Liliom

Liliom (ou la vie et la mort d'un vaurien) date de 1909 ; un an plus tard, la pièce est créée à Berlin par Max Reinhardt, qui devait peu après faire redécouvrir Woyzeck. De fait, la pièce de Molnár regarde à la fois vers Büchner et vers le Brecht de Baal ou le Horváth de Casimir et Caroline, voire au-delà, jusqu'à Sarah Kane ou Novarina. Et son alliage de mélo et de modernisme, de primitivisme naïf et d'écriture par télescopage de plans, lui ont valu de faire le tour du monde, au théâtre comme au cinéma (où Liliom a été adapté trois fois, notamment par Fritz Lang en 1934, avec Charles Boyer dans le rôle-titre).

Qui est Liliom ? Un homme dont on ne sait presque rien, ni d'où il vient ni où il va. Il tourne en rond. Sur le manège de la fête foraine où il officie, où les jeunes femmes s'attardent volontiers pour se griser un peu plus longtemps de son charme canaille. La foire, lieu éphémère qu'un peu de toile et de bois fait surgir dans les zones équivoques entre ville et campagne, offre quelques heures de liberté illusoire au peuple qui le fréquente : l'occasion de flâner, de s'exposer aux rencontres, de boire un peu trop, de se laisser gentiment escroquer par les bonimenteurs. De rêver. Liliom fait partie de ce décor-là. Il prête son corps et sa belle gueule aux désirs tournoyants des jeunes filles – mais à part ça, parce qu'il faut bien gagner son pain, il couche avec la patronne, Madame Muscat. La vie pourrait continuer ainsi, sans passé et avec encore moins d'avenir. Cette vie-là, l'existence ordinaire de Liliom, le spectateur ne la verra jamais. Elle a lieu avant. Quand la pièce commence, cette époque vient de finir, même si Liliom ne s'en doute pas encore. Quelque chose d'inouï a eu lieu : Madame Muscat s'est montrée jalouse et a chassé une petite bonne, Julie, de son manège, avec ordre de ne plus jamais y revenir.
Que s'est-il passé ? Allez savoir. En tout cas, Liliom suit Julie et quitte tout pour elle. Le voilà sans situation. Est-ce donc de l'amour, est-ce un avenir qui s'ouvre ? Une fois encore, allez savoir. Cela y ressemble, mais Liliom et Julie ont tant de difficulté à trouver leurs mots qu'eux-mêmes ont bien du mal à y voir clair dans leurs sentiments. Quelque temps après, Julie est enceinte et Liliom, au chômage, se laisse tenter par un mauvais coup. Lui qui tournait en rond, le voilà qui tourne mal. C'est comme la loi de son être. Il voudrait caresser, il frappe. Il voudrait aimer, il blesse. Il est comme incarcéré en lui-même, fauve captif privé d'issue. Même le suicide n'en est pas une. Comme le lui dit une sorte d'ange-inspecteur de police, ce serait trop facile. Voilà Liliom dans l'au-delà, car la pièce dont il est le héros, quoique sombre, a la fraîcheur enfantine d'un tableau de Chagall. Après seize ans dans les flammes du purgatoire, il lui faudra retourner sur terre. Il devra y voir sa fille afin d'accomplir enfin une seule bonne action, une action qu'il lui reste à inventer...

Aide-toi, le Ciel t'aidera, dit le proverbe. Et si on ne sait pas ? Et si on a la malchance d'être à soi-même sa propre cage ? L'histoire est émouvante et simple comme un vieux conte. Sa modernité théâtrale est restée intacte. Elle parle de pauvreté, de frustration, de malentendus destructeurs face aux autres et à soi-même. De ces malheureux êtres dont la dernière fierté reste celle de s'identifier à leur échec.
Avec La Bonne âme du Se-Tchouan, qu'ils ont présentée à Berthier, Jean Bellorini et ses interprètes de la compagnie Air de Lune viennent d'aborder des questions analogues. Le chef-d'œuvre de Molnár permet au nouveau directeur du TGP de Saint- Denis de les reprendre à un autre point de vue et avec d'autres couleurs, mais avec la même générosité – et toujours à sa manière, musicale et sensible.  

