3 octobre-21 novembre 2014 / création / Odéon 6e

Les Nègres

de Jean Genet mise en scène, scénographie, lumière Robert Wilson

avec Armelle Abibou, Astrid Bayiha, Daphné Biiga Nwanak, Bass Dhem, Lamine Diarra, Nicole Dogué, William Edimo, Jean-Christophe Folly, Kayije Kagame, Gaël Kamilindi, Babacar M’Baye Fall, Logan Corea Richardson, Xavier Thiam, Charles Wattara

Durée

1h40

Lieu

Odéon 6e

  • Accès

    Théâtre de l'Odéon et salon Roger Blin

    Entrée du public : Place de l'Odéon, Paris 6e

  • Détails

Tarifs

de 6€ à 38€

Ouverture à la location le 03/09/2014

Permettez,
Majesté,
que cette beauté
se perpétue...

Depuis 1971 et la révélation du Regard du sourd au Festival de Nancy, ceux qui assistent à une œuvre de Wilson savent qu'ils accèdent de plain-pied au patrimoine historique du spectacle vivant. Quant à Genet, nul ne conteste plus son statut de classique du XXe siècle. Les Nègres est une pièce aussi plurielle que son titre. Dans sa diversité, elle se prête aussi bien à une approche politique qu'à l'exaltation d'une vertigineuse théâtralité. Genet y exaspère les tensions entre un pôle rituel hautement formalisé (on y assiste à un procès qui en cache un autre) et un pôle festif, voire carnavalesque (l'auteur qualifiait son œuvre de «clownerie»). Entre ces lectures, Wilson ne tranche pas. Fidèle à son art, il a choisi de ne pas aborder le travail par son versant verbal. Jamais il ne part d'une compréhension purement conceptuelle ou intellectuelle préalable d'un texte pour en tirer une expression scénique qui l'illustrerait. Sans jamais expliquer, il peint, rythme, règle ses sublimes chorégraphies selon les lois de son langage inimitable. Gestes, paroles, présences deviennent autant d'éléments de même rang, articulés sur un plan formel commun et se renforçant mutuellement en vertu de règles stylistiques rigoureuses. Ses mises en scène, que Wilson qualifie de «constructions d'espace-temps», sont réglées très longtemps en amont, souvent dans le cadre d'un atelier de travail convoqué plusieurs mois à l'avance, afin de lui permettre de former ses interprètes à sa conception particulière du mouvement et de mettre au point l'accord entre dimensions sonores et plastiques de sa création.
Le démiurge américain a procédé de même pour donner sa forme propre au projet actuel, puisant librement dans le matériau fourni par Genet avant de le retravailler sur des fondements esthétiques neufs. Par  exemple, la scénographie dictée par l'auteur décrit un décor d'estrades disposées sur différentes hauteurs ; au cours du workshop qu'il a conduit en février-mars 2014 aux Ateliers Berthier, Wilson a repris l'ensemble de cette structure, interprétée comme un squelette d'échafaudage, toute en arêtes rectilignes. Mais il l'a ponctuée de silhouettes de palmiers à l'artificialité graphique volontairement accentuée. Surtout, il lui a superposé des volutes tourbillonnantes pareilles à un immense ressort : rien dans la didascalie originale ne laissait prévoir de telles arabesques. De même, du point de vue gestuel et musical, la «clownerie» voulue par Genet a inspiré au metteur en scène tantôt des évolutions hiératiques, tantôt des stridences convulsives de saxophone free jazz. Le dialogue à distance entre l'un des poètes les plus attentifs à l'intensité de sa langue et l'un des grands plasticiens de notre temps est donc engagé ; et au vu des séances préparatoires avec les comédiens des Nègres, la prochaine fenêtre qui s'ouvrira sur l'univers-Wilson devrait être superbe.  

 

 

Avec le Festival d'Automne à Paris.

 

 

 

À lire dans notre magazine : «Pour moi tout théâtre est danse», entretien avec Robert Wilson, et «C'était un diamant noir», Jean Genet vu par Jeanne Moreau.

Le texte de la pièce est publié chez Gallimard/Folio théâtre, dans l'édition de MIchel Corvin.

