Les Fausses Confidences

Marivaux a toujours réussi à Luc Bondy ; Isabelle Huppert a toujours triomphé à l'Odéon. Autour d'elle, Louis Garrel dans le rôle de Dorante, dont «la bonne mine est un Pérou» ; Yves Jacques pour incarner le roué Dubois, dramaturge en chef d'une comédie amoureuse qui finit peut-être par lui échapper plus qu'il ne veut bien l'admettre ; Bulle Ogier, impayable mère acariâtre prête à sacrifier le bonheur de sa fille à ses ambitions nobiliaires ; Bernard Verley, qui transporte partout avec lui un demi-siècle d'histoire du théâtre avec autant d'aisance que son élégant costume ; Jean- Pierre Malo, trop grand seigneur et pas assez méchant homme pour n'être que le dindon de cette farce ; la touchante Manon Combes, qui confirme avec éclat ce qu'elle promettait une saison plus tôt dans Le Prix Martin sous la direction de Peter Stein, et qui retrouve ici Jean-Damien Barbin, Arlequin de très haute volée...
Toutes les conditions étaient réunies pour que ces Fausses Confidences remportent un grand succès. En l'occurrence, il fut énorme. Le spectacle s'est joué plus de deux mois à guichets fermés dès le premier soir, et la demande n'a fait que croître à mesure qu'approchait la dernière. Un tel triomphe devait impérativement être repris. Le revoici, après une tournée internationale.

L'intuition de Bondy s'est vérifiée en prenant corps au plateau. Il y a bien d'un côté une intrigue visible, énoncée d'entrée de jeu, celle du valet Dubois qui s'est mis en tête de seconder les projets matrimoniaux de son cher Dorante et qui expose ses intentions comme un grand maître annonce mat en trois coups. Mais il ne faut pas trop se laisser impressionner par ses fanfaronnades, même s'il a de quoi les justifier. Il y a aussi, entre les lignes et en marge des grandes manœuvres machiavéliques, d'autres facteurs qui entrent en jeu et contestent la démonstration : réactions imprévisibles, rouages secrets que l'art de Bondy excelle à faire jouer, magie d'instants qui se dérobent à tout calcul où les regards se cherchent et se surprennent, où les gestes en se frôlant échappent à tout contrôle, où les mots laissent parfois entendre, à l'insu de ceux qui les disent, une vérité en train de naître littéralement sous nos yeux.

Deux pôles se répondent dans cette comédie de la maturité. L'un est actif et bien visible : celui du verbe et de la stratégie, qui est l'apanage de Dubois. Virtuose d'une raison souplement manipulatrice, il sait susciter chez la belle Araminte tout le spectre des sentiments dont la combinaison devrait, selon ses calculs, provoquer et alimenter la passion de la belle : une pincée de curiosité, deux doigts de rêverie romanesque, un fond de compassion que relève une pointe de jalousie piquante, sans parler du simple besoin de s'amuser, du plaisir de marquer son autorité, et de l'envie irrésistible de faire un peu enrager sa mère... Tous ces ingrédients réunis suffisent-ils cependant à faire naître le véritable amour ? Pour le savoir, nous n'avons d'autres recours que de tourner les yeux vers le creuset où doit s'opérer leur alchimie. Ce foyer invisible vers lequel tout converge, c'est le cœur d'Araminte. Lui seul détient le secret d'où tout dépend. Et c'est autour de lui que Luc Bondy fait tourner, par petites touches, toute sa mise en scène. Car c'est lui, cet autre pôle, qui pour être d'abord caché sous des apparences de silencieuse passivité n'en est pas moins décisif : aux prévisions d'une raison analytique répond la spontanéité du sentiment, et Isabelle Huppert en réinvente chaque soir des nuances qui semblent éprouvées pour la première fois.