 

Liliom, traduit par Alexis Moati, Kristina Rády et Stratis Vouyoucas, est publié chez Théâtrales.

Berthier 17e
France

Liliom

28 mai 28 juin

de Ferenc Molnár

mise en scène Jean Bellorini

avec Julien Bouanich, Amandine Calsat, Julien Cigana, Delphine Cottu, Jacques Hadjaje, Clara Mayer, Teddy Melis, Marc Plas, Lidwine de Royer Dupré, Hugo Sablic, Sébastien Trouvé, Damien Vigouroux

Lieu

Berthier 17e

Durée

2h

Votre venue

Berthier 17e Accès

Tarifs

de 6€ à 34€
En savoir plus

Ouverture à la location le 15/04/2015 - Représentations avec audiodescription dimanche 31 mai à 15h, mardi 2 juin à 20h


Comment c'est
possible de
recevoir un coup
qui résonne si fort
et qui ne fasse pas
mal ?

Liliom (ou la vie et la mort d'un vaurien) date de 1909 ; un an plus tard, la pièce est créée à Berlin par Max Reinhardt, qui devait peu après faire redécouvrir Woyzeck. De fait, la pièce de Molnár regarde à la fois vers Büchner et vers le Brecht de Baal ou le Horváth de Casimir et Caroline, voire au-delà, jusqu'à Sarah Kane ou Novarina. Et son alliage de mélo et de modernisme, de primitivisme naïf et d'écriture par télescopage de plans, lui ont valu de faire le tour du monde, au théâtre comme au cinéma (où Liliom a été adapté trois fois, notamment par Fritz Lang en 1934, avec Charles Boyer dans le rôle-titre).

Qui est Liliom ? Un homme dont on ne sait presque rien, ni d'où il vient ni où il va. Il tourne en rond. Sur le manège de la fête foraine où il officie, où les jeunes femmes s'attardent volontiers pour se griser un peu plus longtemps de son charme canaille. La foire, lieu éphémère qu'un peu de toile et de bois fait surgir dans les zones équivoques entre ville et campagne, offre quelques heures de liberté illusoire au peuple qui le fréquente : l'occasion de flâner, de s'exposer aux rencontres, de boire un peu trop, de se laisser gentiment escroquer par les bonimenteurs. De rêver. Liliom fait partie de ce décor-là. Il prête son corps et sa belle gueule aux désirs tournoyants des jeunes filles – mais à part ça, parce qu'il faut bien gagner son pain, il couche avec la patronne, Madame Muscat. La vie pourrait continuer ainsi, sans passé et avec encore moins d'avenir. Cette vie-là, l'existence ordinaire de Liliom, le spectateur ne la verra jamais. Elle a lieu avant. Quand la pièce commence, cette époque vient de finir, même si Liliom ne s'en doute pas encore. Quelque chose d'inouï a eu lieu : Madame Muscat s'est montrée jalouse et a chassé une petite bonne, Julie, de son manège, avec ordre de ne plus jamais y revenir.
Que s'est-il passé ? Allez savoir. En tout cas, Liliom suit Julie et quitte tout pour elle. Le voilà sans situation. Est-ce donc de l'amour, est-ce un avenir qui s'ouvre ? Une fois encore, allez savoir. Cela y ressemble, mais Liliom et Julie ont tant de difficulté à trouver leurs mots qu'eux-mêmes ont bien du mal à y voir clair dans leurs sentiments. Quelque temps après, Julie est enceinte et Liliom, au chômage, se laisse tenter par un mauvais coup. Lui qui tournait en rond, le voilà qui tourne mal. C'est comme la loi de son être. Il voudrait caresser, il frappe. Il voudrait aimer, il blesse. Il est comme incarcéré en lui-même, fauve captif privé d'issue. Même le suicide n'en est pas une. Comme le lui dit une sorte d'ange-inspecteur de police, ce serait trop facile. Voilà Liliom dans l'au-delà, car la pièce dont il est le héros, quoique sombre, a la fraîcheur enfantine d'un tableau de Chagall. Après seize ans dans les flammes du purgatoire, il lui faudra retourner sur terre. Il devra y voir sa fille afin d'accomplir enfin une seule bonne action, une action qu'il lui reste à inventer...