 

Les Nègres | Robert Wilson - Jean Genet | Quand... par TheatreOdeon

dramaturgie Ellen Hammer
collaboration artistique Charles Chemin
assistante à la mise en scène Cerise Guyon
collaboration à la scénographie Stephanie Engeln
costumes Moidele Bickel
assistante costumes Tifenn Morvan
collaboration à la lumière Xavier Baron
musique originale Dickie Landry
maquillage, coiffures Cécile Kretschmar


production Odéon-Théâtre de l'Europe
coproduction Festival d'Automne à Paris, Théâtre National Populaire – Villeurbanne, deSingel campus des arts international – Anvers, Festival Automne en Normandie, Comédie de Clermont-Ferrand

avec le Festival d'Automne à Paris

 

avec le soutien du Cercle de l'Odéon et de LVMH
 

Genet Jean

(1910-1986)

Enfant de l'Assistance publique, Jean Genet est entré très jeune dans la délinquance, et a connu la colonie pénitentiaire de Mettray à la suite des délits mineurs qu'il avait pu commettre. Il s'engage à 18 ans dans la légion étrangère pour quitter la colonie, déserte en 1936, vagabonde dans toute l'Europe.

En 1942 il écrit son premier texte, alors qu'il se trouve en prison à Fresnes : Le condamné à mort, poème en alexandrins, et le fait imprimer à ses frais.
Cocteau le soutient, après avoir lu les manuscrits de Notre-Dame des Fleurs (publié en 1944) et de Miracle de la rose (1946), et obtient pour lui une remise de peine. Il est libéré en mars 1944, et définitivement gracié en 1949.

En moins de trois ans il écrit Le Journal d'un voleur, Querelle de Brest, Pompes funèbres. Il écrit aussi pour le théâtre : Le Balcon (1956), Les Nègres (1958) et Les Paravents (1961). Ses pièces le placent très vite au premier rang du répertoire contemporain.
En 1964, à l'annonce du suicide de son ami Abdallah, il prend la décision de renoncer à la littérature. Il entreprend un long voyage jusqu'en Extrême-Orient, et revient en France juste au moment des évènements de mai 1968. Il publie alors son premier article politique, en hommage à Cohn-Bendit.
La dernière partie de sa vie, il la consacre à l'engagement politique aux côtés des Black Panthers, puis des combattants palestiniens. En 1982, il se trouve à Beyrouth lors du massacre des camps de Sabra et de Chatila. Il reprend alors la plume pour rédiger Quatre heures à Chatila, l'un de ses textes les plus engagés.
De 1983 à 1985 il rassemble des notes sur les noirs américains et les palestiniens, et sur leurs conditions d'emprisonnement.

En novembre 1985 il confie enfin le manuscrit d'Un Captif amoureux à son éditeur.

Représentations à l'Odéon :
- Les Bonnes (1961) dans une mise en scène de Jean-Marie Serreau
- Les Paravents (1966) dans la mise en scène de Roger Blin
- Quatre heures à Chatila (1991) dans une mise en scène d'Alain Milianti, au Petit Odéon
- Splendid's (1995-96) dans une mise en scène de Klaus Michael Grüber
- Le Balcon (1991) dans une mise en scène de Lluis Pasqual
- nombreux homages dans le cadre du centenaire en novembre 2010
- Les Nègres (2014) dans une mise en scène de Robert Wilson

Wilson Robert

Robert Wilson est né en 1941 à Waco, au Texas.
Après avoir étudié à l'Université du Texas et au Pratt Institute de Brooklyn, il suit l'enseignement du peintre George McNeil à Paris et travaille également avec l'architecte Paolo Solari dans l'Arizona. Depuis le milieu des années 60, Robert Wilson vit à New York. C'est dans cette ville que des artistes se réunissent autour de lui pour former un groupe qui sera connu sous le nom de " The Byrd Hoffman School of Byrds ".
En 1969, Robert Wilson crée ses deux premiers spectacles à New York : The King of Spain à l'Anderson Theatre, et The Life and Times of Sigmund Freud à la Brooklyn Academy of Music.