Dubois ne se trompe guère en supposant que le cœur n'est ni rationnel, ni raisonnable – mais il exagère certainement quand il s'imagine que ses plans commandent à eux seuls tout le développement de l'intrigue. à la lecture, on pourrait s'y laisser prendre : comme il semble sûr de lui, ne cesse de prendre les choses en main, et que la conclusion de la pièce semble lui donner raison, on a tôt fait de se laisser éblouir et de ne voir dans Les Fausses Confidences qu'une confirmation des pouvoirs de ce scénariste surdoué. Or ce que Bondy rend sensible, c'est que le désir d'Araminte, en fin de compte, ne cesse jamais de lui appartenir. Même s'il demande d'abord à être réveillé et stimulé, même s'il n'échappe pas tout à fait au règne matériel des causes et des effets, il reste fondamentalement libre et vivant. Ce qui fait que ces aventureuses Fausses Confidences tiennent moins de l'expérience de physique amusante que d'une palpitante partie de chasse, où le gibier n'est pas toujours celui qu'on croit.  

 

 

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Odéon 6e
Place de l'Odéon Paris 75006 France

Les Fausses Confidences

15 mai 27 juin

de Marivaux

mise en scène Luc Bondy

avec Isabelle Huppert, Manon Combes, Louis Garrel, Yves Jacques, Sylvain Levitte, Jean-Pierre Malo, Bulle Ogier, Fred Ulysse, Bernard Verley et Georges Fatna, Arnaud Mattlinger

Lieu

Odéon 6e

Durée

2h. Pas de représentation le 17 mai à 15h. La représentation du 22 mai est décalée à 20h30.

Votre venue

Odéon 6e Accès

Tarifs

de 6€ à 38€
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– Vous donner mon portrait ! Songez-vous que ce serait avouer que je vous aime ?
– Que vous m'aimez, Madame ! Quelle idée ! qui pourrait se l'imaginer ?

Marivaux a toujours réussi à Luc Bondy ; Isabelle Huppert a toujours triomphé à l'Odéon. Autour d'elle, Louis Garrel dans le rôle de Dorante, dont «la bonne mine est un Pérou» ; Yves Jacques pour incarner le roué Dubois, dramaturge en chef d'une comédie amoureuse qui finit peut-être par lui échapper plus qu'il ne veut bien l'admettre ; Bulle Ogier, impayable mère acariâtre prête à sacrifier le bonheur de sa fille à ses ambitions nobiliaires ; Bernard Verley, qui transporte partout avec lui un demi-siècle d'histoire du théâtre avec autant d'aisance que son élégant costume ; Jean- Pierre Malo, trop grand seigneur et pas assez méchant homme pour n'être que le dindon de cette farce ; la touchante Manon Combes, qui confirme avec éclat ce qu'elle promettait une saison plus tôt dans Le Prix Martin sous la direction de Peter Stein, et qui retrouve ici Jean-Damien Barbin, Arlequin de très haute volée...
Toutes les conditions étaient réunies pour que ces Fausses Confidences remportent un grand succès. En l'occurrence, il fut énorme. Le spectacle s'est joué plus de deux mois à guichets fermés dès le premier soir, et la demande n'a fait que croître à mesure qu'approchait la dernière. Un tel triomphe devait impérativement être repris. Le revoici, après une tournée internationale.

L'intuition de Bondy s'est vérifiée en prenant corps au plateau. Il y a bien d'un côté une intrigue visible, énoncée d'entrée de jeu, celle du valet Dubois qui s'est mis en tête de seconder les projets matrimoniaux de son cher Dorante et qui expose ses intentions comme un grand maître annonce mat en trois coups. Mais il ne faut pas trop se laisser impressionner par ses fanfaronnades, même s'il a de quoi les justifier. Il y a aussi, entre les lignes et en marge des grandes manœuvres machiavéliques, d'autres facteurs qui entrent en jeu et contestent la démonstration : réactions imprévisibles, rouages secrets que l'art de Bondy excelle à faire jouer, magie d'instants qui se dérobent à tout calcul où les regards se cherchent et se surprennent, où les gestes en se frôlant échappent à tout contrôle, où les mots laissent parfois entendre, à l'insu de ceux qui les disent, une vérité en train de naître littéralement sous nos yeux.

