Orestie

Ramener sur scène l’animal

Hérauts d’un théâtre «émotionnel avant d’être culturel», Romeo Castellucci et sa compagnie retrouvent la scène de l’Odéon, qui avait accueilli avec le Festival d’Automne six de leurs travaux entre 2000 et 2006. Cette fois-ci, ce sera pour revenir à l’une des recherches fondatrices de la Socìetas Raffaello Sanzio (ainsi nommée en hommage à Raphaël, chez qui «le tourment est aussi violent que chez Michel-Ange, mais il ne se fait pas voir») : vingt ans après la création d’une Orestie qu’il avait sous-titrée «une comédie organique ?», Castellucci reprend son dialogue avec Eschyle afin d’explorer, à travers l’œuvre du premier des Tragiques, les fondements occidentaux de la représentation. Depuis 1981, la Socìetas Raffaello Sanzio poursuit un travail d’une originalité sans équivalent, éprouvant, interrogeant, ébranlant la plupart des distinctions établies sur lesquelles reposent traditionnellement la production et la réception d’œuvres théâtrales.

Dans sa relation au répertoire, tout d’abord. La Socìetas ne met pas en scène des textes, elle remonte pour ainsi dire plus haut. Romeo Castellucci et son équipe n’ont jamais abordé d’œuvres classiques qu’en vue d’opérer grâce à elles une véritable conversion de l’origine, qui n’est plus, pour reprendre leurs termes, tournée vers le passé, mais doit s’enraciner dans l’avenir et se nourrir à son tour du temps qu’elle inaugure. Aussi le terme de «pré-tragique» revient-il souvent dans leur réflexion, qui est aussi une quête de la puissance et de l’effroi que la tragédie attique, à leurs yeux, a fixés et adultérés en leur donnant la forme représentative qu’a recueillie la tradition théâtrale d’Occident. Par delà la représentation et la «communication», la Socìetas vise donc à en retrouver les matériaux et à réveiller le niveau nerveux, organique, où conceptuel et sensible, mental et perceptif hésitent encore à distinguer leurs voies. Pour y parvenir, Castellucci et ses compagnons pratiquent un rapport très particulier aux images, aux interprètes, et enfin à leurs propres œuvres.

Aux images : évocatrices ou provocatrices, le plasticien iconoclaste qu'est Romeo Castellucci, en les mettant au point, semble doser finement les archétypes les plus profondément enfouis avec des éléments empruntés à la technologie la plus contemporaine. Le clinique et le corrompu, le pur et l’obscène, le rituel et le dérisoire paraissent parfois s’y greffer l’un sur l’autre pour produire des créatures scéniques inouïes.

Aux interprètes : la Socìetas a souvent donné à voir des corps (malades, blessés, souffrants, difformes) dont la censure est si profondément ancrée dans nos habitudes et nos modes courants de représentation qu’elle semble aller de soi. Ce retour de l’organique, subvertissant le primat du «beau corps» de l’être humain adulte, rationnel et doué de langage, se complète naturellement d’une présence accrue de l’animal ou de l’enfantin : «le geste polémique que nous avons à l’égard de la tragédie attique», écrit Castellucci, «est de ramener sur scène l’animal en faisant un pas en arrière. [...] Un théâtre prétragique renvoie, tout d’abord, à un théâtre enfantin».

Enfin, la remise en cause et l’examen critique de toutes les fondations de l’art théâtral, tel que l’opèrent les membres de la Socìetas, passent également par un approfondissement de leurs propres pratiques. La réinvention de l’Orestie pourrait constituer à cet égard le point de départ d’une nouvelle réflexion sur ce que Castellucci appelle «une amnésie essentielle tant du théâtre que de l’immense archive du geste occidental». Quelle étape marquera ce travail de retour sur soi dans l’histoire de l’une des compagnies européennes les plus extraordinairement innovantes des trente dernières années ? Une chose est sûre : la puissance évocatoire, les chocs et le trouble, l’étrangeté radicale qui font la marque des créations de la Socìetas seront présents au rendezvous à l’Odéon.  

 

Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans

 

Odéon 6e

Place de l'Odéon Paris 75006 France

Odéon 6e

02 décembre – 20 décembre 2015 / Durée durée 2h30, avec un entracte

Orestie
(une comédie organique ?)

d’après Eschyle

de Romeo Castellucci

avec Loris Comandini, Giuseppe Farruggia, Marcus Fassl, Carla Giacchella, Antoine Marchand, NicoNote, Marika Pugliatti, Fabio Spadoni, Simone Toni, Georgios Tsiantoulas

Durée durée 2h30, avec un entracte

Votre venue

Odéon 6e
Accès

Tarifs

de 6€ à 40€
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θεοὺς μὲν αἰτῶ
τῶνδ ̓ ἀπαλλαγὴν
πόνων
φρουρᾶς ἐτείας μῆκος
ἣν κοιμώμενος
στέγαις Ἀτρειδῶν
ἄγκαθεν κυνὸς δίκην
ἄστρων κάτοιδα
νυκτέρων ὁμήγυριν


