08 janvier-1er février 2014 / Berthier 17e

Platonov

d'Anton Tchekhov mise en scène Benjamin Porée

avec Lucas Bonnifait, Valentin Boraud, Anthony Boullonnois, Baptiste Chabauty, Arnaud Charrin, Guillaume Compiano, Charles d’Oiron, Emilien Diard-Detœuf, Sophie Dumont, Macha Dussart, Zoé Fauconnet, Joseph Fourez, Tristan Gonzalez, Elsa Granat, Aurélien Rondeau et Benjamin Porée, Mathieu Gervaise

Durée

4h30 avec entracte

Lieu

Berthier 17e

  • Accès

    Ateliers Berthier

    Entrée du public : 1, rue André Suares, Paris 17e (angle du bd Berthier), Porte de Clichy

  • Détails

Tarifs

de 6€ à 30€

Ouverture à la location le 04/12/2013

Cent millions de personnes avec une tête, un cerveau et – deux-trois savants, un artiste et demi, pas un seul écrivain !
C'est affreux ce que c'est énorme ! Aucun appelé, aucun élu ! Jouez, braves gens !
Les sciences et les arts – c'est du travail, c'est le triomphe de l'idée sur le muscle, c'est la vie de l'évangile... et à quoi elle nous sert, la vie ? Nous autres, même sans vivre, nous saurons mourir !
C'est affreux !

Une fable et une fête
Platonov, depuis quelques années, c’est un peu une pierre de touche. Comme Hamlet. Moins visible et moins célèbre, sans doute, mais tout aussi marquante et sûre pour tous ceux qui veulent éprouver leur temps et la façon dont sa jeunesse s’y reconnaît. Les amateurs de théâtre le savent, c’est souvent au feu de telles pièces que les jeunes compagnies les plus ambitieuses fondent et forgent leur identité. Et c’est souvent autour de ces grandes œuvres que se posent, d’une génération à l’autre, les premiers jalons d’une transmission. Platonov, comme Hamlet – dont se souvient le débutant Tchekhov, et qui ne cessera de revenir hanter la plupart de ses pièces – lance une foule de personnages dans l’opacité de leur époque, les laissant se heurter aux frontières de leur monde, de leur société, de leurs propres désirs et de ceux d’autrui, comme des mouches prises au piège dans une bouteille de verre ; et ce verre a beau être transparent, on ne distingue rien au-delà que troubles ténèbres. Pour Benjamin Porée, les plus importants de ces personnages sont jeunes, comme les acteurs qui les interprètent. Et leur jeunesse, saisie dans cet instantané – quasiment un autoportrait d’un collectif de comédiens à travers Tchekhov –, a frappé par sa justesse, son intensité, tous ceux qui ont assisté en mai 2012, puis en janvier 2013, à leur Platonov au Théâtre de Vanves.
Le spectacle est ici à la fois une histoire qu’on nous raconte et une performance qui s’exécute devant nous, une fable et une fête : un débordement d’énergie ne jaillissant que pour se consumer, un élan aux prises avec ses propres retombées, ou pour reprendre les termes du metteur en scène, «un certain vide “plein.”» Or aux yeux de Benjamin Porée, ce vide, celui de «l’ère des enfants sans père», se donne à lire avec le plus d’acuité «dans le regard de la jeunesse, sur le visage de Platonov.» Les interrogations de quelques Russes de province à la fin du XIX e siècle, leurs amours et leurs utopies, leurs ambitions et leur désœuvrement, la comédie qu’ils se jouent les uns aux autres au sein de leur communauté illusoire, l’ennui surtout qui les taraude et infecte jusqu’aux sources de l’existence – tels sont quelques-uns des traits que Benjamin Porée et ses interprètes dégagent comme autant de nerfs très sensibles dans «cette matière vivante qu’est la vie, tout simplement, comme état brut du réel».  

mise en scène et scénographie Benjamin Porée

costumes Marion Moinet et Roxane Verna
création sonore  Charles d’Oiron
lumière Marie Christine Soma
traduction Françoise Morvan et André Markowicz (Editions Les solitaires intempestifs)
 

production La Musicienne du silence
coproduction Odéon-Théâtre de l'Europe, Théâtre de Vanves


créé le 11 mai 2012 au Théâtre de Vanves

Benjamin Porée

Benjamin Porée s’est formé au cours Florent dont il intègre la promotion 28 de la classe libre. Il y travaille avec Jean-Pierre Garnier, Daniel Martin, Olivier Balazuc, Thibault de Montalembert. Après avoir mis en scène Une saison en enfer de Rimbaud en 2007, il s'intéresse à Hiroshima mon amour de Duras puis à Andromaque de Racine. Il travaille en tant qu’intervenant en classe libre et met en scène en 2009 son adaptation des Cahiers d’André Walter, premier roman d’André Gide. Il monte Platonov de Tchekhovau Théâtre de Vanves en mai 2012 et prépare actuellement plusieurs projets, dont une adaptation de Woyzeck et de Lenz, de Büchner, intitulée Aujourd'hui, âgé de 30 ans 7 mois et 12 jours. Dans le cadre du 15e festival Artdanthé, il présentera une recréation d'Une saison en enfer avec Matthieu Dessertine ainsi que la création de Sublime ou rien, duo chorégraphié pour deux comédiens.