Deux pôles se répondent dans cette comédie de la maturité. L'un est actif et bien visible : celui du verbe et de la stratégie, qui est l'apanage de Dubois. Virtuose d'une raison souplement manipulatrice, il sait susciter chez la belle Araminte tout le spectre des sentiments dont la combinaison devrait, selon ses calculs, provoquer et alimenter la passion de la belle : une pincée de curiosité, deux doigts de rêverie romanesque, un fond de compassion que relève une pointe de jalousie piquante, sans parler du simple besoin de s'amuser, du plaisir de marquer son autorité, et de l'envie irrésistible de faire un peu enrager sa mère... Tous ces ingrédients réunis suffisent-ils cependant à faire naître le véritable amour ? Pour le savoir, nous n'avons d'autres recours que de tourner les yeux vers le creuset où doit s'opérer leur alchimie. Ce foyer invisible vers lequel tout converge, c'est le cœur d'Araminte. Lui seul détient le secret d'où tout dépend. Et c'est autour de lui que Luc Bondy fait tourner, par petites touches, toute sa mise en scène. Car c'est lui, cet autre pôle, qui pour être d'abord caché sous des apparences de silencieuse passivité n'en est pas moins décisif : aux prévisions d'une raison analytique répond la spontanéité du sentiment, et Isabelle Huppert en réinvente chaque soir des nuances qui semblent éprouvées pour la première fois.

Dubois ne se trompe guère en supposant que le cœur n'est ni rationnel, ni raisonnable – mais il exagère certainement quand il s'imagine que ses plans commandent à eux seuls tout le développement de l'intrigue. à la lecture, on pourrait s'y laisser prendre : comme il semble sûr de lui, ne cesse de prendre les choses en main, et que la conclusion de la pièce semble lui donner raison, on a tôt fait de se laisser éblouir et de ne voir dans Les Fausses Confidences qu'une confirmation des pouvoirs de ce scénariste surdoué. Or ce que Bondy rend sensible, c'est que le désir d'Araminte, en fin de compte, ne cesse jamais de lui appartenir. Même s'il demande d'abord à être réveillé et stimulé, même s'il n'échappe pas tout à fait au règne matériel des causes et des effets, il reste fondamentalement libre et vivant. Ce qui fait que ces aventureuses Fausses Confidences tiennent moins de l'expérience de physique amusante que d'une palpitante partie de chasse, où le gibier n'est pas toujours celui qu'on croit.  

 

 

Le texte est disponible à la librairie du théâtre ouverte avant les spectacles, durant l’entracte et à l’issue des représentations et aussi, en version numérique aux presses électroniques de France (disponible à l'adresse www.pef-online.com ou via l'application PEF online)


  • Les Fausses Confidences | Louis Garrel, Isabelle Huppert © Pascal Victor

    Louis Garrel, Isabelle Huppert © Pascal Victor

  • Les Fausses Confidences | Louis Garrel © Pascal Victor

    Louis Garrel © Pascal Victor

  • Les Fausses Confidences | Jean-Pierre Malo, Isabelle Huppert, Bulle Ogier © Pascal Victor

    Jean-Pierre Malo, Isabelle Huppert, Bulle Ogier © Pascal Victor

  • Les Fausses Confidences | Isabelle Huppert, Yves Jacques © Pascal Victor

    Isabelle Huppert, Yves Jacques © Pascal Victor

  • Les Fausses Confidences | Manon Combes, Yves Jacques © Pascal Victor

    Manon Combes, Yves Jacques © Pascal Victor

En vidéo

Générique

conseiller artistique Geoffrey Layton
conseiller dramaturgique Jean Jourdheuil
décor Johannes Schütz
costumes Moidele Bickel
lumière Dominique Bruguière
musique originale Martin Schütz 
maquillages/coiffures Cécile Kretschmar

production Odéon-Théâtre de l’Europe
coproduction Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Ruhrfestspiele – Recklinghausen, Célestins – Théâtre de Lyon

créé le 16 janvier 2014 à l'Odéon-Théâtre de l'Europe
 

Metteur en scène

Luc Bondy

Né en 1948 à Zurich, il entame dès la fin des années 1960 une carrière de metteur en scène qui l’amène à signer plus de soixante-dix spectacles, d’abord à travers toute l’Allemagne puis dans le monde entier.

