Phèdre(s)

La chair de l’impossible

Phèdre a vingt-cinq siècles. Phèdre est au pluriel. Chez Euripide, elle ne croise même pas Hippolyte pour lui avouer son amour et meurt plutôt que de l’affronter. Chez Sénèque, elle lui parle de son désir les yeux dans les yeux. Chez Sarah Kane, tout est possible et rien ne l’est plus : malgré la proximité des corps, le bien-aimé reste plus inaccessible que jamais. Qui donc est Phèdre, que nous dit-elle ? De retour à l’Odéon après Un Tramway et La Fin (Koniec) Warlikowski lance son enquête sur une intuition de William Blake citée par J. M. Coetzee : «ceux qui répriment le désir le font parce que leur désir est suffisamment faible pour qu’il puisse être réprimé». Et pour incarner le mystère de toutes les Phèdre, il a fait appel à Isabelle Huppert.

Une déesse ivre ? Une divinité possédée par une autre divinité, Aphrodite saisie du dedans par Dionysos ? Telle est la première image que Krzysztof Warlikowski propose de son projet, lors d’une conversation à l’automne 2014. Warlikowski la voit qui titube. Chez Euripide, c’est elle qui vient en personne, en manière de prologue, nous annoncer le sort qu’elle réserve à Phèdre, victime collatérale de sa haine pour Hippolyte. Le trop chaste fils de Thésée se veut pur, croit pouvoir se soustraire à l’une des grandes lois qui préside à la condition humaine, celle du désir qui fait se mêler les corps. Hippolyte, chasseur qui ne veut point être chassé, se croit un exemple, l’incarnation de la mesure : il se trompe. à trop honorer Artémis, il dédaigne Aphrodite. Or s’il refuse de désirer, il ne peut éviter d’être désiré lui-même. Et c’est par cette voie que lui viendra le châtiment : du fond d’un autre corps. Celui de Phèdre, «la fille de Minos et de Pasiphaé», la descendante du Soleil, consumée par une flamme qu’elle ne peut avouer pour sienne.

Phèdre est saisie du dedans par Aphrodite, simple mortelle possédée par une déesse. Son amour, son désir, l’habitent et la dévorent mais ne lui appartiennent pas. Ils sont en elle comme un corps étranger qu’elle ne peut plus s’arracher. Son désir, c’est sa tunique de Nessus. Phèdre se tord, convulsée sous la pression d’une parole qui se fraye un chemin en elle, qu’elle cherche de toutes ses forces à retenir : le mot qui énoncerait enfin ce qu’il lui est interdit de dire et de penser, et qui est cependant ce qui la brûle. On ne voit pas Dionysos, il s’est caché en Aphrodite, et pourtant on ne voit que lui. C’est que nous sommes au théâtre. Ici règnent la passion, l’ardeur qui pousse à la métamorphose, la sortie de soi, l’extase sacrificielle, la mise à mort de l’identité. Ici Penthée devient femme et Phèdre la royale se rêve en esclave de son beau-fils. De même Aphrodite, d’abord visible, disparaît très vite de la scène sans pourtant cesser d’être là. Phèdre qui la porte en elle, ivre comme elle, la tête et le cœur perdus, se sent saisie de vertige devant l’abîme qu’est Hippolyte, ce corps si proche et qui est l’intouchable même, le nom d’un rêve, la chair de l’impossible. Or dans cet impossible, Warlikowski en ouvre un autre, par un fulgurant court-circuit. De même qu’Aphrodite ivre s’est effondrée, de même Phèdre s’abat au sol, inconsciente, lorsqu’elle entend derrière la porte la voix d’Hippolyte qui la repousse. Et quand elle revient à elle, l’impossible a pris corps. Dans son évanouissement, la porte a disparu, et voici qu’Hippolyte qui la tient dans ses bras – l’inaccessible, le bien-aimé en personne. C’est bien lui-même qui la console et qui l’invite à lui parler. Une grande paix descend, peut-être qu’elle ne dure que quelques secondes, comme l’œil du cyclone de la folie...