«Сто миллионов людей с головами, с мозгом и — два-три ученых, полтора художника и ни одного писателя! Ужасно много! Ни званных, ни избранных!
Гуляйте, добрые люди! Науки и искусства — это труд, это торжество идеи над мускулом, это евангельская жизнь... а на что нам жизнь? Мы и не живя сумеем умереть! Ужасно!»
Антон Павлович Чехов : Безотцовщина

 

Un père à l'agonie C’est un souvenir pénible, mon cher Porfiri Sémionytch ! Sa maladie, sa mort, les créanciers, la vente du domaine... et ajoutez notre haine à tout ça... C’est affreux !... Sa mort a été répugnante, inhumaine... Cet homme mourait comme seul un homme débauché jusqu’à la moelle, richard de son vivant, mendiant à sa mort, une cervelle éventée, un caractère épouvantable... J’ai eu le malheur d’assister à son décès... Il s’emportait, il lançait des injures, il pleurait, il riait aux éclats... Sa figure, ses poings se fermaient et cherchaient la face d’un laquais... De ses yeux coulait le champagne qu’il avait bu autrefois avec ses pique-assiette, à la sueur de ceux qui n’avaient que des haillons sur le dos et des épluchures à manger... L’idée m’est venue de lui parler de repentir... J’ai voulu commencer dans le genre dévot, je me souviens... Je lui ai rappelé ceux qu’il avait fait fouetter à mort, qu’il avait humiliés, celles qu’il avait violées, je lui ai rappelé la campagne de Sébastopol au cours de laquelle les autres patriotes russes et lui, ils ont pillé leur patrie sans vergogne... Je lui ai encore rappelé d’autres choses... Et lui, il me regardait avec un étonnement ! Il est resté étonné, il s’est mis à rire... Qu’est-ce que tu me racontes comme bêtises ? Parce que, lui, vous comprenez, il mourait avec la conscience d’avoir été un brave type ! Être une canaille finie et, en même temps, ne pas vouloir en prendre conscience, c’est l’effrayante particularité de la fripouille russe ! [...] Je suis là, à son chevet... Autour, il fait lourd, il fait sombre... Autour, c’est la misère après la richesse, c’est sale, en désordre, un vrai capharnaüm... Sous les pieds, des cartes à jouer, des cadavres de bouteilles de bière... Dans l’entrée, l’infirmier ivre qui ronfle... Lui, il se tord... L’angoisse m’étreint, une angoisse terrible, dans les siècles des siècles je ne l’oublierai pas, cette angoisse ! Elle m’a rendu malade, elle a fait blanchir mes cheveux... Regardez-les, là, sur les tempes, ces cheveux blancs... Ils en disent long, ces cheveux blancs ! Je les retrouve souvent chez les gens de mon âge !... Quelles pensées me traversaient la tête ! Si j’avais su les noter à ce moment-là, ces pensées, et si je vous les donnais à lire en ce moment, vous diriez que la vie est pour le moins dégoûtante. Lui aussi, comme il mourait, ses cheveux ont blanchi... Mais, lui, c’est la rage qui les faisait blanchir...

Anton Tchekhov : Platonov, 1, 5 (traduction André Markowicz et Françoise Morvan, Les Solitaires Intempestifs, 2004, pp. 85-87)
 

«Triletski : Alors ? Anna Pétrovna : Rien... On s’ennuyote...»
Premières répliques de la pièce. Il y a spectacle de rien car la peau est crevée dès les premiers instants et c’est cette déchirure qui est l’objet même de la pièce, là où le regard se pose avec un inavouable trouble. Il y a une plaie à jamais ouverte. D’où vient-elle ? Que raconte-t-elle sur l’humain qui nous fait face ? Cette blessure, c’est celle de l’ère des enfants sans pères. Il s’agit de celle de la vie sans la vie, celle de l’indéfini qui les broie. De ce destin qui tarde à venir les sauver de leurs solitudes, de cette «vie nouvelle» qui ne vient pas. Pour moi, la pièce est «une fête sans fin», un certain vide «plein». Une fête païenne qui contient le parodique, l’adhérence illusoire à une communauté. Une fête qui crée le néant, qui le contient, le temps des pulsions, des désirs et des frustrations habituellement réprimés, sans fin et sous le spectre de l'autodestruction, de la négation de l’individu. C’est avec le vide que tous ces personnages combattent et c’est de ce néant qu’ils souffrent. Le travail consistera essentiellement à répondre à la question que pose le personnage de Platonov mais que nous portons tous en nous : «Vivre ? Comment faut-il faire ?»
Benjamin Porée  

  • Platonov | photo © Benoit Jeannot

    photo © Benoit Jeannot

  • Platonov | photo © Benoit Jeannot

    photo © Benoit Jeannot

  • Platonov | photo © Benoit Jeannot

    photo © Benoit Jeannot

  • Platonov | photo © Benoit Jeannot

    photo © Benoit Jeannot

  • Platonov | photo © Benoit Jeannot

    photo © Benoit Jeannot

  • Platonov | photo © Benoit Jeannot

    photo © Benoit Jeannot

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