Le Radeau de la Méduse

Pour travailler avec le Groupe 42 du Théâtre National de Strasbourg, Thomas Jolly, artiste associé au TNS, a choisi d’embarquer ces jeunes artistes dans un « huis clos au milieu de l’océan » où se pose avec cruauté une question touchant à la racine du théâtre, art collectif et art du collectif : ce que l’être humain, cet animal qu’on dit sociable, appelle être ensemble.

« En 1940 », écrit Georg Kaiser, « un vapeur qui devait conduire au Canada des enfants de villes anglaises bombardées fut torpillé en pleine mer.  » Sur cette donnée simple et tragique, le dramaturge allemand (1878-1945) imagine un drame d’un dépouillement absolu où se rejoue sous forme concentrée l’histoire de toute l’humanité. La pièce s’ouvre sur un effroyable naufrage. À l’aube, douze survivants sont découverts dans une unique embarcation : six garçons et six filles. Aucun ne paraît avoir plus de treize ans. Deux d’entre eux se distinguent. Ann serre contre elle un thermos de lait encore chaud. Allan a pensé à emporter son écharpe. Ils sont les premiers à se réveiller. « Allan et Ann » : leurs deux prénoms prononcés ensemble sonnent comme s’ils étaient « seuls au monde ».  Et c’est sans doute au premier couple, Adam et Ève, plus encore qu’à Noé, survivant du Déluge, qu’ils songent tous deux en contemplant la mer.

Quand les autres enfants se réveillent à leur tour, Allan sait trouver les mots qu’il faut. À trois jours au moins des côtes, il leur faudra ramer et partager les quelques provisions de secours chargées sur le canot. Le partage est justement la règle que tous ont adoptée spontanément : chacun sans exception a bu un peu de lait dans le gobelet qu’Ann leur a tendu. Les enfants ne sont-ils pas l’innocence incarnée ? Eux-mêmes le croient. La charité d’Ann, l’énergie d’Allan, feront merveille en unissant les forces de tous. Et la découverte d’un dernier passager, caché à la poupe sous un pan de toile, paraît d’abord le confirmer. Ce n’est qu’au deuxième jour, à l’heure où les enfants s’apprêtent à manger « ensemble », qu’Ann s’avise qu’ils sont désormais treize. « Treize ! » Dès lors, tout va basculer. Treize est le nombre du malheur, de la malédiction, la fêlure minuscule par laquelle Ann va réintroduire la loi adulte en invoquant « Jésus et ses douze apôtres »...

Thomas Jolly l’a noté : le texte de Kaiser, sous son apparente limpidité, met à jour « le mécanisme de la monstruosité » par lequel s’accomplissent « la scission d’une communauté, la lutte pour le pouvoir, la force d’endoctrinement...  » Comme si l’humanité, condamnée à se répéter, ne pouvait se constituer et s’unifier qu’au prix d’un sacrifice. Ou comme si, à la sublime utopie d’une communauté ouverte, devait fatalement succéder la fermeture de la société réelle, autour d’un autre partage : après celui du lait, celui du sang, du crime et du silence... Peut-on échapper à l’Histoire ?  Qu’est-ce qui fonde le lien social :  la solidarité de tous, ou l’exclusion d’un bouc émissaire ?  Thomas Jolly a aimé cette pièce trop peu connue, l’une des dernières de celui qui fut dans les années 20 le maître incontesté de l’expressionnisme. Il y a vu une interrogation portant à la fois sur notre nature, notre histoire et – malheureusement – « notre actualité ».

Berthier 17e

France

Berthier 17e

15 juin – 30 juin 2017 / Durée environ 1h45

Le Radeau de la Méduse

de Georg Kaiser

mise en scène Thomas Jolly

avec Youssouf Abi-Ayad, Éléonore Auzou-Connes, Clément Barthelet, Romain Darrieu, Rémi Fortin, Johanna Hess, Emma Liégeois, Thalia Otmanetelba, Romain Pageard, Maud Pougeoise, Blanche Ripoche, Adrien Serre

Horaires

20h du mardi au samedi / 15h le dimanche

Durée environ 1h45

Votre venue

Berthier 17e
Accès

Tarifs

de 8€ à 36€
En savoir plus

Ouverture à la location par internet le 10 mai, au guichet et par téléphone le 17 mai 2017

