Avec
Masanori Kikuzawa, Angélica Liddell, Alberto Alonso Martínez, Gumersindo Puche, Ichiro Sugae, Kazan Tachimoto 

Le 25 novembre 1970, dans le quartier général des forces d’autodéfense de Tokyo, Yukio Mishima accomplit, en compagnie de ses plus fidèles, l’éventration rituelle qu’il avait longtemps rêvée, écrite et même filmée. Geste impossible, scandaleux – hara-kiri ou seppuku – que Marguerite Yourcenar tenait pour l’acte d’un héros et son ultime chef-d’œuvre. 


Lectrice obsessionnelle du Pavillon d’or, Angélica Liddell se place sous le patronage de cette énigmatique figure et de sa mort légendaire. Car qui mieux que Mishima pour exprimer ce besoin viscéral de réunir, dans un même élan, la recherche absolue du choc esthétique et le désir inextinguible d’une mort héroïque ? 


Avec Seppuku, Liddell clôt sa Trilogie des funérailles entamée avec Vudú (3318) Blixen et Dämon. El funeral de Bergman. La mort, horizon obstiné de son théâtre, devient ici la promesse d’une éclatante beauté, d’une ravageuse violence poétique. Officiante ou thaumaturge, Liddell invoque sur la scène les figures de l’au-delà : sa poésie se mêle aux éclats fulgurants de Mishima, aux complaintes des fantômes du nô Hagoromo, et ouvre un passage entre les vivants et les morts. 


Avant que la chair ne se décompose, est-il encore possible d’atteindre la grâce ? De faire du théâtre une déflagration, de demander un peu plus de couleurs au soleil couchant ? Œuvre crépusculaire, Seppuku exige une beauté « qui fasse pleurer les dieux » et fait du suicide rituel l’ultime métaphore du « sacrifice comme acte poétique ».

Cast

adaptation de la pièce de théâtre Nô Hagoromo Le Manteau de plumes (XIVe siècle), avec des extraits de Patriotisme et Le Marin rejeté par la mer de Yukio Mishima 

texte, mise en scène, scénographie, costumes 
Angélica Liddell

lumière 
Javier Alegría  

direction technique 
Maxi Gilbert 

régie lumière 
Francisco Jesús Galán 

son 
Antonio Navarro 

machinerie
Fernando Díaz 

régie générale 
Elena Galindo 

construction du décor 
Alfonso Reverón Díaz 

logistique 
Micaela Ferrer 

directeur de production 
Gumersindo Puche 

assistanat de production 
Jaime Del Fresno 

coproduction 
Festival Temporada Alta, Théâtre national de Strasbourg, Odéon Théâtre de l'Europe, Wiener Festwochen | Free Republic Wien, Festival Grec 

avec le soutien de la Communauté de Madrid 

remerciements à l'Institut Cervantès de Tokyo et à l'acteur de théâtre Nô de l'école Konparu, Tsunao Yamai

Angélica Liddell, Je demande à en finir avec la vie, Gallimard, octobre 2026

cinq dates

1. La maison d’Emily Dickinson. J’avais été invitée à faire une lecture de poésie à l’université d’Amherst. Pour moi, ce fut un pèlerinage. Elle est la plus grande poète de tous les temps. J’ai eu le privilège qu’on me laisse seule quelques instants dans sa chambre. J’ai regardé par chacune des fenêtres. Il y avait dans la chambre une odeur pénétrante. Être là, toute seule, et penser, oui, c’est une possibilité, l’enfermement. Tant qu’il existera cette possibilité, nous serons saufs. Puis je suis allée voir sa tombe, complètement à l’abandon. 

