16 janvier- 23 mars 2014 / création / Odéon 6e

Les Fausses Confidences

de Marivaux mise en scène Luc Bondy

avec Isabelle Huppert, Jean-Damien Barbin, Manon Combes, Louis Garrel, Yves Jacques, Sylvain Levitte, Jean-Pierre Malo, Bulle Ogier, Bernard Verley et Georges Fatna, Arnaud Mattlinger

Durée

2h10

Lieu

Odéon 6e

Tarifs

de 6€ à 36€

représentations du 16/01 au 02/03 : ouverture à la location le 11/12/2013. Représentations du 04/03 au 23/03 : ouverture à la location le 29/01/2014

Après tout, puisque vous m'aimez véritablement, ce que vous avez fait pour gagner mon cœur n'est point blâmable : il est permis à un amant de chercher les moyens de plaire, et on doit lui pardonner lorsqu'il a réussi.
 

Pauvre Dorante, très riche Araminte.
Dorante, qui est pauvre, aime Araminte, qui est riche. L’écart entre eux est assez énorme pour paraître infranchissable. Il sera franchi pourtant, et le public le sait bien, car le genre comique impose à son dénouement que les amants soient réunis. Cependant Marivaux s'est plu à multiplier les obstacles sur la route matrimoniale de Dorante. Son héroïne, qui est veuve, a trop d'expérience de la vie pour qu'on puisse espérer surprendre sa naïveté. En outre, Araminte est soustraite à la puissance paternelle : nul ne peut lui imposer de se marier contre son gré. Le problème, pour Dorante, consiste donc à se faire aimer d’une femme consciente de sa valeur et maîtresse de ses choix. Comment faire ? Plutôt que sur la fin, le dramaturge concentre l’attention des spectateurs sur les moyens employés, l’enchaînement savant d’actions et de réactions par lequel Araminte se laisse peu à peu circonvenir. Et c’est ici qu’intervient l'habile valet Dubois : acteur, scénariste et démoniaque metteur en scène de toute la manœuvre, il est déjà dans la place au service d’Araminte et y fait engager à son tour son ancien maître Dorante en qualité d’intendant. «Je connais l’humeur de ma maîtresse», lui déclare-t-il dès la scène inaugurale : «je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et on vous aimera, toute raisonnable qu’on est ; on vous épousera, toute fière qu’on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes, entendez-vous ? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l’amour parle, il est le maître, et il parlera […]». Mais cet amour, comment le faire parler ? Sur quel levier Dubois, cet Archimède de la manipulation des sentiments, va-t-il peser pour faire basculer les sentiments d’Araminte ? Essentiellement sur la «fausse confidence» – sur les effets qu’entraînent certaines informations prétendument secrètes, pourvu qu’elles soient distillées au bon moment et dans les bons termes. Tout est donc langage – mais à condition d’ajouter que tout langage, chez Marivaux, est d’emblée action, et que toute action suscite un sentiment, lequel détermine un désir moins libre qu’il ne se croit, mais qui ne vit que d’être pris au filet des mots. À ce jeu-là, Bondy est passé maître : il aborde ici son quatrième Marivaux avec une distribution exceptionnelle, autour d'une d'une Araminte incarnée par Isabelle Huppert.

avec le soutien de

 

 

 

Béatrice et Christian Schlumberger

 

Le texte est disponible à la librairie du théâtre ouverte avant les spectacles, durant l’entracte et à l’issue des représentations et aussi, en version numérique aux Presses Électroniques de France (disponible à l'adresse www.pef-online.com ou via l'application PEF online)

conseiller artistique Geoffrey Layton 
conseiller dramaturgique Jean Jourdheuil
assistant à la mise en scène Jean-Romain Vesperini
souffleuse Nikolitsa Angelakopoulou
décor Johannes Schütz 
assistant décor Mitsuru Sugiura   
costumes Moidele Bickel 
assistante costumes Pascale Paume        
lumières Dominique Bruguière
assistant lumières François Thouret
musique originale Martin Schütz   
maquillages / Coiffures Cécile Kretschmar

production Odéon-Théâtre de l’Europe
co-production Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Ruhrfestpiele – Recklinghausen, Célestins – Théâtre de Lyon.