Aide-toi, le Ciel t'aidera, dit le proverbe. Et si on ne sait pas ? Et si on a la malchance d'être à soi-même sa propre cage ? L'histoire est émouvante et simple comme un vieux conte. Sa modernité théâtrale est restée intacte. Elle parle de pauvreté, de frustration, de malentendus destructeurs face aux autres et à soi-même. De ces malheureux êtres dont la dernière fierté reste celle de s'identifier à leur échec.
Avec La Bonne âme du Se-Tchouan, qu'ils ont présentée à Berthier, Jean Bellorini et ses interprètes de la compagnie Air de Lune viennent d'aborder des questions analogues. Le chef-d'œuvre de Molnár permet au nouveau directeur du TGP de Saint- Denis de les reprendre à un autre point de vue et avec d'autres couleurs, mais avec la même générosité – et toujours à sa manière, musicale et sensible.  

 

Liliom, traduit par Alexis Moati, Kristina Rády et Stratis Vouyoucas, est publié chez Théâtrales.


  • Liliom | photo © Pascal Victor

    photo © Pascal Victor

  • Liliom | photo © Pierre Dolzani

    photo © Pierre Dolzani

  • Liliom | photo © Pierre Dolzani

    photo © Pierre Dolzani

  • Liliom | photo © Pierre Dolzani

    photo © Pierre Dolzani

  • Liliom | photo © Pascal Victor

    photo © Pascal Victor

Générique

traduction Kristina Rady, Alexis Moati, Stratis Vouyoucas
scénographie et lumière Jean Bellorini
costumes Laurianne Scimemi
son Sébastien Trouvé
collaboration scénique Luc Muscillo
 

production TGP – CDN de Saint-Denis
coproduction Compagnie Air de Lune, Printemps des Comédiens – Montpellier, Odéon-Théâtre de l'Europe, Théâtre des Quartiers d'Ivry, La Criée – Théâtre national de Marseille
avec l'aide de l'ADAMI et de la SPEDIDAM
avec la collaboration du Bureau Formart


recréation au TGP – CDN de Saint-Denis le 25 septembre 2014
version plein air créée le 5 juin 2013 au Printemps des Comédiens – Montpellier

 

avec le soutien du Cercle de l'Odéon


 

Metteur en scène

Jean Bellorini

Directeur artistique de la Compagnie Air de Lune, metteur en scène, compositeur, formateur, pédagogue, Jean Bellorini entre dans la mise en scène en 2002 avec Piaf, l’Ombre de la Rue (Théâtre du Renard, Paris, Festival d'Avignon et tournée). Un an après, alors qu'il commence à diriger les Auditions Promotionnelles de l'École Claude Mathieu (où il enseigne régulièrement depuis 2005), Bellorini présente au Théâtre du Soleil La Mouette, de Tchekhov. Toujours assisté de Marie Ballet, et toujours au Théâtre du Soleil, il met en scène en 2004 une Yerma de García Lorca dont il compose la musique, avant de revenir à Tchekhov avec Oncle Vania (Théâtre de la Faisanderie, Chantilly, 2006). En 2008, tout en intervenant au CRR pour le Jeune Chœur de Paris, il monte au Théâtre de la Cité Internationale, avec Marie Ballet, un acte de L'Opérette Imaginaire de Valère Novarina.
Mais c'est en 2010, avec Tempête sous un crâne, d’après Les Misérables de Victor Hugo, que la Compagnie Air de Lune se fait connaître d'un très large public : le spectacle, créé au Théâtre du Soleil, n'a pas cessé de tourner depuis. Deux ans plus tard, Jean Bellorini retrouve Camille de la Guillonnière pour signer une adaptation de Rabelais : Paroles gelées, dont il compose la musique, est créé au Théâtre national de Toulouse Midi- Pyrénées, puis accueilli au TGP de Saint-Denis.
Il présentera prochainement Liliom (ou la vie et la mort d'un vaurien), de Ferenc Molnár, dans le cadre du Printemps des Comédiens à Montpellier. A entamé en 2009 une carrière de metteur en scène d'opéra (Barbe Bleue, d'Offenbach, à l'Opéra de Fribourg). A reçu en 2012 le prix Jean-Jacques Gautier de la SACD ainsi que le prix de la Révélation Théâtrale (décerné par le Syndicat de la critique).  

