Les Particules élémentaires

Certains textes tiennent à la fois du diagnostic et du symptôme : ils expriment autant qu'ils décrivent. Publié en 1998, Les Particules élémentaires est de ceux-là. Ses héros, Michel et Bruno, sont tous deux nés dans le premier tiers des Trente glorieuses. Adolescents avant mai 68, ils entrent dans l'âge adulte alors que survient la crise dont la France n'est jamais sortie depuis. Demi-frères de même mère, sont-ils comme les deux moitiés d'une humanité qui ne parvient pas à réconcilier ses aspirations contradictoires ? Le premier est chercheur en génétique. Le second, après avoir passé une agrégation de lettres modernes, enseigne dans le secondaire, essaie vaguement d'écrire, y renonce assez vite. Tous deux ont un sérieux problème avec l'amour, mais pour des raisons strictement contraires : Bruno incarne son côté «je t'aime», Michel son côté «moi non plus». L'un ne cesse de le demander, l'autre de ne savoir y répondre. Car le désir selon Houellebecq n'a que deux faces également solitaires, que noue le lien du malentendu. Pour Michel le scientifique, l'amour est une fleur qu'il lui suffirait de cueillir. Annabelle, la plus belle fille du lycée, ne cache pas ses sentiments pour lui. Mais lui seul semble ne pas les reconnaître, comme si, à force de sciences de la vie, la vie même lui avait échappé. Pour Bruno le littéraire, c'est l'in- verse. L'amour ne lui est pas donné, et il n'est pas trop doué pour. Mais son besoin d'être aimé est irrépressible, et en ces années où Gainsbourg chante que «l'amour physique est sans issue», il se lance frénétiquement à sa recherche avant de rencontrer en Christiane, un soir dans un jacuzzi, la complice tant attendue de ses obsessions. Les trajectoires de leurs deux vies – deux façons d'être enfermés dans l'individualisme du XXe siècle finissant – sont étudiées de bout en bout, psychologiquement, sociologiquement, historiquement, dès avant leur naissance et jusqu'à leurs conclusions respectives : tandis qu'Annabelle et Christiane se suicident, Bruno finit dans un asile et Michel disparaît dans la mer, à l'extrême pointe de l'Occident, en laissant derrière lui des manuscrits qui bouleverseront la face du monde...

 


J'ai décidé d'arrêter, de sortir du jeu... par TheatreOdeon

 

No future ? à lire Les Particules élémentaires, le présent semble lui aussi assez mal en point. Et pourtant, l'existence morne des personnages du roman est grosse à leur insu d'une postérité inimaginable. Le réalisme houellebecquien paraît se conjuguer au plus-qu'imparfait du dépressif. Il s'avère en fait être encadré par, et considéré depuis, un tout autre temps : celui (pour paraphraser Villon) des frères post-humains qui après nous vivront. Déchiffrée par notre descendance mutante du haut de son avenir de science-fiction, la franche satire du malaise contemporain voit son amertume féroce doublée d'une secrète compassion.

Quinze ans après la parution des Particules élémentaires, le regard porté par le romancier sur le dernier demi-siècle n'a rien perdu de son acuité. Mais depuis, une nouvelle génération est entrée en scène. Il est passionnant de voir comment Julien Gosselin – qui n'a pas trente ans – et ses dix camarades donnent corps à la mélancolie sardonique des analyses de Houellebecq et à la multiplicité de ses registres d'écriture. Leur spectacle, qui fut l'une des grandes réussites du dernier Festival d'Avignon, a tourné dans toute la France.  

 

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Avec le Festival d'Automne à Paris

 

 

 

À lire dans notre magazine : «Je suis bon en morts», un entretien avec Michel Houellebecq, et «Il a l'art de rendre la réalité terrible...» : Julien Gosselin nous parle de sa passion pour Houellebecq.

Les Particules élémentaires est édité chez Flammarion.