  • Le Radeau de la Méduse | photo © Jean-Louis Fernandez
    photo © Jean-Louis Fernandez
  • Le Radeau de la Méduse | photo © Jean-Louis Fernandez
    photo © Jean-Louis Fernandez
  • Le Radeau de la Méduse | photo © Jean-Louis Fernandez
    photo © Jean-Louis Fernandez
  • Le Radeau de la Méduse | photo © Jean-Louis Fernandez
    photo © Jean-Louis Fernandez
  • Le Radeau de la Méduse | photo © Jean-Louis Fernandez
    photo © Jean-Louis Fernandez
  • Le Radeau de la Méduse | photo © Jean-Louis Fernandez
    photo © Jean-Louis Fernandez

Rencontre avec l'équipe artistique

à l'issue de la représentation
mardi 27 juin

entrée libre

Bible du spectacle

Bible du spectacle

Pour travailler avec le Groupe 42 du Théâtre National de Strasbourg, Thomas Jolly, artiste associé au TNS, a choisi d’embarquer ces jeunes artistes dans un « huis clos au milieu de l’océan » où se pose avec cruauté une question touchant à la racine du théâtre, art collectif et art du collectif : ce que l’être humain, cet animal qu’on dit sociable, appelle être ensemble.

« En 1940 », écrit Georg Kaiser, « un vapeur qui devait conduire au Canada des enfants de villes anglaises bombardées fut torpillé en pleine mer.  » Sur cette donnée simple et tragique, le dramaturge allemand (1878-1945) imagine un drame d’un dépouillement absolu où se rejoue sous forme concentrée l’histoire de toute l’humanité. La pièce s’ouvre sur un effroyable naufrage. À l’aube, douze survivants sont découverts dans une unique embarcation : six garçons et six filles. Aucun ne paraît avoir plus de treize ans. Deux d’entre eux se distinguent. Ann serre contre elle un thermos de lait encore chaud. Allan a pensé à emporter son écharpe. Ils sont les premiers à se réveiller. « Allan et Ann » : leurs deux prénoms prononcés ensemble sonnent comme s’ils étaient « seuls au monde ».  Et c’est sans doute au premier couple, Adam et Ève, plus encore qu’à Noé, survivant du Déluge, qu’ils songent tous deux en contemplant la mer.

Quand les autres enfants se réveillent à leur tour, Allan sait trouver les mots qu’il faut. À trois jours au moins des côtes, il leur faudra ramer et partager les quelques provisions de secours chargées sur le canot. Le partage est justement la règle que tous ont adoptée spontanément : chacun sans exception a bu un peu de lait dans le gobelet qu’Ann leur a tendu. Les enfants ne sont-ils pas l’innocence incarnée ? Eux-mêmes le croient. La charité d’Ann, l’énergie d’Allan, feront merveille en unissant les forces de tous. Et la découverte d’un dernier passager, caché à la poupe sous un pan de toile, paraît d’abord le confirmer. Ce n’est qu’au deuxième jour, à l’heure où les enfants s’apprêtent à manger « ensemble », qu’Ann s’avise qu’ils sont désormais treize. « Treize ! » Dès lors, tout va basculer. Treize est le nombre du malheur, de la malédiction, la fêlure minuscule par laquelle Ann va réintroduire la loi adulte en invoquant « Jésus et ses douze apôtres »...

Thomas Jolly l’a noté : le texte de Kaiser, sous son apparente limpidité, met à jour « le mécanisme de la monstruosité » par lequel s’accomplissent « la scission d’une communauté, la lutte pour le pouvoir, la force d’endoctrinement...  » Comme si l’humanité, condamnée à se répéter, ne pouvait se constituer et s’unifier qu’au prix d’un sacrifice. Ou comme si, à la sublime utopie d’une communauté ouverte, devait fatalement succéder la fermeture de la société réelle, autour d’un autre partage : après celui du lait, celui du sang, du crime et du silence... Peut-on échapper à l’Histoire ?  Qu’est-ce qui fonde le lien social :  la solidarité de tous, ou l’exclusion d’un bouc émissaire ?  Thomas Jolly a aimé cette pièce trop peu connue, l’une des dernières de celui qui fut dans les années 20 le maître incontesté de l’expressionnisme. Il y a vu une interrogation portant à la fois sur notre nature, notre histoire et – malheureusement – « notre actualité ».