avec le concours de la Maison Dior pour les costumes d'Isabelle Huppert

 

avec le soutien de

 

 

Christian et Béatrice Schlumberger

Marivaux Pierre Carlet de Chamblain de

(1688-1763)

Auteur français déclaré comme mineur par la génération des Encyclopédistes, réputation qu'il conservera jusqu'au milieu du XXème siècle.
Elevé en province, Marivaux fait ses études à Paris et s'essaye dans le roman burlesque.
Il débute en 1720 au Théâtre-Italien et au Théâtre-Français.
Son théâtre emprunte ses conventions à la Commedia dell'Arte: il crée des types sur lesquels il peut broder des variations, se sert du travestissement, privilégie l'amour comme ressort de la comédie.
On peut voir en Marivaux un utopiste, qui utilise le théâtre comme un lieu d'expérimentation sociale (l'Ile des Esclaves, 1725, où maîtres et serviteurs échangent leurs rôles ; La Colonie (1729, perdue puis réécrite en 1750) où les femmes veulent établir une république).
Il existe aussi un Marivaux romanesque, qui emprunte à la vogue des romans tragiques et des aventures de nobles déguisés : Le Prince travesti (1724), le Triomphe de l'amour (1732).

Marivaux est surtout connu pour ses pièces qui traitent de "la métaphysique du coeur", ce qu'on a appelé le marivaudage : La Surprise de l'amour (1722), la Double Inconstance (1723), le Jeu de l'amour et du hasard (1730), les Fausses confidences (1737).
Marivaux dit avoir "guetté dans le coeur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l'amour lorsqu'il craint de se montrer", et chacune de ses comédies a pour objet de le faire sortir d'une de ses niches.
Marivaux a été l'auteur le plus joué de la première moitié du XVIIIème siècle, avec Voltaire.
Dans les années 1950-60, redevenu à la mode, Marivaux permet à la nouvelle génération de metteurs en scène de s'essayer à de nouvelles interprétations : Vitez, Vilar, Planchon, Chéreau, entre beaucoup d'autres.

A l'Odéon :
- les Sincères, janvier 1916
- le Legs, mai 1914
- les Fausses confidences, mars 1918, janvier 1923 ; décembre 1959, dans une mise en scène de J.L. Barrault, avec Madeleine Renaud.
- Arlequin poli par l'amour, mars 1920, décembre 1929, octobre 1931
- la Double inconstance, mars 1921; février 1963, dans une mise en scène de Jean-Pierre Granval
- l'Ecole des mères, avril 1943
- le Prince travesti, mai 1971, par la Comédie-Française (pour la radio)
- l'Heureux stratagème, mai 1985, dans une mise en scène de Jacques Lassalle
- l'Ile des esclaves, septembre 1995, dans une mise en scène de Giorgio Strehler
- le Triomphe de l'amour, avril 1998, dans une mise en scène de Roger Planchon
- Le Jeu de l'amour et du hasard, janvier-février 2011, mise en scène Michel Raskine
- Les Fausses Confidences, janvier-mars 2014, mise en scène Luc Bondy

Bondy Luc

Né en 1948 à Zurich, il entame dès la fin des années 1960 une carrière de metteur en scène qui l’amène à signer plus de soixante-dix spectacles, d’abord à travers toute l’Allemagne puis dans le monde entier.

Luc Bondy, qui a entre autres succédé à Peter Stein à la Schaubühne et dirigé les Wiener Festwochen de 2001 à 2013, a abordé les auteurs les plus variés : Beckett, Bond, Büchner, Crimp, Euripide, Fassbinder, Genet, Gœthe, Gombrowicz, Handke, Ibsen, Ionesco (Les Chaises, Nanterre, 2010), Marivaux, Molière, Pinter, Racine, Reza, Schnitzler (Terre étrangère, Nanterre, 1984), Shakespeare, Botho Strauss, Tchekhov, Witkiewicz...