Luc Bondy, qui a entre autres succédé à Peter Stein à la Schaubühne et dirigé les Wiener Festwochen de 2001 à 2013, a abordé les auteurs les plus variés : Beckett, Bond, Büchner, Crimp, Euripide, Fassbinder, Genet, Gœthe, Gombrowicz, Handke, Ibsen, Ionesco (Les Chaises, Nanterre, 2010), Marivaux, Molière, Pinter, Racine, Reza, Schnitzler (Terre étrangère, Nanterre, 1984), Shakespeare, Botho Strauss, Tchekhov, Witkiewicz...

À l’opéra, du Wozzeck de Berg (Hambourg 1976) à Charlotte Salomon de Marc-André Dalbavie (création mondiale au Festival de Salzbourg 2014), il a monté Bœsmans, Britten, Haendel, Mozart, Puccini, Strauss ou Verdi à Paris, Salzbourg, Florence, Milan, Londres, Vienne, Bruxelles...

Au cinéma, il a réalisé trois films : Die Ortliebschen Frauen (1979) ; Terre étrangère, avec Michel Piccoli, Bulle Ogier, Alain Cuny (1988) ; Ne fais pas ça avec Nicole Garcia, Natacha Régnier, Dominique Reymond (2004).

Il a écrit plusieurs livres, publiés chez Grasset ou Christian Bourgois. Dernière parution : Toronto (Zsolnay, Vienne 2012).  

Luc Bondy, qui dirigeait l'Odéon depuis 2012, est décédé le 28 novembre 2015, à la suite d'une pneumonie.

 

Ivanov, photo de répétition. 2015 © Thierry Depagne

 

A l'Odéon-Théâtre de l'Europe :
John Gabriel Borkman, Henrik Ibsen, 1993
Phèdre, Racine, 1998
En attendant Godot, Samuel Beckett, 1999
La Mouette, Anton Tchekhov, 2002
Viol, Botho Strauss, 2006
Die schönen Tage von Aranjuez, Peter Handke, 2012
Le Retour, Harold Pinter, 2012
Les Fausses Confidences, Marivaux, 2014 (reprise en mai 2015)
Tartuffe, Molière, 2014 (reprise en janvier 2016)
Ivanov, Anton Tchekhov, 2015
 

Auteur

Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

(1688-1763)
Auteur français déclaré comme mineur par la génération des Encyclopédistes, réputation qu'il conservera jusqu'au milieu du XXème siècle.
Elevé en province, Marivaux fait ses études à Paris et s'essaye dans le roman burlesque.
Il débute en 1720 au Théâtre-Italien et au Théâtre-Français.
Son théâtre emprunte ses conventions à la Commedia dell'Arte: il crée des types sur lesquels il peut broder des variations, se sert du travestissement, privilégie l'amour comme ressort de la comédie.
On peut voir en Marivaux un utopiste, qui utilise le théâtre comme un lieu d'expérimentation sociale (l'Ile des Esclaves, 1725, où maîtres et serviteurs échangent leurs rôles ; La Colonie (1729, perdue puis réécrite en 1750) où les femmes veulent établir une république).
Il existe aussi un Marivaux romanesque, qui emprunte à la vogue des romans tragiques et des aventures de nobles déguisés : Le Prince travesti (1724), le Triomphe de l'amour (1732).

Marivaux est surtout connu pour ses pièces qui traitent de "la métaphysique du coeur", ce qu'on a appelé le marivaudage : La Surprise de l'amour (1722), la Double Inconstance (1723), le Jeu de l'amour et du hasard (1730), les Fausses confidences (1737).
Marivaux dit avoir "guetté dans le coeur humain toutes les niches différentes où peut se cacher l'amour lorsqu'il craint de se montrer", et chacune de ses comédies a pour objet de le faire sortir d'une de ses niches.
Marivaux a été l'auteur le plus joué de la première moitié du XVIIIème siècle, avec Voltaire.
Dans les années 1950-60, redevenu à la mode, Marivaux permet à la nouvelle génération de metteurs en scène de s'essayer à de nouvelles interprétations : Vitez, Vilar, Planchon, Chéreau, entre beaucoup d'autres.

