2-20 décembre 2015 / Odéon 6e

Orestie

(une comédie organique ?) d’après Eschyle de Romeo Castellucci

avec Loris Comandini, Giuseppe Farruggia, Marcus Fassl, Carla Giacchella, Antoine Marchand, NicoNote, Marika Pugliatti, Fabio Spadoni, Simone Toni, Georgios Tsiantoulas

Durée

durée 2h30, avec un entracte

Lieu

Odéon 6e

Tarifs

de 6€ à 40€

θεοὺς μὲν αἰτῶ
τῶνδ ̓ ἀπαλλαγὴν
πόνων
φρουρᾶς ἐτείας μῆκος
ἣν κοιμώμενος
στέγαις Ἀτρειδῶν
ἄγκαθεν κυνὸς δίκην
ἄστρων κάτοιδα
νυκτέρων ὁμήγυριν


Dieux délivrez-moi
de mon épreuve
Depuis un an que je
veille couché
Sur le toit des Atrides
appuyé sur mes
coudes comme un
chien
À contempler le
cortège nocturne des
astres
 

Ramener sur scène l’animal

Hérauts d’un théâtre «émotionnel avant d’être culturel», Romeo Castellucci et sa compagnie retrouvent la scène de l’Odéon, qui avait accueilli avec le Festival d’Automne six de leurs travaux entre 2000 et 2006. Cette fois-ci, ce sera pour revenir à l’une des recherches fondatrices de la Socìetas Raffaello Sanzio (ainsi nommée en hommage à Raphaël, chez qui «le tourment est aussi violent que chez Michel-Ange, mais il ne se fait pas voir») : vingt ans après la création d’une Orestie qu’il avait sous-titrée «une comédie organique ?», Castellucci reprend son dialogue avec Eschyle afin d’explorer, à travers l’œuvre du premier des Tragiques, les fondements occidentaux de la représentation. Depuis 1981, la Socìetas Raffaello Sanzio poursuit un travail d’une originalité sans équivalent, éprouvant, interrogeant, ébranlant la plupart des distinctions établies sur lesquelles reposent traditionnellement la production et la réception d’œuvres théâtrales.

Dans sa relation au répertoire, tout d’abord. La Socìetas ne met pas en scène des textes, elle remonte pour ainsi dire plus haut. Romeo Castellucci et son équipe n’ont jamais abordé d’œuvres classiques qu’en vue d’opérer grâce à elles une véritable conversion de l’origine, qui n’est plus, pour reprendre leurs termes, tournée vers le passé, mais doit s’enraciner dans l’avenir et se nourrir à son tour du temps qu’elle inaugure. Aussi le terme de «pré-tragique» revient-il souvent dans leur réflexion, qui est aussi une quête de la puissance et de l’effroi que la tragédie attique, à leurs yeux, a fixés et adultérés en leur donnant la forme représentative qu’a recueillie la tradition théâtrale d’Occident. Par delà la représentation et la «communication», la Socìetas vise donc à en retrouver les matériaux et à réveiller le niveau nerveux, organique, où conceptuel et sensible, mental et perceptif hésitent encore à distinguer leurs voies. Pour y parvenir, Castellucci et ses compagnons pratiquent un rapport très particulier aux images, aux interprètes, et enfin à leurs propres œuvres.

Aux images : évocatrices ou provocatrices, le plasticien iconoclaste qu'est Romeo Castellucci, en les mettant au point, semble doser finement les archétypes les plus profondément enfouis avec des éléments empruntés à la technologie la plus contemporaine. Le clinique et le corrompu, le pur et l’obscène, le rituel et le dérisoire paraissent parfois s’y greffer l’un sur l’autre pour produire des créatures scéniques inouïes.

Aux interprètes : la Socìetas a souvent donné à voir des corps (malades, blessés, souffrants, difformes) dont la censure est si profondément ancrée dans nos habitudes et nos modes courants de représentation qu’elle semble aller de soi. Ce retour de l’organique, subvertissant le primat du «beau corps» de l’être humain adulte, rationnel et doué de langage, se complète naturellement d’une présence accrue de l’animal ou de l’enfantin : «le geste polémique que nous avons à l’égard de la tragédie attique», écrit Castellucci, «est de ramener sur scène l’animal en faisant un pas en arrière. [...] Un théâtre prétragique renvoie, tout d’abord, à un théâtre enfantin».

Enfin, la remise en cause et l’examen critique de toutes les fondations de l’art théâtral, tel que l’opèrent les membres de la Socìetas, passent également par un approfondissement de leurs propres pratiques. La réinvention de l’Orestie pourrait constituer à cet égard le point de départ d’une nouvelle réflexion sur ce que Castellucci appelle «une amnésie essentielle tant du théâtre que de l’immense archive du geste occidental». Quelle étape marquera ce travail de retour sur soi dans l’histoire de l’une des compagnies européennes les plus extraordinairement innovantes des trente dernières années ? Une chose est sûre : la puissance évocatoire, les chocs et le trouble, l’étrangeté radicale qui font la marque des créations de la Socìetas seront présents au rendezvous à l’Odéon.  