À l’opéra, du Wozzeck de Berg (Hambourg 1976) à Charlotte Salomon de Marc-André Dalbavie (création mondiale au Festival de Salzbourg 2014), il a monté Bœsmans, Britten, Haendel, Mozart, Puccini, Strauss ou Verdi à Paris, Salzbourg, Florence, Milan, Londres, Vienne, Bruxelles...

Au cinéma, il a réalisé trois films : Die Ortliebschen Frauen (1979) ; Terre étrangère, avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Alain Cuny (1988) ; Ne fais pas ça avec Nicole Garcia, Natacha Régnier, Dominique Reymond (2004).

Il a écrit plusieurs livres, publiés chez Grasset ou Christian Bourgois. Dernière parution : Toronto (Zsolnay, Vienne 2012).  

Luc Bondy, qui dirigeait l'Odéon depuis 2012, est décédé le 28 novembre 2015, à la suite d'une pneumonie.

 

Ivanov, photo de répétition. 2015 © Thierry Depagne

 

A l'Odéon-Théâtre de l'Europe :
John Gabriel Borkman, Henrik Ibsen, 1993
Phèdre, Racine, 1998
En attendant Godot, Samuel Beckett, 1999
La Mouette, Anton Tchekhov, 2002
Viol, Botho Strauss, 2006
Die schönen Tage von Aranjuez, Peter Handke, 2012
Le Retour, Harold Pinter, 2012
Les Fausses Confidences, Marivaux, 2014 (reprise en mai 2015)
Tartuffe, Molière, 2014 (reprise en janvier 2016)
Ivanov, Anton Tchekhov, 2015
 

DORANTE – Cette femme-ci a un rang dans le monde ; elle est liée avec tout ce qu'il y a de mieux, veuve d'un mari qui avait une grande charge dans les finances, et tu crois qu'elle fera quelque attention à moi, que je l'épouserai, moi qui ne suis rien, moi qui n'ai point de bien ?
DUBOIS – Point de bien ! votre bonne mine est un Pérou ! Tournez-vous un peu, que je vous considère encore ; allons, Monsieur, vous vous moquez, il n'y a point de plus grand seigneur que vous à Paris : voilà une taille qui vaut toutes les dignités possibles, et notre affaire est infaillible, absolument infaillible ; il me semble que je vous vois déjà en déshabillé dans l'appartement de Madame.
DORANTE – Quelle chimère !
DUBOIS – Oui, je le soutiens. Vous êtes actuellement dans votre salle et vos équipages sont sous la remise.
DORANTE – Elle a plus de cinquante mille livres de rente, Dubois.
DUBOIS – Ah ! vous en avez bien soixante pour le moins.
DORANTE – Et tu me dis qu'elle est extrêmement raisonnable ?
DUBOIS – Tant mieux pour vous, et tant pis pour elle. Si vous lui plaisez, elle en sera si honteuse, elle se débattra tant, elle deviendra si faible, qu'elle ne pourra se soutenir qu'en épousant ; vous m'en direz des nouvelles. Vous l'avez vue et vous l'aimez ?
DORANTE – J'aime avec passion, et c'est ce qui fait que je tremble !
DUBOIS – Oh ! vous m'impatientez avec vos terreurs : eh que diantre ! un peu de confiance ; vous réussirez, vous dis-je. Je m'en charge, je le veux, je l'ai mis là ; nous sommes convenus de toutes nos actions ; toutes nos mesures sont prises ; je connais l'humeur de ma maîtresse, je sais votre mérite, je sais mes talents, je vous conduis, et on vous aimera, toute raisonnable qu'on est ; on vous épousera, toute fière qu'on est, et on vous enrichira, tout ruiné que vous êtes, entendez-vous ? Fierté, raison et richesse, il faudra que tout se rende. Quand l'amour parle, il est le maître, et il parlera : adieu ; je vous quitte ; j'entends quelqu'un, c'est peut-être Monsieur Remy ; nous voilà embarqués, poursuivons. (Il fait quelques pas, et revient.) à propos, tâchez que Marton prenne un peu de goût pour vous. L'amour et moi nous ferons le reste.