A l'Odéon :
- les Sincères, janvier 1916
- le Legs, mai 1914
- les Fausses confidences, mars 1918, janvier 1923 ; décembre 1959, dans une mise en scène de J.L. Barrault, avec Madeleine Renaud.
- Arlequin poli par l'amour, mars 1920, décembre 1929, octobre 1931
- la Double inconstance, mars 1921; février 1963, dans une mise en scène de Jean-Pierre Granval
- l'Ecole des mères, avril 1943
- le Prince travesti, mai 1971, par la Comédie-Française (pour la radio)
- l'Heureux stratagème, mai 1985, dans une mise en scène de Jacques Lassalle
- l'Ile des esclaves, septembre 1995, dans une mise en scène de Giorgio Strehler
- le Triomphe de l'amour, avril 1998, dans une mise en scène de Roger Planchon
- Le Jeu de l'amour et du hasard, janvier-février 2011, mise en scène Michel Raskine
- Les Fausses Confidences, janvier-mars 2014, mise en scène Luc Bondy

Extrait

ARAMINTE
Il y a quelque chose d'incompréhensible en tout ceci !
Voyez-vous souvent la personne que vous aimez ?
DORANTE
Pas souvent à mon gré, Madame ; et je la verrais à tout instant,
que je ne croirais pas la voir assez.
ARAMINTE, à part
Il a des expressions d'une tendresse !
(Haut.) Est-elle fille ? A-t-elle été mariée ?
DORANTE
Madame, elle est veuve.
ARAMINTE
Et ne devez-vous pas l'épouser ? Elle vous aime, sans doute ?
DORANTE
Hélas ! Madame, elle ne sait pas seulement que je l'adore.
Excusez l'emportement du terme dont je me sers.
Je ne saurais presque parler d'elle qu'avec transport !
ARAMINTE
Je ne vous interroge que par étonnement.
Elle ignore que vous l'aimez, dites-vous, et vous lui sacrifiez votre fortune ?
Voilà de l'incroyable. Comment, avec tant d'amour, avez-vous pu vous taire ?
On essaie de se faire aimer, ce me semble : cela est naturel et pardonnable.
DORANTE
Me préserve le Ciel d'oser concevoir la plus légère espérance ! être aimé, moi !
non, Madame. Son état est bien au-dessus du mien. Mon respect me condamne
au silence ; et je mourrai du moins sans avoir eu le malheur de lui déplaire.
ARAMINTE
Je n'imagine point de femme qui mérite d'inspirer une passion si étonnante :
je n'en imagine point. Elle est donc audessus de toute comparaison ?
DORANTE
Dispensez-moi de la louer, Madame : je m'égarerais en la peignant. On ne connaît
rien de si beau ni de si aimable qu'elle ! et jamais elle ne me parle ou ne me regarde,
que mon amour n'en augmente.
ARAMINTE baisse les yeux et continue
Mais votre conduite blesse la raison. Que prétendez-vous avec cet amour pour une
personne qui ne saura jamais que vous l'aimez ? Cela est bien bizarre. Que prétendez-vous ?
DORANTE
Le plaisir de la voir quelquefois, et d'être avec elle, est tout ce que je me propose.
ARAMINTE
Avec elle ! Oubliez-vous que vous êtes ici ?
DORANTE
Je veux dire avec son portrait, quand je ne la vois point.
ARAMINTE
Son portrait ! Est-ce que vous l'avez fait faire ?
DORANTE
Non, Madame ; mais j'ai, par amusement, appris à peindre,
et je l'ai peinte moi-même. Je me serais privé de son portrait,
si je n'avais pu l'avoir que par le concours d'un autre.
ARAMINTE, à part
Il faut le pousser à bout. (Haut.) Montrez-moi ce portrait.


Marivaux : Les Fausses Confidences, acte II, scène 15
 

Tournées

Théâtre Mossovet - Festival Tchekhov, Moscou

Lundi 13 Juillet 2015 / 19h00
Mardi 14 Juillet 2015 / 19h00
Mercredi 15 Juillet 2015 / 19h00
Jeudi 16 Juillet 2015 / 19h00
Vendredi 17 Juillet 2015 / 19h00
site du festival