 

*Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans.

Berthier 17e
France

Les Particules élémentaires

09 octobre 14 novembre

de Michel Houellebecq

mise en scène Julien Gosselin / Cie Si vous pouviez lécher mon cœur

avec Guillaume Bachelé, Marine De Missolz, Joseph Drouet, Denis Eyriey, Antoine Ferron, Noémie Gantier, Alexandre Lecroc, Caroline Mounier, Victoria Quesnel, Tiphaine Raffier

Lieu

Berthier 17e

Durée

3h50 avec un entracte

Votre venue

Berthier 17e Accès

Tarifs

de 6€ à 34€
En savoir plus

Ouverture à la location le 10/09/2014


Je retrouve Dieu
Au solarium,
Il a de beaux yeux,
Il mange des pommes.

Certains textes tiennent à la fois du diagnostic et du symptôme : ils expriment autant qu'ils décrivent. Publié en 1998, Les Particules élémentaires est de ceux-là. Ses héros, Michel et Bruno, sont tous deux nés dans le premier tiers des Trente glorieuses. Adolescents avant mai 68, ils entrent dans l'âge adulte alors que survient la crise dont la France n'est jamais sortie depuis. Demi-frères de même mère, sont-ils comme les deux moitiés d'une humanité qui ne parvient pas à réconcilier ses aspirations contradictoires ? Le premier est chercheur en génétique. Le second, après avoir passé une agrégation de lettres modernes, enseigne dans le secondaire, essaie vaguement d'écrire, y renonce assez vite. Tous deux ont un sérieux problème avec l'amour, mais pour des raisons strictement contraires : Bruno incarne son côté «je t'aime», Michel son côté «moi non plus». L'un ne cesse de le demander, l'autre de ne savoir y répondre. Car le désir selon Houellebecq n'a que deux faces également solitaires, que noue le lien du malentendu. Pour Michel le scientifique, l'amour est une fleur qu'il lui suffirait de cueillir. Annabelle, la plus belle fille du lycée, ne cache pas ses sentiments pour lui. Mais lui seul semble ne pas les reconnaître, comme si, à force de sciences de la vie, la vie même lui avait échappé. Pour Bruno le littéraire, c'est l'in- verse. L'amour ne lui est pas donné, et il n'est pas trop doué pour. Mais son besoin d'être aimé est irrépressible, et en ces années où Gainsbourg chante que «l'amour physique est sans issue», il se lance frénétiquement à sa recherche avant de rencontrer en Christiane, un soir dans un jacuzzi, la complice tant attendue de ses obsessions. Les trajectoires de leurs deux vies – deux façons d'être enfermés dans l'individualisme du XXe siècle finissant – sont étudiées de bout en bout, psychologiquement, sociologiquement, historiquement, dès avant leur naissance et jusqu'à leurs conclusions respectives : tandis qu'Annabelle et Christiane se suicident, Bruno finit dans un asile et Michel disparaît dans la mer, à l'extrême pointe de l'Occident, en laissant derrière lui des manuscrits qui bouleverseront la face du monde...

 

J'ai décidé d'arrêter, de sortir du jeu... par TheatreOdeon

 

No future ? à lire Les Particules élémentaires, le présent semble lui aussi assez mal en point. Et pourtant, l'existence morne des personnages du roman est grosse à leur insu d'une postérité inimaginable. Le réalisme houellebecquien paraît se conjuguer au plus-qu'imparfait du dépressif. Il s'avère en fait être encadré par, et considéré depuis, un tout autre temps : celui (pour paraphraser Villon) des frères post-humains qui après nous vivront. Déchiffrée par notre descendance mutante du haut de son avenir de science-fiction, la franche satire du malaise contemporain voit son amertume féroce doublée d'une secrète compassion.