En vidéo

Autour du spectacle

Rencontre avec l'équipe artistique

à l'issue de la représentation
mardi 27 juin

entrée libre

Bible du spectacle

Bible du spectacle

Générique

traduction de l'allemand Huguette et René Radrizzani (éditions Fourbis, 1997)
scénographie Heidi Folliet, Cecilia Galli
Construction Heidi Folliet, Cecilia Galli, Léa Gabdois-Lamer, Marie Bonnemaison et Julie Roëls
costumes, maquillages et coiffures Oria Steenkiste
Accessoires Léa Gabdois-Lamer
lumière Laurence Magnée
vidéo et effets spéciaux Sébastien Lemarchand
composition musicale Clément Mirguet
son Auréliane Pazzaglia
Plateau et machinerie Marie Bonnemaison et Julie Roëls
Régie générale Marie Bonnemaison
Collaboration à la mise en scène Mathilde Delahaye, Maëlle Dequiedt
consultante en théologie Corinne Meyniel

Administration – Communication – Actions culturelles Célia Thirouard
Production – Diffusion Dorothée de Lauzanne

Spectacle créé avec l'accompagnement artistique de La Piccola Familia : Thibaut Fack (scénographie), Clément Mirguet (son) et Antoine Travert (lumière).

Équipes techniques et pédagogiques Bruno Bléger (régie générale), Dominique Lecoyer (directrice des études), Pierre Albert (scénographie et costumes), Sophie Baer (lumière), Hervé Cherblanc (scénographie), Gregory Fontana (son et vidéo), Elisabeth Kinderstuth (costumes), Roland Reinewald (artifices), Françoise Rondeleux (chant), Bernard Saam (plateau), Hélène Wiss (maquillages et coiffures).
Les décors et costumes ont été réalisés aux ateliers du Théâtre National de Strasbourg

Production La Piccola Familia
Coproduction Théâtre National de Strasbourg

 

Avec la participation artistique du Jeune Théâtre National

 

 

 

Avec le soutien de l'ODIA Normandie / Office de Diffusion et d'Information Artistique de Normandie

 

 

Création le 17 juillet 2016 au Festival d'Avignon

Thomas Jolly est artiste associé au Théâtre National de Strasbourg.
La Piccola Familia est conventionnée par la DRAC Normandie, la Région Normandie et la ville de Rouen.

Metteur en scène

Thomas Jolly

Thomas Jolly est né en 1982 à Rouen. Tout en préparant une licence d’études théâtrales à l’Université de Caen, il intègre en 2001 la formation professionnelle de l’ACTEA. Deux ans plus tard, il entre à l’École supérieure d'art dramatique du Théâtre National de Bretagne, à Rennes, dirigée par Stanislas Nordey. Il y travaille entre autres avec Stanislas Nordey, Bruno Meyssat, Jean-François Sivadier, Claude Régy ou Marie Vayssière. En 2006, il fonde avec quelques compagnons de route La Piccola Familia. «Elle est un groupe de travail avant d’être une compagnie», écrit- il. «Nous y tenons. [...] Pour ne pas avoir à convaincre, mais pour faire notre métier.» Depuis sa fondation, le groupe a développé de nombreuses actions culturelles sur le territoire haut-normand, tout en présentant Arlequin poli par l’amour de Marivaux en 2007 (repris en 2011 avec une nouvelle distribution), Toâ de Sacha Guitry en 2009 (Prix du public du festival Impatience à l’Odéon) et Piscine (pas d’eau) de Mark Ravenhill (festival Mettre en Scène 2011).
Le cycle de création shakespearien autour des trois Henry VI, puis de Richard III, qui a mobilisé exclusivement les énergies de La Piccola Familia depuis 2010, a débouché sur l’une des plus mémorables sagas théâtrales de la décennie, présentée sur deux saisons à l’Odéon (2014-2016).
Thomas Jolly ouvre la saison 2016-17 de l’Opéra de Paris avec une œuvre de Francesco Cavalli, Eliogabalo.

Extrait

Sommes-nous si mauvais ? Sommes-nous déjà des adultes ? Nous voulons seulement fuir devant les horreurs des adultes. Les adultes sont si horribles. Nous sommes des enfants, qui ne font jamais un mal aussi épouvantable. On cesserait d’être cruel, si on nous voyait. Si on voyait seulement comment l’un d’entre nous, qui est aussi dans la détresse, répartit ces quelques gouttes de lait et fait boire tout le monde. Explosant. Les journaux du monde entier devraient en parler : comment les enfants sont entre eux, lorsqu’on les laisse être des enfants. Pourquoi les adultes sont si impitoyables dans leur méchanceté ?

Georg Kaiser : Le Radeau de la Méduse, éditions Fourbis, 1996, trad. Huguette et René Radrizzani