Marivaux : Les Fausses Confidences, I, 2

 

Le texte est disponible à la librairie du théâtre ouverte avant les spectacles, durant l’entracte et à l’issue des représentations

et aussi, en version numérique aux Presses Électroniques de France (disponible à l'adresse www.pef-online.com ou via l'application PEF online)

L'intrigue, chez Marivaux, se noue autour d'un paradoxe : personne ne peut être dupe que l'Amour s'imposera, mais nul ne peut prévoir comment, voire par qui il sera dit. Le temps de «l'action», c'est donc le temps qu'il faut pour que l'Amour vienne à être dit. Ce paradoxe est d'autant plus porteur que, contrairement à ce que peuvent croire les intéressés eux-mêmes, l'Amour n'est pas seulement difficile à avouer à cause de circonstances externes, mais parce qu'il est en quelque sorte intrinsèquement difficile à dire. Ou plus exactement : parce qu'il est à dire. Cet Amour-à-dire n'est pas la simple traduction – si problématique et complexe soit-elle – d'un Amour réel – auquel cas, remarquons-le, la difficulté ne serait que «technique». Car alors il faudrait supposer que cet Amour attendrait d'être révélé, alors que, semble-t-il, ce n'est que d'être dit qu'il existe, c'est-à-dire prend effet sur les sujets.
Plus donc l'Amour se révèle dépendant de ces «artifices» verbaux, plus on peut croire qu'il y a un Amour vrai qui ne demande qu'à se dire. Or rien n'est plus naïf : c'est sur la scène dramatique qui se tisse autour de l'artifice verbal, et nulle part ailleurs, qu'il peut se mettre à exister. C'est en ce point précis que le jeu des apparences s'avère essentiel, puisque l'Amour se réduit, pour paraphraser une formule philosophique célèbre, à la somme des apparitions qui le manifestent. Remarquons que cela explique que le théâtre de Marivaux, si subtil soit-il dans les modalités de la révélation, soit le théâtre le moins «psychologique» qui soit si l'on entend désigner par là une intériorité close : les personnages ne peuvent développer leur «quant-à-soi» qu'en le réengageant sans cesse dans le jeu des apparences. Le désir ne se motive pas psychologiquement, il n'en a pour ainsi dire pas le temps ni le loisir, puisqu'il se relance, avant même de se cristalliser en «motivation», par le pur jeu des apparences.  

Paul-Laurent Assoun : «Féminité et jouissance du secret : pour une lecture psychanalytique des Fausses Confidences» (in Analyses et réflexions sur Les Fausses Confidences, Ellipses, 1987, p. 72)  

Les Célestins, Lyon

Mercredi 2 Avril 2014 / 20h00
Jeudi 3 Avril 2014 / 20h00
Vendredi 4 Avril 2014 / 20h00
Samedi 5 Avril 2014 / 20h00
Dimanche 6 Avril 2014 / 16h00
Mardi 8 Avril 2014 / 20h00
Mercredi 9 Avril 2014 / 20h00
Jeudi 10 Avril 2014 / 20h00
Vendredi 11 Avril 2014 / 20h00
Samedi 12 Avril 2014 / 20h00
Site du théâtre

Grand Théâtre, Luxembourg

Mercredi 7 Mai 2014 / 20h00
Jeudi 8 Mai 2014 / 20h00
Site du théâtre

Théâtre National de Bretagne, Rennes

Mercredi 14 Mai 2014 / 20h00
Jeudi 15 Mai 2014 / 20h00
Vendredi 16 Mai 2014 / 20h00
Samedi 17 Mai 2014 / 20h00
Lundi 19 Mai 2014 / 20h00
Mardi 20 Mai 2014 / 20h00
Mercredi 21 Mai 2014 / 20h00
Jeudi 22 Mai 2014 / 20h00
Vendredi 23 Mai 2014 / 20h00
Site du théâtre

Ruhrfestspiele, Recklinghausen, Allemagne

Vendredi 30 Mai 2014 / 20h00
Samedi 31 Mai 2014 / 20h00
Dimanche 1 Juin 2014 / 20h00
Site du théâtre

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