Quinze ans après la parution des Particules élémentaires, le regard porté par le romancier sur le dernier demi-siècle n'a rien perdu de son acuité. Mais depuis, une nouvelle génération est entrée en scène. Il est passionnant de voir comment Julien Gosselin – qui n'a pas trente ans – et ses dix camarades donnent corps à la mélancolie sardonique des analyses de Houellebecq et à la multiplicité de ses registres d'écriture. Leur spectacle, qui fut l'une des grandes réussites du dernier Festival d'Avignon, a tourné dans toute la France.  

 

 

Avec le Festival d'Automne à Paris

 

 

 

À lire dans notre magazine : «Je suis bon en morts», un entretien avec Michel Houellebecq, et «Il a l'art de rendre la réalité terrible...» : Julien Gosselin nous parle de sa passion pour Houellebecq.

Les Particules élémentaires est édité chez Flammarion.

 

*Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans.


  • Les Particules élémentaires | photo © Simon Gosselin

    photo © Simon Gosselin

  • Les Particules élémentaires | photo © Simon Gosselin

    photo © Simon Gosselin

  • Les Particules élémentaires | photo © Simon Gosselin

    photo © Simon Gosselin

  • Les Particules élémentaires | photo © Simon Gosselin

    photo © Simon Gosselin

Générique

adaptation et scénographie Julien Gosselin
création musicale Guillaume Bachelé
vidéo Pierre Martin
son Julien Feryn
lumière Nicolas Joubert
costumes Caroline Tavernier

assistant à la mise en scène Yann Lesvenan
administration / production Eugénie Tesson
diffusion Claire Dupont
logistique Emmanuel Mourmant

Dates de la tournée 2014-2015 : lechermoncoeur.fr


production Si vous pouviez lécher mon cœur
coproduction  Théâtre du Nord – Théâtre national Lille Tourcoing Région Nord-Pas-de-Calais, Festival d'Avignon, Le Phénix – Scène nationale de Valenciennes, La Rose des Vents – Scène nationale Lille Métropole - Villeneuve d'Ascq, Théâtre de Vanves – Scène conventionnée pour la danse, Le Mail – Scène Culturelle de Soissons
coréalisation Festival d'Automne à Paris
avec le soutien de la Drac Nord-Pas-de-Calais, de la Région Nord-Pas-de-Calais, de la SACD Beaumarchais, du Conseil général du Pas-de-Calais et de la Ville de Lille
Flammarion est éditeur du texte représenté

Si vous pouviez lécher mon cœur et Julien Gosselin sont associés au Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées et au Phénix – Scène nationale de Valenciennes

avec le Festival d'Automne à Paris

 

créé le 8 juillet 2013 au Festival d'Avignon

Prix du Syndicat de la critique Julien Gosselin a reçu le Prix Jean-Jacques Lerrant, révélation théâtrale de l’année, pour l’adaptation et la mise en scène des Particules élémentaires de Michel Houellebecq (Festival d’Avignon)
 

Extrait

Trop malheureux et trop frustré pour s'intéresser réellement à la psychologie d'autrui, Bruno se rendait cependant compte que son demi-frère était dans une situation pire que la sienne. Souvent, ils allaient ensemble au café ; Michel portait des anoraks et des bonnets ridicules, il ne savait pas jouer au baby-foot ; c'est surtout Bruno qui parlait. Michel ne bougeait pas, il parlait de moins en moins ; il levait vers Annabelle un regard attentif et inerte. Annabelle ne renonçait pas ; pour elle, le visage de Michel ressemblait au commentaire d'un autre monde. Vers la même époque elle lut La Sonate à Kreutzer, crut un instant le comprendre au travers de ce livre. Vingt-cinq ans plus tard il apparaissait évident à Bruno qu'ils s'étaient trouvés dans une situation déséquilibrée, anormale, sans avenir ; considérant le passé, on a toujours l'impression – probablement fallacieuse – d'un certain déterminisme.

Michel Houellebecq : Les Particules élémentaires, Flammarion, 1998, pp. 86-87