 

Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans

 

musique : Scott Gibbons
Assistant à la création lumières : Marco Giusti
Collaboration à la scénographie : Massimiliano Scuto
Régisseur général : Massimiliano Peyrone
Régisseur plateau : Lorenzo Martinelli
Régisseuse de scène : Maria Vittoria Bellingeri
Technicien plateau : Stefano Mazzola
Technicien son : Matteo Braglia \ Andrea Melega
Technicien lumières : Danilo Quattrociocchi
Automatisations : Giovanna Amoroso, Istvan Zimmermann
Accessoires : Vito Matera
Réalization costumes : Chiara Bocchini et Carmen Castellucci
Production : Benedetta Briglia
Direction technique : Eugenio Resta, Gionni Gardini
Promotion et communication : Gilda Biasini, Valentina Bertolino
Administration : Michela Medri, Elisa Bruno, Simona Barducci, Massimiliano Coli

Avec la collaboration de “Parco faunistico Zoo delle Star” de Daniel Berquiny
Merci au Centro Protesi INAIL de Vigorso di Budrio (BO) et ANMIL

Production déléguée : Socìetas Raffaello Sanzio
En co-production avec : Odéon-Théâtre de l’Europe ; Festival d’Automne à Paris; MC2 Grenoble ; Célestins - Théâtre de Lyon, Théâtre Nouvelle Génération - Centre dramatique national de Lyon ;
La rose des vents – Scène nationale Lille Métropole à Villeneuve d’Ascq ; Maillon Théâtre de Strasbourg / Scène Européenne ; Romaeuropa Festival ; TNT – Théâtre national de Toulouse Midi-Pyrénées ; Théâtre Garonne – scène européenne – Toulouse

certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes, il est déconseillé aux moins de 16 ans

 

Avec le

Societas Raffaello Sanzio / Romeo Castellucci

Metteur en scène, plasticien, scénographe, Romeo Castellucci est né en 1960 à Cesena (Italie). Avec Claudia Castellucci et Chiara Guidi, il fonde la Socìetas Raffaello Sanzio en 1981.  Chaque pièce de la Societas explore ce qui justifierait la pratique du théâtre aujourd'hui, la grâce de cet archaïsme envers et contre tout résistant : l’humain dans ses représentations, jusqu'à l'irreprésentable. Les spectacles de Romeo Castellucci s'organisent comme autant de "visions" qu'il propose au public, quitte à dérouter. "Il n'y a aucune pédagogie dans mes spectacles", reconnaît-il. "Le spectateur est un adulte capable de comprendre à tous les niveaux; pour moi, proposer un spectacle, c'est une autre forme d'abandon".
Parmi les nombreuses productions de la Socìetas, l’Odéon-Théâtre de l’Europe a notamment accueilli avec le Festival d’Automne à Paris Amleto. La veemente esteriorità della morte di un mollusco (1992 ; reprise exceptionnelle aux Ateliers Berthier, 2004), Genesi, from the museum of sleep et Il Combattimento (2000), Giulio Cesare (2001), Tragedia endogonidia : P.#06 Paris, partie d’un cycle de onze pièces (2003), Hey Girl ! (Ateliers Berthier, 2006).
Après une retentissante Divina Commedia au Festival d’Avignon (2008), et Sul concetto di volto nel figlio di Dio (Théâtre de la Ville et Centquatre, 2012), trois pièces sont présentées en 2014 au Festival d’Automne : Schwanengesang D744, Le Sacre du Printemps, et Go Down, Moses.

Romeo Castellucci et la Sociétas Raffaello Sanzio à l'Odéon:

Il Combattimento et Genesi (2000)
Giulio Cesare (2001)
P#06. Paris - Tragedia Endogonidia (2003)
Amleto, la veemente esteriorita della morte di un mollusco (2004)
Hey Girl ! (2006)
Orestie (une comédie organique ?)  (2015)