Ce face-à-face, cet aveu qu’Euripide refuse à son héroïne, Sénèque les lui consent, et Warlikowski après lui, comme l’avait fait Racine. Les deux tragédies, la grecque et la latine, sont comme les deux brins d’un même nœud de douleur. Warlikowski, pour le serrer plus étroitement, voudrait les tenir l’un et l’autre. D’un côté (Euripide), la rencontre entre Hippolyte et Phèdre n’a pas lieu : la reine succombe à distance, du fait de la confidence que sa nourrice lui avait arrachée. De l’autre (Sénèque), la rencontre a lieu : la reine cause sa propre perte en s’égarant dans les yeux du bien-aimé comme dans le labyrinthe de son propre désir. Comme sur un ruban de Mœbius, les deux côtés s’avèrent ne faire qu’un quand on les suit jusqu’au bout. C’est encore et toujours au malentendu, à l’indicible et à la mort que l’on se voit reconduit. Le nœud coulant d’Aphrodite ne laisse pas d’issue.

Si Warlikowski reprend l’histoire à ses sources grecques et latines, c’est aussi pour mieux la télescoper avec notre temps. Une tout autre version du mythe, celle de Sarah Kane, vient donc imprimer au spectacle une nouvelle torsion. Dans L’Amour de Phèdre, tout semble pouvoir se dire, tout peut être tenté : en apparence, de la fellation à l’éventration, le corps d’Hippolyte ne se refuse à rien. Pourtant, sous cette apparence, un refus plus profond perdure. Si Hippolyte, désormais, s’offre indifféremment à tous les contacts, c’est parce qu’il ne laisse plus rien ni personne le toucher – il se laisse prendre, mais ne donne rien. Son besoin de souillure et de transgression n’est pas moins insondable, ne le rend pas moins hors d’atteinte et fascinant, que la volonté de pureté qui l’animait chez les Anciens.

Il est trop tôt, à l’heure qu’il est, pour préciser davantage les intuitions de Warlikowski. Lorsqu’il a parlé de son projet, il lui est arrivé plus d’une fois de faire allusion à une œuvre qui l’a déjà inspiré : Elizabeth Costello, de J. M. Coetzee. Pourquoi ? Il se souvient d’Elizabeth, dans l’ultime chapitre du roman, cherchant à plaider sa cause pour passer un dernier seuil : «Elle a une vision de la porte, l’autre côté de la porte, le côté dont on lui refuse l’accès.» Toujours le motif de l’impossible franchissement, du passage au-delà du cercle où l’existence nous confine. Dans le chapitre précédent, il est question des amours entre mortels et immortels, et en particulier de l’union d’Aphrodite avec Anchise... Le divin et l’humain, comment donc se touchent-ils, comment opérer leur conjonction, comment l’inconcevable advient-il ici-bas ? «Elle pense à un film qu’elle a vu dans le temps [...] : Jessica Lange joue le rôle d’une déesse, sex-symbol hollywoodien, qui fait une dépression nerveuse et se retrouve en salle commune dans un asile d’aliénés, droguée, lobotomisée, attachée sur son lit, pendant que des employés de l’établissement vendent des billets pour tirer un coup vite fait avec elle. [...] Qu’on nous fasse descendre une immortelle sur terre, on va lui montrer ce que c’est que la vraie vie, et lui mettre le cul à vif. Tiens ! En veux-tu en voilà ! La scène a été censurée pour la production télévisée ; c’était un sujet trop brûlant pour l’Amérique». Pour l’Amérique, peut-être, mais pas pour le théâtre de Warlikowski : d’Aphrodite ivre à Aphrodite droguée, c’est toujours de Dionysos qu’il s’agit.  

 

Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.