Extrait

LILIOM – T'oserais pas... devenir ma femme ?
JULIE – Je sais seulement que si j'aime quelqu'un, je pourrai même mourir pour lui.
LILIOM – Tu te mettrais avec un bon à rien comme moi ? Je veux dire... si tu m'aimais ?
JULIE – Même avec le bourreau... Monsieur Liliom.
Silence.
LILIOM – Mais tu dis... que tu ne m'aimes pas... Alors pourquoi tu rentres pas ?
JULIE – Je peux plus. Les portes sont fermées.
Silence.
LILIOM – Tu sais... même un bon à rien... même un voyou peut devenir... quelqu'un.
JULIE – Sûrement.
Silence.
LILIOM – T'as faim ?
JULIE – Non.
Silence.
LILIOM – Et... si... je te prenais ton argent ? Si t'en avais ?
JULIE – Alors, vous le prendriez.
Silence.
LILIOM – Je devrais juste... retourner... chez la mère Muscat... elle me reprendrait
aussitôt. J'aurais quelque chose... à me mettre sous la dent.
Silence. La nuit est tombée.
JULIE – (à voix très basse) Ne... retournez pas... chez celle-là.
Silence.
LILIOM – Y'a beaucoup d'acacias par ici.
JULIE – Ne retournez pas chez celle-là.


Ferenc Molnár : Liliom, premier tableau
(trad. Kristina Rady, Alexis Moati et Stratis Vouyoucas, Théâtrales, 2004, pp. 24-25)

Tournées

Théâtre Gérard Philipe, Saint-Denis

Jeudi 25 Septembre 2014 / 20h00
Vendredi 26 Septembre 2014 / 20h00
Samedi 27 Septembre 2014 / 20h00
Dimanche 28 Septembre 2014 / 15h30
Lundi 29 Septembre 2014 / 20h00
Mercredi 1 Octobre 2014 / 20h00
Jeudi 2 Octobre 2014 / 20h00
Vendredi 3 Octobre 2014 / 20h00
Samedi 4 Octobre 2014 / 20h00
Dimanche 5 Octobre 2014 / 15h30
Lundi 6 Octobre 2014 / 20h00
Mercredi 8 Octobre 2014 / 20h00
Jeudi 9 Octobre 2014 / 20h00
Vendredi 10 Octobre 2014 / 20h00
Samedi 11 Octobre 2014 / 20h00
Dimanche 12 Octobre 2014 / 15h30
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La Criée - Théâtre national de Marseille (hors les murs à la Friche Belle de Mai), Marseille

Jeudi 18 Décembre 2014 / 20h30
Vendredi 19 Décembre 2014 / 20h30
Samedi 20 Décembre 2014 / 20h30
Dimanche 21 Décembre 2014 / 15h30
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Le Granit, scène nationale, Belfort

Mercredi 25 Mars 2015 / 20h00 En savoir +

Théâtre de l’Union, C.D.N. du Limousin, Limoges

Mardi 21 Avril 2015 / 20h00
Mercredi 22 Avril 2015 / 20h00
Jeudi 23 Avril 2015 / 20h00
En savoir +

Espace Jean Legendre, scène nationale de l'Oise, Compiègne

Mardi 12 Mai 2015 / 20h45 En savoir +

Théâtre National de Toulouse Midi-Pyrénées, Toulouse

Mardi 19 Mai 2015 / 20h30
Mercredi 20 Mai 2015 / 19h30
Jeudi 21 Mai 2015 / 19h30
Vendredi 22 Mai 2015 / 20h30
Samedi 23 Mai 2015 / 20h30
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Autour du spectacle