Dieux délivrez-moi
de mon épreuve
Depuis un an que je
veille couché
Sur le toit des Atrides
appuyé sur mes
coudes comme un
chien
À contempler le
cortège nocturne des
astres
 

  • Orestie | Orestea 2015 © Guido Mencari
    Orestea 2015 © Guido Mencari
  • Orestie | Orestea 2015 © Guido Mencari
    Orestea 2015 © Guido Mencari
  • Orestie | Orestea 2015 © Guido Mencari
    Orestea 2015 © Guido Mencari
  • Orestie | Orestea 2015 © Guido Mencari
    Orestea 2015 © Guido Mencari
  • Orestie | Orestea 2015 © Guido Mencari
    Orestea 2015 © Guido Mencari
  • Orestie | Orestea 2015 © Guido Mencari
    Orestea 2015 © Guido Mencari

Ramener sur scène l’animal

Hérauts d’un théâtre «émotionnel avant d’être culturel», Romeo Castellucci et sa compagnie retrouvent la scène de l’Odéon, qui avait accueilli avec le Festival d’Automne six de leurs travaux entre 2000 et 2006. Cette fois-ci, ce sera pour revenir à l’une des recherches fondatrices de la Socìetas Raffaello Sanzio (ainsi nommée en hommage à Raphaël, chez qui «le tourment est aussi violent que chez Michel-Ange, mais il ne se fait pas voir») : vingt ans après la création d’une Orestie qu’il avait sous-titrée «une comédie organique ?», Castellucci reprend son dialogue avec Eschyle afin d’explorer, à travers l’œuvre du premier des Tragiques, les fondements occidentaux de la représentation. Depuis 1981, la Socìetas Raffaello Sanzio poursuit un travail d’une originalité sans équivalent, éprouvant, interrogeant, ébranlant la plupart des distinctions établies sur lesquelles reposent traditionnellement la production et la réception d’œuvres théâtrales.

Dans sa relation au répertoire, tout d’abord. La Socìetas ne met pas en scène des textes, elle remonte pour ainsi dire plus haut. Romeo Castellucci et son équipe n’ont jamais abordé d’œuvres classiques qu’en vue d’opérer grâce à elles une véritable conversion de l’origine, qui n’est plus, pour reprendre leurs termes, tournée vers le passé, mais doit s’enraciner dans l’avenir et se nourrir à son tour du temps qu’elle inaugure. Aussi le terme de «pré-tragique» revient-il souvent dans leur réflexion, qui est aussi une quête de la puissance et de l’effroi que la tragédie attique, à leurs yeux, a fixés et adultérés en leur donnant la forme représentative qu’a recueillie la tradition théâtrale d’Occident. Par delà la représentation et la «communication», la Socìetas vise donc à en retrouver les matériaux et à réveiller le niveau nerveux, organique, où conceptuel et sensible, mental et perceptif hésitent encore à distinguer leurs voies. Pour y parvenir, Castellucci et ses compagnons pratiquent un rapport très particulier aux images, aux interprètes, et enfin à leurs propres œuvres.

Aux images : évocatrices ou provocatrices, le plasticien iconoclaste qu'est Romeo Castellucci, en les mettant au point, semble doser finement les archétypes les plus profondément enfouis avec des éléments empruntés à la technologie la plus contemporaine. Le clinique et le corrompu, le pur et l’obscène, le rituel et le dérisoire paraissent parfois s’y greffer l’un sur l’autre pour produire des créatures scéniques inouïes.

Aux interprètes : la Socìetas a souvent donné à voir des corps (malades, blessés, souffrants, difformes) dont la censure est si profondément ancrée dans nos habitudes et nos modes courants de représentation qu’elle semble aller de soi. Ce retour de l’organique, subvertissant le primat du «beau corps» de l’être humain adulte, rationnel et doué de langage, se complète naturellement d’une présence accrue de l’animal ou de l’enfantin : «le geste polémique que nous avons à l’égard de la tragédie attique», écrit Castellucci, «est de ramener sur scène l’animal en faisant un pas en arrière. [...] Un théâtre prétragique renvoie, tout d’abord, à un théâtre enfantin».

Enfin, la remise en cause et l’examen critique de toutes les fondations de l’art théâtral, tel que l’opèrent les membres de la Socìetas, passent également par un approfondissement de leurs propres pratiques. La réinvention de l’Orestie pourrait constituer à cet égard le point de départ d’une nouvelle réflexion sur ce que Castellucci appelle «une amnésie essentielle tant du théâtre que de l’immense archive du geste occidental». Quelle étape marquera ce travail de retour sur soi dans l’histoire de l’une des compagnies européennes les plus extraordinairement innovantes des trente dernières années ? Une chose est sûre : la puissance évocatoire, les chocs et le trouble, l’étrangeté radicale qui font la marque des créations de la Socìetas seront présents au rendezvous à l’Odéon.  