 

avec le soutien de

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Odéon 6e
Place de l'Odéon Paris 75006 France

Phèdre(s)

17 mars 13 mai

de Wajdi Mouawad / Sarah Kane / J.M. Coetzee

mise en scène Krzysztof Warlikowski, avec Isabelle Huppert

et Agata Buzek, Andrzej Chyra, Alex Descas, Gaël Kamilindi, Norah Krief, Grégoire Léauté, Rosalba Torres Guerrero.

Lieu

Odéon 6e

Durée

environ 3h10 avec entracte

Votre venue

Odéon 6e Accès

Tarifs

de 6€ à 40€
En savoir plus

– Mother.
–  Go away
fuck off
don’t touch me
don’t talk to me
stay with me.


– Mère.
– Va-t’en
fous le camp
ne me touche pas
ne me parle pas
reste avec moi.

Sarah Kane : L’Amour de Phèdre

La chair de l’impossible

Phèdre a vingt-cinq siècles. Phèdre est au pluriel. Chez Euripide, elle ne croise même pas Hippolyte pour lui avouer son amour et meurt plutôt que de l’affronter. Chez Sénèque, elle lui parle de son désir les yeux dans les yeux. Chez Sarah Kane, tout est possible et rien ne l’est plus : malgré la proximité des corps, le bien-aimé reste plus inaccessible que jamais. Qui donc est Phèdre, que nous dit-elle ? De retour à l’Odéon après Un Tramway et La Fin (Koniec) Warlikowski lance son enquête sur une intuition de William Blake citée par J. M. Coetzee : «ceux qui répriment le désir le font parce que leur désir est suffisamment faible pour qu’il puisse être réprimé». Et pour incarner le mystère de toutes les Phèdre, il a fait appel à Isabelle Huppert.

Une déesse ivre ? Une divinité possédée par une autre divinité, Aphrodite saisie du dedans par Dionysos ? Telle est la première image que Krzysztof Warlikowski propose de son projet, lors d’une conversation à l’automne 2014. Warlikowski la voit qui titube. Chez Euripide, c’est elle qui vient en personne, en manière de prologue, nous annoncer le sort qu’elle réserve à Phèdre, victime collatérale de sa haine pour Hippolyte. Le trop chaste fils de Thésée se veut pur, croit pouvoir se soustraire à l’une des grandes lois qui préside à la condition humaine, celle du désir qui fait se mêler les corps. Hippolyte, chasseur qui ne veut point être chassé, se croit un exemple, l’incarnation de la mesure : il se trompe. à trop honorer Artémis, il dédaigne Aphrodite. Or s’il refuse de désirer, il ne peut éviter d’être désiré lui-même. Et c’est par cette voie que lui viendra le châtiment : du fond d’un autre corps. Celui de Phèdre, «la fille de Minos et de Pasiphaé», la descendante du Soleil, consumée par une flamme qu’elle ne peut avouer pour sienne.

Phèdre est saisie du dedans par Aphrodite, simple mortelle possédée par une déesse. Son amour, son désir, l’habitent et la dévorent mais ne lui appartiennent pas. Ils sont en elle comme un corps étranger qu’elle ne peut plus s’arracher. Son désir, c’est sa tunique de Nessus. Phèdre se tord, convulsée sous la pression d’une parole qui se fraye un chemin en elle, qu’elle cherche de toutes ses forces à retenir : le mot qui énoncerait enfin ce qu’il lui est interdit de dire et de penser, et qui est cependant ce qui la brûle. On ne voit pas Dionysos, il s’est caché en Aphrodite, et pourtant on ne voit que lui. C’est que nous sommes au théâtre. Ici règnent la passion, l’ardeur qui pousse à la métamorphose, la sortie de soi, l’extase sacrificielle, la mise à mort de l’identité. Ici Penthée devient femme et Phèdre la royale se rêve en esclave de son beau-fils. De même Aphrodite, d’abord visible, disparaît très vite de la scène sans pourtant cesser d’être là. Phèdre qui la porte en elle, ivre comme elle, la tête et le cœur perdus, se sent saisie de vertige devant l’abîme qu’est Hippolyte, ce corps si proche et qui est l’intouchable même, le nom d’un rêve, la chair de l’impossible. Or dans cet impossible, Warlikowski en ouvre un autre, par un fulgurant court-circuit. De même qu’Aphrodite ivre s’est effondrée, de même Phèdre s’abat au sol, inconsciente, lorsqu’elle entend derrière la porte la voix d’Hippolyte qui la repousse. Et quand elle revient à elle, l’impossible a pris corps. Dans son évanouissement, la porte a disparu, et voici qu’Hippolyte qui la tient dans ses bras – l’inaccessible, le bien-aimé en personne. C’est bien lui-même qui la console et qui l’invite à lui parler. Une grande paix descend, peut-être qu’elle ne dure que quelques secondes, comme l’œil du cyclone de la folie...

