques suffisent à Fassbinder pour nous faire traverser les convulsions d’une passion folle, suicidaire et peut-être libératrice. L’histoire est directe, brutale, comme taillée à la serpe par un auteur de vingt-cinq ans. Fassbinder écrit sa pièce au milieu exact de sa courte carrière théâtrale. Quatre ans plus tôt, il a rejoint le Théâtre Action ; quatre ans plus tard, en juin 1975, il démissionne du Theater am Turm de Stuttgart pour se consacrer exclusivement à sa carrière de réalisateur (qui le verra créer, avec Maria Braun, Lili Marleen ou Veronika Voss, certains des plus beaux personnages de femme du cinéma). Entretemps ce bourreau de travail entièrement immergé dans sa troupe a déjà commencé à porter ses propres scénarios à l’écran, tirant lui-même en 1972, l’année même de l’écriture de sa pièce, un film tourné en onze jours où il offre à la jeune Hanna Schygulla, qui joue Karine, l’un de ses premiers rôles marquants. Incarner de telles passions, dans ce monde où les hommes brillent par leur absence, est réservé à des comédiennes physiques, puissantes, prêtes à s’engager totalement.
Une fois encore, Martin Kusej (prix Faust 2012 pour cette mise en scène) a réuni une superbe distribution, avant de lâcher ses interprètes comme autant de fauves dans un dispositif quadrifontal pareil à une cage de verre, qui magnifie encore la violence trash et somptueuse de cette histoire d’un grand amour désespéré.
 


  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

  • Die bitteren Tränen der Petra von Kant | crédit photo Hans Jörg Michel

    crédit photo Hans Jörg Michel

Générique

mise en scène Martin Kušej

scénographie Annette Murschetz
costumes Heidi Hackl
musique Jan Faszbender
lumière Tobias Löffler
dramaturgie Andreas Karlaganis

 

Production Residenztheater

créé le 3 mars 2012 au Residenz Theater de Munich

Metteur en scène

Martin Kušej

En 1986, il devient assistant à la mise en scène au Landestheater de Salzbourg et au Théâtre National de Slovénie, à Ljubljana. Après avoir fondé avec le scénographe Martin Zehetgruber et la dramaturge Sylvia Brandl la compagnie «my friend martin», il travaille dès 1992 à l’étranger, et sa vision de Kabale und Liebe, de Schiller, lui vaut en Allemagne le prix du Jeune metteur en scène en 1993. Un an plus tard, il est invité aux Wiener Festwochen. Il travaille régulièrement au Staatschauspiel de Stuttgart (qu’il dirige en 1993-94) et au Burgtheater depuis 1999, entre autres, montant Grabbe, Grillparzer, Goethe, Horváth ou Sarah Kane.
Ses débuts à l’opéra remontent à 1996 (King Arthur, de Purcell, à Stuttgart). Depuis, il a travaillé à Vérone, Zurich, Berlin, Amsterdam, Munich, Vienne et à Salzbourg. Il monte ainsi Fidelio de Beethoven, Salomé et Elektra de Strauss, collabore avec Harnoncourt à un cycle mozartien à Salzbourg (Don Giovanni, 2002, et La Clemenza di Tito, 2003 ; ensemble, ils abordent à Zurich La Flûte enchantée en 2007, puis Genoveva, de Schumann et The Rake’s Progress, de Stravinsky, en 2008), s’attaque à Carmen, de Bizet, à Otello ou à Macbeth, de Verdi. La reprise de sa mise en scène de Lady Macbeth von Mzensk, de Chostakovitch, à l’Opéra Bastille en 2009 est très remarquée.
Nommé trois fois pour le prix Nestroy, il finit par l’obtenir en 2009 pour Der Weibsteufel, de Schönherr (présenté à l'Odéon en février 2013).
Depuis 2011, Martin Kušej est directeur artistique du Residenztheater. à ce jour, il y a signé trois mises en scène, dont Hedda Gabler d'Ibsen et Die Anarchistin de David Mamet, tout en continuant son travail à l'opéra (dernièrement : La Forza del destino, de Verdi, au Bayerische Staatsoper).  

Extrait

SIDONIE Très chère !
PETRA Sidonie ! Ma bonne !
SIDONIE Petra !
Elles s'embrassent.
PETRA Mon Dieu, depuis quand...
SIDONIE Trois ans, ma toute bonne. Trois ans. Et comme le temps passe. Et avec ça tu as si bonne mine. Affreusement bonne mine. Comment fais-tu ?...
PETRA Tu ne me le cèdes en rien, ni en beauté ni en jeunesse, ma bonne, en rien.
SIDONIE Et Frank ? (Petra fait un signe de dénégation.) J'ai entendu parler de vous dans les journaux. En Australie, tu te rends compte ! Et tout de suite j'ai dit à Lester, la pauvre, la voilà bien avancée. Comme nous t'avions mise en garde contre cet homme...
PETRA Les expériences, Sidonie, il faut les faire soi-même. Crois-moi, je suis heureuse d'avoir vécu ça comme ça, comme c'était. Ce que tu as appris, personne ne peut te le reprendre. Au contraire, ça te mûrit.
SIDONIE Je ne sais pas, Petra, est-ce que l'expérience a beaucoup de valeur, quand l'issue est prévisible dès le départ ?

Rainer Werner Fassbinder : Les Larmes amères de Petra von Kant, 1 (texte français Sylvie Muller, L'Arche, 1977, pp. 39-40)
 

SIDONIE Liebste!
PETRA Sidonie! Gute!
SIDONIE Petra!
Sie umarmen sich.
PETRA Mein Gott, wie lange...
SIDONIE Drei Jahre, Beste. Drei Jahre. Und wie die Zeit vergeht. Dabei siehst du so gut aus. Erschreckend gut. Wie du das machst.
PETRA Du stehst mir in nichts nach, an Jugend, Schönheit, Gute, in nichts.
SIDONIE Und Frank? Petra winkt ab. Ich hab von euch gelesen. In Australien, stell dir vor! Und ich hab gleich gesagt zu Lester, die Arme, das hat sie nun davon. Wie haben wir dich alle vor dem Mann gewarnt.
PETRA Erfahrung, Sidonie, die muß man selber sammeln. Glaub mir, ich bin froh, es so erlebt zu haben, wie es war. Was du gerlernt hast, nimmt dir keiner mehr. Im Gegenteil, es macht dich reif.
SIDONIE Ich weiß nicht, Petra, wenn das Ende schon am Anfang abzusehen ist, ist denn die Erfahrung dann viel wert?

Rainer Werner Fassbinder : Die bitteren Tränen der Petra von Kant, 1 (Verlag der Autoren, Frankfurt am Main, 1986, p. 11)