 

Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans

 

En vidéo

Autour du spectacle

Générique

musique : Scott Gibbons
Assistant à la création lumières : Marco Giusti
Collaboration à la scénographie : Massimiliano Scuto
Régisseur général : Massimiliano Peyrone
Régisseur plateau : Lorenzo Martinelli
Régisseuse de scène : Maria Vittoria Bellingeri
Technicien plateau : Stefano Mazzola
Technicien son : Matteo Braglia \ Andrea Melega
Technicien lumières : Danilo Quattrociocchi
Automatisations : Giovanna Amoroso, Istvan Zimmermann
Accessoires : Vito Matera
Réalization costumes : Chiara Bocchini et Carmen Castellucci
Production : Benedetta Briglia
Direction technique : Eugenio Resta, Gionni Gardini
Promotion et communication : Gilda Biasini, Valentina Bertolino
Administration : Michela Medri, Elisa Bruno, Simona Barducci, Massimiliano Coli

Avec la collaboration de “Parco faunistico Zoo delle Star” de Daniel Berquiny
Merci au Centro Protesi INAIL de Vigorso di Budrio (BO) et ANMIL

Production déléguée : Socìetas Raffaello Sanzio
En co-production avec : Odéon-Théâtre de l’Europe ; Festival d’Automne à Paris; MC2 Grenoble ; Célestins - Théâtre de Lyon, Théâtre Nouvelle Génération - Centre dramatique national de Lyon ;
La rose des vents – Scène nationale Lille Métropole à Villeneuve d’Ascq ; Maillon Théâtre de Strasbourg / Scène Européenne ; Romaeuropa Festival ; TNT – Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées ; Théâtre Garonne – scène européenne – Toulouse

certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans

 

Metteur en scène

Romeo Castellucci

Metteur en scène, plasticien, scénographe, Romeo Castellucci est né en 1960 à Cesena (Italie). Avec Claudia Castellucci et Chiara Guidi, il fonde la Socìetas Raffaello Sanzio en 1981.  Chaque pièce de la Societas explore ce qui justifierait la pratique du théâtre aujourd'hui, la grâce de cet archaïsme envers et contre tout résistant : l’humain dans ses représentations, jusqu'à l'irreprésentable. Les spectacles de Romeo Castellucci s'organisent comme autant de "visions" qu'il propose au public, quitte à dérouter. "Il n'y a aucune pédagogie dans mes spectacles", reconnaît-il. "Le spectateur est un adulte capable de comprendre à tous les niveaux; pour moi, proposer un spectacle, c'est une autre forme d'abandon".
Parmi les nombreuses productions de la Socìetas, l’Odéon-Théâtre de l’Europe a notamment accueilli avec le Festival d’Automne à Paris Amleto. La veemente esteriorità della morte di un mollusco (1992 ; reprise exceptionnelle aux Ateliers Berthier, 2004), Genesi, from the museum of sleep et Il Combattimento (2000), Giulio Cesare (2001), Tragedia endogonidia : P.#06 Paris, partie d’un cycle de onze pièces (2003), Hey Girl ! (Ateliers Berthier, 2006).
Après une retentissante Divina Commedia au Festival d’Avignon (2008), et Sul concetto di volto nel figlio di Dio (Théâtre de la Ville et Centquatre, 2012), trois pièces sont présentées en 2014 au Festival d’Automne : Schwanengesang D744, Le Sacre du Printemps, et Go Down, Moses.

Romeo Castellucci et la Sociétas Raffaello Sanzio à l'Odéon:
Il Combattimento et Genesi (2000)
Giulio Cesare (2001)
P#06. Paris - Tragedia Endogonidia (2003)
Amleto, la veemente esteriorita della morte di un mollusco (2004)
Hey Girl ! (2006)
Orestie (une comédie organique ?)  (2015)

Tournées

L’Apostrophe / Cergy Pontoise

08 Janvier 2016 - 20h30
09 Janvier 2016 - 20h30

MC2 / Grenoble

13 Janvier 2016 - 19h30
14 Janvier 2016 - 19h30
15 Janvier 2016 - 20h30
16 Janvier 2016 - 19h30

Célestins / Lyon

20 Janvier 2016 - 20h00
21 Janvier 2016 - 20h00
22 Janvier 2016 - 20h00
23 Janvier 2016 - 20h00
24 Janvier 2016 - 16h00
26 Janvier 2016 - 20h00
27 Janvier 2016 - 20h00

La Rose des Vents / Villeneuve d’Asq

03 Février 2016 - 20h00
04 Février 2016 - 19h00
05 Février 2016 - 20h00

deSingel / Anvers

10 Mars 2016 - 20h00
11 Mars 2016 - 20h00
12 Mars 2016 - 20h00

Le Maillon / Strasbourg

20 Avril 2016 - 20h30
21 Avril 2016 - 20h30
22 Avril 2016 - 20h30

L'Hippodrome / Douai

26 Avril 2016 - 20h00
27 Avril 2016 - 20h00

TNT / Toulouse

25 Mai 2016 - 20h00
26 Mai 2016 - 20h00
27 Mai 2016 - 20h00
28 Mai 2016 - 20h00

Romaeuropa Festival / Teatro Argentina / Rome

05 Octobre 2016 - 21h00
06 Octobre 2016 - 21h00
07 Octobre 2016 - 21h00
08 Octobre 2016 - 21h00
09 Octobre 2016 - 16h00