Ce face-à-face, cet aveu qu’Euripide refuse à son héroïne, Sénèque les lui consent, et Warlikowski après lui, comme l’avait fait Racine. Les deux tragédies, la grecque et la latine, sont comme les deux brins d’un même nœud de douleur. Warlikowski, pour le serrer plus étroitement, voudrait les tenir l’un et l’autre. D’un côté (Euripide), la rencontre entre Hippolyte et Phèdre n’a pas lieu : la reine succombe à distance, du fait de la confidence que sa nourrice lui avait arrachée. De l’autre (Sénèque), la rencontre a lieu : la reine cause sa propre perte en s’égarant dans les yeux du bien-aimé comme dans le labyrinthe de son propre désir. Comme sur un ruban de Mœbius, les deux côtés s’avèrent ne faire qu’un quand on les suit jusqu’au bout. C’est encore et toujours au malentendu, à l’indicible et à la mort que l’on se voit reconduit. Le nœud coulant d’Aphrodite ne laisse pas d’issue.

Si Warlikowski reprend l’histoire à ses sources grecques et latines, c’est aussi pour mieux la télescoper avec notre temps. Une tout autre version du mythe, celle de Sarah Kane, vient donc imprimer au spectacle une nouvelle torsion. Dans L’Amour de Phèdre, tout semble pouvoir se dire, tout peut être tenté : en apparence, de la fellation à l’éventration, le corps d’Hippolyte ne se refuse à rien. Pourtant, sous cette apparence, un refus plus profond perdure. Si Hippolyte, désormais, s’offre indifféremment à tous les contacts, c’est parce qu’il ne laisse plus rien ni personne le toucher – il se laisse prendre, mais ne donne rien. Son besoin de souillure et de transgression n’est pas moins insondable, ne le rend pas moins hors d’atteinte et fascinant, que la volonté de pureté qui l’animait chez les Anciens.

Il est trop tôt, à l’heure qu’il est, pour préciser davantage les intuitions de Warlikowski. Lorsqu’il a parlé de son projet, il lui est arrivé plus d’une fois de faire allusion à une œuvre qui l’a déjà inspiré : Elizabeth Costello, de J. M. Coetzee. Pourquoi ? Il se souvient d’Elizabeth, dans l’ultime chapitre du roman, cherchant à plaider sa cause pour passer un dernier seuil : «Elle a une vision de la porte, l’autre côté de la porte, le côté dont on lui refuse l’accès.» Toujours le motif de l’impossible franchissement, du passage au-delà du cercle où l’existence nous confine. Dans le chapitre précédent, il est question des amours entre mortels et immortels, et en particulier de l’union d’Aphrodite avec Anchise... Le divin et l’humain, comment donc se touchent-ils, comment opérer leur conjonction, comment l’inconcevable advient-il ici-bas ? «Elle pense à un film qu’elle a vu dans le temps [...] : Jessica Lange joue le rôle d’une déesse, sex-symbol hollywoodien, qui fait une dépression nerveuse et se retrouve en salle commune dans un asile d’aliénés, droguée, lobotomisée, attachée sur son lit, pendant que des employés de l’établissement vendent des billets pour tirer un coup vite fait avec elle. [...] Qu’on nous fasse descendre une immortelle sur terre, on va lui montrer ce que c’est que la vraie vie, et lui mettre le cul à vif. Tiens ! En veux-tu en voilà ! La scène a été censurée pour la production télévisée ; c’était un sujet trop brûlant pour l’Amérique». Pour l’Amérique, peut-être, mais pas pour le théâtre de Warlikowski : d’Aphrodite ivre à Aphrodite droguée, c’est toujours de Dionysos qu’il s’agit.  

