Richard III

Revoici Richard. Celui que joue Lars Eidinger, entré en 2015 dans la légende d’Avignon. Pour son cinquième Shakespeare, Thomas Ostermeier tenait à cet interprète hors pair. Le rôle en exige un, car la séduction du sinistre Duc de Gloucester est pour le moins paradoxale. Corps contrefait, âme démoniaque, pourquoi donc ce monstre continue-t-il à fasciner le public depuis plus de quatre siècles, et comment y parviendrait-il aussi bien sans un acteur exceptionnel pour l’incarner ?

Richard, duc de Gloucester, est le premier grand maître de la mise en scène de soi que le théâtre ait produit. Ou du moins le premier personnage moderne à se mettre soi-même au monde théâtralement. Avant même d’être roi, il est un merveilleux comédien et un superbe scénariste, doté de l’instinct d’un grand fauve et de l’intelligence calculatrice d’un fin lecteur de Machiavel. Et il se veut fils de ses œuvres. Richard est en effet persuadé que les jeux auxquels jouent les autres hommes lui sont à jamais interdits, depuis sa naissance. Perdu pour perdu, il a donc décidé de jouer de ce qu’il est. Lui qui est moins que tout, presque une bête, va se hisser au-dessus de tous, sur un monceau de cadavres, et veut se faire connaître ainsi : en n’étant plus qu’une succession de masques, dont il jongle en virtuose, de la fureur d’un musicien rock à la mélancolie d’un être qui se souvient d’avoir été Hamlet.

L’identité de Richard, s’il en a une, est affaire de prothèses : fils d’araignée où se pendre, micros, caméras. La couronne même n’est peut-être qu’une prothèse de plus. Cette identité-vampire, il la construit devant nous, voire parmi nous, comme une machine sanglante, en nous prenant à témoin. Et ce faisant, lui qui refuse tout miroir finit par devenir un peu le nôtre. Miroir déformant, bien sûr, pareil à celui du rêve. Parfois certains désirs y surgissent qu’on ne peut regarder en face sans que leurs traits ne soient d’abord déformés. Mais sont-ils vraiment si méconnaissables ? Le Richard d’Eidinger et d’Ostermeier est là pour nous le demander : «  N’avez-vous jamais eu envie de faire ce que fait Richard ? N’avez-vous jamais eu envie de commettre des actes répréhensibles ? » De voir le corps nu d’un frère, agité de soubresauts, se vider de son sang sur le sable d’un cachot ? De traiter deux petits enfants comme des marionnettes bonnes à briser, et de s’en amuser? Nous nous récrions devant ces « actions que les contraintes sociales et morales, heureusement, empêchent », ajoute aussitôt le metteur en scène. Mais l’art de Shakespeare nous les rend pensables, nous fait sentir la pente qui mène à ces abîmes. Comment comprendre la troublante séduction du mal à moins d’y aller voir nous-mêmes – et en nous-mêmes, afin de mieux nous construire et nous comprendre, grâce à cette surpuissante prothèse collective qu’est le théâtre ?  Nous nous y retrouvons, conclut le directeur de la Schaubühne, « dans un espace libre où la catharsis est possible, ou l’on peut jouer avec nos instincts les plus sombres pour, peut-être, nous purifier, nous libérer ».

Odéon 6e

Place de l'Odéon Paris 75006 France

Odéon 6e

21 juin – 29 juin 2017 / Durée 2h30

Richard III

de William Shakespeare

mise en scène Thomas Ostermeier

avec Thomas Bading, Robert Beyer, Lars Eidinger, Christoph Gawenda, Moritz Gottwald, Jenny König, Laurenz Laufenberg, Eva Meckbach, David Ruland et le musicien Thomas Witte

en allemand surtitré

Horaires

spectacle à 20h
relâche le dimanche 25 juin

Durée 2h30

Votre venue

Odéon 6e
Accès

Tarifs

de 6€ à 40€
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En raison du succès rencontré par ce spectacle il ne reste plus de place disponible, ni au guichet ni au téléphone ni par internet. Quelques places sont susceptibles de revenir à la vente chaque soir juste avant la représentation.

  • Richard III |
  • Richard III | Richard III, photo © Arno Declair
    Richard III, photo © Arno Declair
  • Richard III | Richard III, photo © Arno Declair
    Richard III, photo © Arno Declair
  • Richard III | Richard III, photo © Arno Declair
    Richard III, photo © Arno Declair
  • Richard III | Richard III, photo © Arno Declair
    Richard III, photo © Arno Declair

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Revoici Richard. Celui que joue Lars Eidinger, entré en 2015 dans la légende d’Avignon. Pour son cinquième Shakespeare, Thomas Ostermeier tenait à cet interprète hors pair. Le rôle en exige un, car la séduction du sinistre Duc de Gloucester est pour le moins paradoxale. Corps contrefait, âme démoniaque, pourquoi donc ce monstre continue-t-il à fasciner le public depuis plus de quatre siècles, et comment y parviendrait-il aussi bien sans un acteur exceptionnel pour l’incarner ?