Au début des années 70, Wilson accède à la notoriété internationale. Il obtient son premier grand succès à Paris, en 1971, avec le Regard du sourd. D'autres projets voient ensuite le jour aussi bien en Europe qu'au Proche-Orient (à Shiraz, en Iran) et en Amérique du Sud. En 1976, en collaboration avec le musicien Philip Glass, Robert Wilson conçoit l'opéra Einstein on the Beach, qui est présenté au Festival d'Avignon et au Metropolitan Opera de New York.

Après ces productions qui sont unanimement applaudies à travers le monde, Wilson consacre désormais la plus grande part de son activité aux scènes de théâtre et d'opéra européennes. Il travaille notamment pour la Scala de Milan, l'Opéra Bastille de Paris, l'Opernhaus de Zurich, tout en poursuivant son activité de metteur en scène aux Etats-Unis, au Lyric Opera de Chicago et au Houston Grand Opera.
A la Schaubühne de Berlin, Robert Wilson développe en 1979 et 1987 les deux premières parties de Death Destruction & Detroit. En 1986, il travaille pour la première fois au Thalia Theater de Hambourg, où il met en scène Hamlet Machine de Heiner Müller. Un an plus tard, il y donne également à voir sa version du Parsifal de Tankred Dorst, qui sera suivie, en 1991, par le Parsifal de Richard Wagner à l'Opéra national de Hambourg. C'est dans ce même théâtre que Wilson avait créé, en 1988, en collaboration avec Allen Ginsberg et Rolf Liebermann, l'opéra Cosmopolitan Greetings.
Pour le Festival olympique des arts, en 1984, à Atlanta, Robert Wilson élabore au début des années 80 ce qui fut sans doute son projet le plus ambitieux : The CIVIL warS : a tree is best measured when it is down, une œuvre théâtrale élaborée avec le concours d'un groupe international d'artistes. Jusqu'à ce jour, cette œuvre n'a encore jamais été présentée dans son intégralité. On a pu en voir l'une ou l'autre partie aux Etats-Unis, en Europe et au Japon.
En 1990, Robert Wilson présente The Black Rider, le premier des quatre opéras musicaux qu'il a conçus et mis en scène pour le Thalia Theater de Hambourg. En collaboration avec le musicien Tom Waits et le vétéran de la beat generation William Burroughs, Wilson invente une version contemporaine du Freischütz de Carl Maria von Weber. Ce premier spectacle est suivi, en 1992, par Alice, adapté des récits fantastiques de Lewis Carroll, toujours avec la collaboration musicale de Tom Waits. Pour Time Rocker, créé en 1996, Robert Wilson travaille pour la première fois avec Lou Reed.

Outre le théâtre, ce sont les arts plastiques qui constituent le deuxième foyer de l'activité créatrice de Robert Wilson. Ses dessins, peintures et sculptures ont été présentés dans des centaines d'expositions - individuelles ou collectives - à travers le monde. Parmi les grandes expositions consacrées à son œuvre de plasticien, on citera notamment celles qui ont été présentées au Museum of Fine Arts de Boston, au Centre Georges Pompidou à Paris, au Musée d'art contemporain de Houston, à l'Institut d'art moderne de Valence, au Museum of modern art et au Metropolitan Museum de New York. D'innombrables prix et distinctions ont couronné ses travaux, parmi lesquels le Lion d'or de la Biennale de Venise, pour son installation Memory / Loss, en 1993.

Dernièrement, il a monté les opéras l'Or du Rhin (2000) et le Crépuscule des dieux (2002) de Richard Wagner, spectacles qui ont connu des tournées internationales.
Il réside actuellement au Watermill Center de Long Island, qu'il a lui-même fondé en 1992.

On trouvera d'autres informations sur Robert Wilson en consultant son site officiel : www.robertwilson.com .

Spectacles de Robert Wilson accueillis à l'Odéon :
- Orlando, de Virginia Woolf, 1993.
- Time Rocker, avec Lou Reed, 1997.
- POEtry, un spectacle sur Edgar Poe, sur des textes et une direction musicale de Lou Reed, 2000.
- Woyzeck, d'après Georg Büchner, 2001.
- Quartett, de Heiner Müller, 2006.
- Les Nègres, de Jean Genet, 2014.