 

Certaines scènes de ce spectacle peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes.

 

avec le soutien de

 

 

 


  • Phèdre(s) | photo de répétition © Pascal Victor

    photo de répétition © Pascal Victor

  • Phèdre(s) | photo de répétition © Pascal Victor

    photo de répétition © Pascal Victor

  • Phèdre(s) | photo de répétition © Pascal Victor

    photo de répétition © Pascal Victor

  • Phèdre(s) | photo de répétition © Pascal Victor

    photo de répétition © Pascal Victor

  • Phèdre(s) | photo de répétition © Pascal Victor

    photo de répétition © Pascal Victor

  • Phèdre(s) | photo de répétition © Pascal Victor

    photo de répétition © Pascal Victor

Générique

mise en scène et adaptation Krzysztof Warlikowski
dramaturgie Piotr Gruszczyński
décor et costumes Małgorzata Szczęśniak
collaboration aux costumes Géraldine Ingremeau
musique originale Paweł Mykietyn
lumière Felice Ross
vidéo Denis Guéguin
chorégraphie Claude Bardouil, Rosalba Torres Guerrero
maquillage, coiffures, perruques Sylvie Cailler, Jocelyne Milazzo
son Thierry Jousse
musique interprétée sur scène Bruno Helstroffer
assistant à la mise en scène Christophe Sermet

 

production : Odéon-Théâtre de l'Europe
coproduction : Comédie de Clermont-Ferrand – Scène nationale, Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Théâtre de Liège, Barbican – London & LIFT, Onassis Cultural Centre – Athens

Avec le soutien de l'Institut Polonais de Paris

Editeurs :
Simard Agence Artistique inc. est agent théâtral du texte de Wajdi Mouawad
L'Arche est éditeur et agent théâtral de la pièce L'Amour de Phèdre de Sarah Kane (traduction Séverine Magois)
Elizabeth Costello © 2003 by J.M. Coetzee (traduction de Catherine du Plessis aux éditions du Seuil et aux éditions Points)
Une chienne de Wajdi Mouawad, Léméac/Actes Sud-Papiers, mars 2016


avec le soutien de

 

 



 