Richard, duc de Gloucester, est le premier grand maître de la mise en scène de soi que le théâtre ait produit. Ou du moins le premier personnage moderne à se mettre soi-même au monde théâtralement. Avant même d’être roi, il est un merveilleux comédien et un superbe scénariste, doté de l’instinct d’un grand fauve et de l’intelligence calculatrice d’un fin lecteur de Machiavel. Et il se veut fils de ses œuvres. Richard est en effet persuadé que les jeux auxquels jouent les autres hommes lui sont à jamais interdits, depuis sa naissance. Perdu pour perdu, il a donc décidé de jouer de ce qu’il est. Lui qui est moins que tout, presque une bête, va se hisser au-dessus de tous, sur un monceau de cadavres, et veut se faire connaître ainsi : en n’étant plus qu’une succession de masques, dont il jongle en virtuose, de la fureur d’un musicien rock à la mélancolie d’un être qui se souvient d’avoir été Hamlet.

L’identité de Richard, s’il en a une, est affaire de prothèses : fils d’araignée où se pendre, micros, caméras. La couronne même n’est peut-être qu’une prothèse de plus. Cette identité-vampire, il la construit devant nous, voire parmi nous, comme une machine sanglante, en nous prenant à témoin. Et ce faisant, lui qui refuse tout miroir finit par devenir un peu le nôtre. Miroir déformant, bien sûr, pareil à celui du rêve. Parfois certains désirs y surgissent qu’on ne peut regarder en face sans que leurs traits ne soient d’abord déformés. Mais sont-ils vraiment si méconnaissables ? Le Richard d’Eidinger et d’Ostermeier est là pour nous le demander : «  N’avez-vous jamais eu envie de faire ce que fait Richard ? N’avez-vous jamais eu envie de commettre des actes répréhensibles ? » De voir le corps nu d’un frère, agité de soubresauts, se vider de son sang sur le sable d’un cachot ? De traiter deux petits enfants comme des marionnettes bonnes à briser, et de s’en amuser? Nous nous récrions devant ces « actions que les contraintes sociales et morales, heureusement, empêchent », ajoute aussitôt le metteur en scène. Mais l’art de Shakespeare nous les rend pensables, nous fait sentir la pente qui mène à ces abîmes. Comment comprendre la troublante séduction du mal à moins d’y aller voir nous-mêmes – et en nous-mêmes, afin de mieux nous construire et nous comprendre, grâce à cette surpuissante prothèse collective qu’est le théâtre ?  Nous nous y retrouvons, conclut le directeur de la Schaubühne, « dans un espace libre où la catharsis est possible, ou l’on peut jouer avec nos instincts les plus sombres pour, peut-être, nous purifier, nous libérer ».

En vidéo

Autour du spectacle

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Générique

traduction Marius von Mayenburg
scénographie Jan Pappelbaum
dramaturgie Florian Borchmeyer
musique Nils Ostendorf
lumière Erich Schneider
vidéo Sébastien Dupouey
costumes Florence von Gerkan
collaboration aux costumes Ralf Tristan Sczesny

production Schaubühne – Berlin

Metteur en scène

Thomas Ostermeier

Après des études de mise en scène à Berlin dans les années 1980, Thomas Ostermeier se fait connaître en devenant le directeur artistique de la Baracke, scène associée au Deutsches Theater, entre 1996 et 1999. Il y présente des auteurs contemporains allemands ou anglo-saxons et rencontre un immense succès.
En septembre 1999, à 31 ans, il devient codirecteur artistique de la Schaubühne, où il poursuit depuis son travail de découvreur de textes nouveaux aux côtés de la troupe et de ses proches collaborateurs, comme le scénographe Jan Pappelbaum ou le dramaturge Marius von Mayenburg. Lars Norén, Sarah Kane, Jon Fosse, Caryl Churchill rejoignent Büchner, Brecht, Ibsen, Wedekind, Shakespeare dans le répertoire d’un théâtre d’une puissante humanité, où l’ironie ne nuit jamais à la gravité de l’interrogation morale et politique.  

À l’Odéon-Théâtre de l’Europe, Thomas Ostermeier a déjà présenté :
- John Gabriel Borkman d’Ibsen (2009),
- Dämonen [Les Démons] de Lars Norén (2010)
- Mass für Mass [Mesure pour mesure] de Shakespeare (2012)
- La Mouette, d’Anton Tchekhov (2016)

Extrait

Richard
Voyons, cousin, sais-tu frissonner et changer de couleur,
Étouffer un souffle au milieu d’un mot,
Et puis le reprendre, et t’arrêter encore,
Comme si tu étais égaré, et fou de terreur ?
Buckingham
Bah ! je sais contrefaire le grave tragédien,
Déclamer, regarder en arrière, épier de tous côtés,
Trembler et tressaillir au frémissement d’une paille,
Simulant un profond soupçon. Airs lugubres
Et sourires forcés sont à mon service,
Prêts tous deux à faire leur office
À tout moment pour embellir mes stratagèmes.

William Shakespeare : Richard III, éditions Gallimard, NRF, 1995, trad. Jean-Michel Déprats