Félicité, se dressant soudain : Dahomey ! Dahomey !... À mon secours, Nègres ! Tous. Sous vos blancs parasols, messieurs deTombouctou, entrez. Mettez-vous là. Tribus couvertes d'or et de boue, remontez de mon corps, sortez ! Tribus de la Pluie et du Vent, passez ! Princes des Hauts-Empires, princes des pieds nus et des étriers de bois, sur vos chevaux habillés, entrez. Entrez à cheval. Au galop ! Au galop ! Hop ! Hop ! Hop-là ! Nègres des étangs, vous pêchez les poissons avec votre bec pointu, entrez. Nègres des docks, des usines, des bastringues, Nègres de chez Renault, Nègres de Citroën, vous aussi qui tressez les joncs pour encager les grillons et les roses, entrez et restez debout. Soldats vaincus, entrez. Soldats vainqueurs, entrez. Serrez-vous. Encore. Posez vos boucliers contre le mur. Vous aussi, qui déterrez les cadavres pour sucer la cervelle des crânes, entrez sans honte. Vous, frère-sœur emmêlé, inceste mélancolique et qui marche, passez. Barbares, barbares, barbares, venez. Je ne peux vous décrire tous, ni même vous nommer tous ni nommer vos morts, vos armes,vos charrues, mais entrez. Marchez doucement sur vos pieds blancs. Blancs ? Non, noirs. Noirs ou blancs ? Ou bleus ? Rouges,verts, bleu, blanc, rouge, vert, jaune, que sais-je, où suis-je ? Les couleurs m'épuisent... Tu es là, Afrique aux reins cambrés, à la cuisse oblongue ? Afrique boudeuse, Afrique travaillée dans le feu, dans le fer, Afrique aux millions d'esclaves royaux, Afrique déportée, continent à la dérive, tu es là ? Lentement vous vous évanouissez, vous reculez dans le passé, les récits de naufragés, les musées coloniaux, les travaux des savants, mais je vous rappelle ce soir pour assister à une fête secrète. (Elle regarde en elle-même.) C'est un bloc de nuit, compact et méchant, qui retient son souffle, mais non son odeur. Vous êtes là ? Ne quittez pas la scène sans mon ordre. Que les spectateurs vous regardent. Une somnolence profonde, visible presque, sort de vous, se répand, les hypnotise.Tout à l'heure nous descendrons parmi eux. Mais avant...

Jean Genet : Les Nègres, Gallimard, Folio théâtre, 2005, pp. 80-81 

À lire dans notre magazine : «Pour moi tout théâtre est danse», entretien avec Robert Wilson, et «C'était un diamant noir», Jean Genet vu par Jeanne Moreau.

Le texte de la pièce est publié chez Gallimard/Folio théâtre, dans l'édition de MIchel Corvin.
Vous pourrez retrouver Michel Corvin le mardi 7 octobre pour Lire le théâtre au salon Roger Blin, à 18h.

Le Cadran / Automne en Normandie, Evreux

Mercredi 3 Décembre 2014 / 20h30
Jeudi 4 Décembre 2014 / 20h30
En savoir +

La Comédie, scène nationale, Clermont-Ferrand

Dimanche 14 Décembre 2014 / 15h00
Lundi 15 Décembre 2014 / 20h30
En savoir +

Théâtre National Populaire, Villeurbanne

Vendredi 9 Janvier 2015 / 20h00
Samedi 10 Janvier 2015 / 20h00
Dimanche 11 Janvier 2015 / 16h00
Mardi 13 Janvier 2015 / 20h00
Mercredi 14 Janvier 2015 / 20h00
Jeudi 15 Janvier 2015 / 20h00
Vendredi 16 Janvier 2015 / 20h00
Samedi 17 Janvier 2015 / 20h00
Dimanche 18 Janvier 2015 / 16h00
En savoir +

deSingel - Campus artistique international, Anvers

Dimanche 25 Janvier 2015 / 20h00
Lundi 26 Janvier 2015 / 20h00
Mardi 27 Janvier 2015 / 20h00
Mercredi 28 Janvier 2015 / 20h00
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  • Les Nègres | photo de répétition © Lucie Jansch

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