2. Klaus Kinski dans la pièce de théâtre Jésus-Christ Rédempteur. J’aimais déjà Kinski, il est à mes yeux l’un des acteurs les plus fascinants de l’histoire du cinéma, un monument à la beauté. Mais voir la captation de cette représentation dans un théâtre de Berlin, où il affrontait les spectateurs, leur demandait s’ils pouvaient rester silencieux au moins une heure dans leurs vies, c’est quelque chose qui m’accompagne depuis plus de trente ans. D’ailleurs, j’ai reproduit un moment de cette scène dans Chien mort dans un pressing : les forts, et un beau jour j’ai commencé à mettre le public dehors, vraiment, un fusil à la main, et parfois je partais en coulisse avec les comédiens et je laissais le public planté là, tout seul, dans la salle, et je retournais sur scène quand j’en avais envie, et je les insultais, j’insultais le public, j’ai atteint une sorte de folie. Je me suis mise à travailler avec la rage, à improviser avec la rage, ou peut-être avec la colère même de Dieu. Après avoir vu cette vidéo de Kinski, j’ai commencé à laisser libre cours sur scène à la rage authentique pour la transformer en instants de sincérité, improvisés, il ne peut en être autrement, en moments de beauté et de folie, j’ai commencé à créer, à improviser grâce à la rage, et c’est de cette déflagration que naissent les moments que j’aime le plus de mon travail sur scène. Grâce à la rage, j’atteins une sincérité profonde sur scène. Cet instant de vérité que la plupart du temps on cherche sans le trouver. Le mieux qui puisse m’arriver, c’est qu’on me fasse du mal juste avant la représentation. Si l’on vient perturber mon âme, si l’on m’énerve et que l’on me met en colère, si l’on me fait mal, si quelqu’un à côté de moi me fait du mal, me fait du tort, si quelqu’un me trompe et que j’en ai l’intuition, et si ma peau le dit, et si mon corps révèle le malaise de mon âme, alors la représentation, ce jour-là, est proche de l’extase. J’ai fait de la rage un véhicule de la transe esthétique. La rage comme esthétique. Ça a un prix. Je brûle, mon cœur s’embrase. C’est le prix à payer pour avoir volé le feu aux dieux. Quand Dieu a créé le monde, il était en rage. 

3. Les funérailles de Bergman au Dramaten de Stockholm. Poser ce cercueil en pin suédois sur la scène où Bergman avait travaillé, parler avec son fantôme, le sentir, dire les textes, tout, tout, aimer Bergman sur cette scène, savoir qu’il m’écoutait et me donnait sa bénédiction, savoir qu’il aimait ce qu’il voyait, porter un manteau d’une de ses mises en scène, je ne sais pas, je n’ai pas les mots, je me suis brisée, je me suis brisée. Ce fut l’un des moments les plus importants et les plus beaux de ma vie, pas de ma vie professionnelle, mais de mon passage fugace sur terre. Inoubliable, inoubliable. Un acte d’amour mutuel authentique. Quand j’ai terminé, j’ai senti que j’étais désormais prête à mourir, j’avais compris. Un jour, il faudra que j’écrive 1 000 pages sur ma relation avec Bergman. Culminer dans le Dramaten dépasse n’importe quelle merveille, n’importe quel rêve. D’ailleurs, tout me faisait l’effet d’un rêve. Je dois rendre grâce au théâtre pour ce moment, qui continue à me guider. Seul inconvénient : je ne suis plus capable de voir ses films. 

4. Leslie Cheung. Découvrir cette créature céleste dans les films de Wong Kar-wai. Sa fragilité fait mal, sa beauté fait mal. Sa danse dans Nos années sauvages. Adieu ma concubine. J’en suis émue aux larmes. On naît comme ça. On n’apprend pas ça dans une école de théâtre. Il était fait de la matière des anges. Il s’est suicidé le 1er avril 2002, à l’âge de quarante-six ans, en sautant du 24ème étage de l’hôtel Mandarin Oriental à Hong Kong. Il n’a pas voulu déployer ses ailes. 

5. Le massacre du SIDA. Avoir dix-huit ans et voir mourir les meilleurs, les plus beaux, par poignées entières, la mort de toutes parts, les artistes en train de mourir, l’un derrière l’autre, pénalisés par la société du convenable, du correct. On les a laissés mourir. Nous étions jeunes. Comme vous maintenant. On les a laissés mourir. Ils sont tous morts autour de nous. Ils voulaient juste être heureux. Ce fut une extermination. Une véritable extermination au nom de la morale. C’est l’une des raisons pour lesquelles je défends l’immoralité en matière d’esthétique, le sexe à tout prix pour détruire toute forme de supériorité morale. Je viens de là, d’un jardin de morts. Paul McCarthy est peut-être le seul artiste qui me montre encore la voie quand tout n’est que décoration.