Metteur en scène

Krzysztof Warlikowski

Krzysztof Warlikowski est né en 1962 à Szczecin, en Pologne. Après des études d’histoire de la philosophie à l’Université Jagellonia de Cracovie et un séjour d’un an à Paris (au cours duquel il étudie l’histoire du théâtre à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes), il entame une formation à la mise en scène dès 1989 à l’Académie du théâtre de Cracovie, où il signe ses premiers spectacles, d’après Dostoïevski et Elias Canetti. En 1992-1993, il est successivement l’assistant de Peter Brook sur Impressions de Pelléas (Paris, Bouffes du Nord, 1992), puis de Krystian Lupa sur Malte, d’après Rilke (Cracovie, Stary Teatr, 1992). Giorgio Strehler soutient et supervise son travail  d’adaptation et de mise en scène d’À la recherche du temps perdu, d’après Proust (Milan, Piccolo Teatro, 1994). La même année, Warlikowski entame un cycle Shakespeare, montant sept de ses pièces (Le Marchand de Venise, Hamlet, Le Conte d’Hiver, la Mégère apprivoisée, La Nuit des rois, La Tempête, Le Songe d’une nuit d’été) entre 1994 et 2003, tout en abordant le théâtre tragique grec (Sophocle, Euripide) et le domaine contemporain : Kafka (Le Procès, 1995), Koltès (Roberto Zucco, 1995 ; Quai Ouest, 1998), Matéi Visniec, Gombrowicz, Sarah Kane (Purifiés, 2001).
Warlikowski a présenté son travail son travail sur toutes les grandes scènes d’Europe, au Holland Festival, au Festival d’Avignon (où il a monté Krum en 2005, accueilli à l’Odéon en 2007, et Angels in America, de Tony Kushner, en 2007), au Festival Europalia, au Festival Theater der Welt... Sa mise en scène d’(A)pollonia, d’après Euripide, Eschyle, Hanna Krall, Jonathan Littell et J. M. Coetzee, événement du Festival d’Avignon 2009, est présentée la même année au Théâtre national de Chaillot.
Depuis quelques années, Warlikowski est également un metteur en scène d’opéra : citons entre autres L’Affaire Makropoulos de Leos Janácek (2007), Parsifal de Richard Wagner, The Rake’s Progress d'Igor Stravinsky (2010), La Femme sans ombres de Richard Strauss (2013), Don Giovanni de Mozart (2014).
L’Odéon-Théâtre de l’Europe a produit Un Tramway, d’après Tennessee Williams (2010), et présenté La Fin (Koniec) d’après Koltès, Kafka et Coetzee (2011).

À l'Odéon :

  • Krum, d'Hanokh Levin (décembre 2007)
  • Un Tramway, d'après Tennessee Williams, création (février à avril 2010)
  • La Fin (Koniec), d'après Kafka, Koltès, Coetzee (février 2011)
  •  Phèdre(s)de Wajdi Mouawad, Sarah Kane, J.M. Coetzee, création (mars-mai 2016)

Extrait

No one burns me

PHAEDRA Will you get jealous?
HIPPOLYTUS Of what?
PHAEDRA When your father comes back.
HIPPOLYTUS What’s it got to do with me?
PHAEDRA I’ve never been unfaithful before.
HIPPOLYTUS That much was obvious.
PHAEDRA I’m sorry.
HIPPOLYTUS I’ve had worse.
PHAEDRA I did it because I’m in love with you.
HIPPOLYTUS Don’t be. I don’t like it.
PHAEDRA I want this to happen again.
HIPPOLYTUS No you don’t.
PHAEDRA I do.
HIPPOLYTUS What for?
PHAEDRA Pleasure?
HIPPOLYTUS You enjoyed that?
PHAEDRA I want to be with you.
HIPPOLYTUS But did you enjoy it?
PHAEDRA (Doesn’t respond)
HIPPOLYTUS No. You hate it as much as me if only you’d admit it.
PHAEDRA I wanted to see your face when you came.
HIPPOLYTUS Why?
PHAEDRA I’d like to see you lose yourself.
HIPPOLYTUS It’s not a pleasant sight.
PHAEDRA Why, what do you look like?
HIPPOLYTUS Every other stupid fucker.
PHAEDRA I love you.
HIPPOLYTUS No.
PHAEDRA So much.
HIPPOLYTUS Don’t even know me.
PHAEDRA I want you to make me come.
HIPPOLYTUS Can’t stand post-coital chats. There’s never anything to say.
PHAEDRA I want you –
HIPPOLYTUS This isn’t about me.
PHAEDRA I do.
HIPPOLYTUS Fuck someone else imagine it’s me.
Shouldn’t be difficult, everyone looks the same when they come.
PHAEDRA Not when they burn you.
HIPPOLYTUS No one burns me.
PHAEDRA What about that woman?