L’Orestie traverse le miroir

Je trouve vaines et insupportables toutes les tentatives de rendre l’empreinte du coquillage vivant. Rendre un texte tragique «contemporain» est un faux, d’autant plus pathétique que ce sont les poètes qui le font. Ceci traduit une intention missionnaire chez celui qui le réalise ; une tentative de «reconstruire le véritable esprit de la tragédie» dans le contemporain. Comme si la tragédie était une intrigue à jouer dans les hautes sphères de la poésie. Mais nous savons tous parfaitement que la tragédie n’est pas de la poésie ! Le noyau de la tragédie n’est pas tragique : il est pré-tragique, et se soustrait continuellement à lui-même comme l’œil de la limace. Les noms, à nouveau, veulent essuyer ce qu’il y a de muqueux et de rythmé dans la figure. La puissance nucléaire de la tragédie consiste, comme quelqu’un l’a fait remarquer, dans ce qu’elle nie : le silence du héros, et les figures de fable qui sont peu nombreuses et effrayantes. Le Chœur de la tragédie attique manque de nerf. En effet, c’est le contrepoint castré et civilisé du héros. Il y a l’image de la lâcheté : le Lapin. Mais le Lapin, ou le Lièvre, est aussi une figure initiale dans le contexte de la fabula de l’Orestie. Il apparaît en effet dans la battue de chasse néfaste que mène Agamemnon en ouverture de la tragédie des Atrides ; c’est la cause-prétexte du tragique. Un sort feint qui voit une jeune vierge impliquée : Iphigénie. Mais le Lapin apparaît aussi en tant qu’incipit dans le livre de Lewis Carroll. Là aussi une jeune vierge suit le destin de cet animal que les Anciens voyaient surchargé d’attributs sexuels. À l’ascension verticale d’Iphigénie correspond la chute d’Alice, de l’ordre supérieurà l’ordre inférieur : dans tous les cas un enlèvement. Avec Iphigénie-Alice, cette Orestie veut jeter dans un mouvement puéril de descente aux enfers, un mouvement mystérieux où le monde fait allusion au théâtre, où le langage doit nécessairement renaître en passant par sa propre mort, en passant à travers les choses, les animaux, les sons, les êtres et les lieux, en se privant de sa royauté codifiée. Le langage gît sur le même plan que les éléments. Il devient à son tour élémentaire, chose qu’on ne peut nommer, parce que les noms se soustraient : en un mot, l’Orestie traverse le miroir. De l’autre côté du miroir j’ai trouvé Antonin Artaud sans le vouloir et sans le chercher, donc en dehors de l’académie. Artaud, en effet, traduisit Humpty Dumpty de Carroll à Rodez, dans les dernières années de folie. Le texte tragique d’Eschyle subit une espèce de déraillement sur d’autres quais de rêve. D’Eschyle à Carroll, de Carroll à Artaud, et d’Artaud au silence.

« Romeo Castellucci », in Les Pélerins de la matière, traduction française Karin Espinosa,
Besançon, Les Solitaires Intempestifs, 2001, pp. 55-57  

L’Apostrophe, Cergy Pontoise

Vendredi 8 Janvier 2016 / 20h30
Samedi 9 Janvier 2016 / 20h30
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MC2, Grenoble

Mercredi 13 Janvier 2016 / 19h30
Jeudi 14 Janvier 2016 / 19h30
Vendredi 15 Janvier 2016 / 20h30
Samedi 16 Janvier 2016 / 19h30
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Célestins, Lyon

Mercredi 20 Janvier 2016 / 20h00
Jeudi 21 Janvier 2016 / 20h00
Vendredi 22 Janvier 2016 / 20h00
Samedi 23 Janvier 2016 / 20h00
Dimanche 24 Janvier 2016 / 16h00
Mardi 26 Janvier 2016 / 20h00
Mercredi 27 Janvier 2016 / 20h00
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La Rose des Vents, Villeneuve d’Asq

Mercredi 3 Février 2016 / 20h00
Jeudi 4 Février 2016 / 19h00
Vendredi 5 Février 2016 / 20h00
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deSingel, Anvers

Jeudi 10 Mars 2016 / 20h00
Vendredi 11 Mars 2016 / 20h00
Samedi 12 Mars 2016 / 20h00
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Le Maillon, Strasbourg

Mercredi 20 Avril 2016 / 20h30
Jeudi 21 Avril 2016 / 20h30
Vendredi 22 Avril 2016 / 20h30
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L'Hippodrome, Douai

Mardi 26 Avril 2016 / 20h00
Mercredi 27 Avril 2016 / 20h00
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TNT, Toulouse

Mercredi 25 Mai 2016 / 20h00
Jeudi 26 Mai 2016 / 20h00
Vendredi 27 Mai 2016 / 20h00
Samedi 28 Mai 2016 / 20h00
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Romaeuropa Festival / Teatro Argentina, Rome

Mercredi 5 Octobre 2016 / 21h00
Jeudi 6 Octobre 2016 / 21h00
Vendredi 7 Octobre 2016 / 21h00
Samedi 8 Octobre 2016 / 21h00
Dimanche 9 Octobre 2016 / 16h00
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  • Orestie | Orestea 2015 © Guido Mencari

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