Sarah Kane : Phaedra’s Love, sc. 4, London : Methuen, 1996

 

Personne ne me brûle

PHÈDRE Tu seras jaloux ?
HIPPOLYTE De quoi ?
PHÈDRE Au retour de ton père.
HIPPOLYTE Quel rapport avec moi ?
PHÈDRE C’est la première fois que je suis infidèle.
HIPPOLYTE Ça au moins c’était clair.
PHÈDRE Je suis désolée.
HIPPOLYTE J’ai connu pire.
PHÈDRE Je l’ai fait parce que je suis amoureuse de toi.
HIPPOLYTE Pas de ça. J’aime pas.
PHÈDRE J’aimerais que ça recommence.
HIPPOLYTE Mais non.
PHÈDRE Si.
HIPPOLYTE Et pourquoi ?
PHÈDRE Le plaisir ?
HIPPOLYTE Vous avez trouvé ça bon ?
PHÈDRE Je veux être avec toi.
HIPPOLYTE Mais avez-vous trouvé ça bon ?
PHÈDRE (ne bronche pas)
HIPPOLYTE Non. Vous détestez ça autant que moi si seulement vous vouliez bien vous l’avouer.
PHÈDRE Je voulais voir ton visage quand tu jouis.
HIPPOLYTE Pourquoi ?
PHÈDRE J’aimerais te voir t’abandonner.
HIPPOLYTE C’est pas joli à voir.
PHÈDRE Pourquoi, quelle tête fais-tu ?
HIPPOLYTE Une tête de gland, comme tout le monde.
PHÈDRE Je t’aime.
HIPPOLYTE Non.
PHÈDRE Si fort.
HIPPOLYTE Me connaissez même pas.
PHÈDRE Je veux que tu me fasses jouir.
HIPPOLYTE Ne supporte pas les parlotes post-coïtales. Il n’y a jamais rien à dire.
PHÈDRE Je veux que tu –
HIPPOLYTE Il s’agit pas de moi.
PHÈDRE Si.
HIPPOLYTE Tapez-vous quelqu’un d’autre imaginez que c’est moi.
Devrait pas être difficile, on fait tous la même tête quand on jouit.
PHÈDRE Pas quand l’autre vous brûle.
HIPPOLYTE Personne ne me brûle.
PHÈDRE Et cette femme ?

Sarah Kane : L’Amour de Phèdre, Paris, L’Arche éditeur, 1999, pp. 38-41
(trad. Séverine Magois)
 

Tournées

La Comédie de Clermont-Ferrand, Clermont-Ferrand

Vendredi 27 Mai 2016 / 20h00
Samedi 28 Mai 2016 / 20h00
Dimanche 29 Mai 2016 / 15h00
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Barbican & LIFT, Londres

Jeudi 9 Juin 2016 / 19h45
Vendredi 10 Juin 2016 / 19h45
Samedi 11 Juin 2016 / 19h45
Dimanche 12 Juin 2016 / 15h00
Mardi 14 Juin 2016 / 19h45
Mercredi 15 Juin 2016 / 19h45
Jeudi 16 Juin 2016 / 19h45
Vendredi 17 Juin 2016 / 19h45
Samedi 18 Juin 2016 / 19h45
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Brooklyn Academy of Music (BAM), New York

Mardi 13 Septembre 2016 / 19h00
Mercredi 14 Septembre 2016 / 19h00
Jeudi 15 Septembre 2016 / 19h00
Vendredi 16 Septembre 2016 / 19h00
Samedi 17 Septembre 2016 / 19h00
Dimanche 18 Septembre 2016 / 15h00
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Les Théâtres de la Ville de Luxembourg, Luxembourg

Samedi 26 Novembre 2016 / 20h00
Dimanche 27 Novembre 2016 / 17h00
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Théâtre de Liège, Liège

Vendredi 9 Décembre 2016 / 19h00
Samedi 10 Décembre 2016 / 19h00
Dimanche 11 Décembre 2016 / 16h00
en savoir plus

Onassis Cultural Centre , Athènes

Mardi 20 Décembre 2016 / 21h00
Mercredi 21 Décembre 2016 / 21h00
Jeudi 22 Décembre 2016 / 21h00
en savoir plus

Autour du spectacle