Phèdre

de JEAN RACINE
mise en scène LUC BONDY
du 22 septembre 1998 au 31 octobre 1998
Théâtre de l'Odéon



avec Didier Sandre, Valérie Dréville, Sylvain Jacques, Garance Clavel, Dominique Frot, Laurent Grevill, Marie Modiano, Marie-Louise Bischofberger

Dans un palais de crépuscule sans âge, comme une arène rituelle ouverte au combat funèbre des générations, une langue de sable clair semble faire allusion au rivage tout proche et aux ruines à venir. Au fond, le bleu du ciel ou de la mer fait une trouée inaccessible. Nous sommes aux temps mythiques où le divin et l'humain rïdent encore dans les parages l'un de l'autre, où les monstres et les êtres fabuleux hantent encore les généalogies. Mais les dieux que les héros ne cessent d'invoquer, leur puissance qu'ils ne cessent d'éprouver jusque dans leur chair, ne se montrent plus sur la scène, dont Racine se borne à noter qu'elle se situe " à Trézène, ville du Péloponèse ", dans une cité presque inconnue qui n'existe que pour le drame. A cette époque légendaire, à ce lieu presque indéterminé, répond une intrigue d'une sobriété Exemplaire, arrachant implacablement à Phèdre l'aveu de son amour maudit pour Hippolyte. Dans sa préface à Bérénice, Racine ne cachait pas sa fierté d'être parvenu à " faire quelque chose de rien " ; dans Phèdre, ce " rien " tient à la tension d'un nom qu'il fallait taire, d'un secret impossible à garder. Ce que l'héroëne arrache ou laisse arracher au silence - confidence, aveu, arrêt de mort - ne sont que les degrés d'une descente dans les ténèbres auxquelles Phèdre s'était vouée depuis toujours. Et toute la tragédie est comme une parenthèse ouverte dans ces ténèbres où " la fille de Minos et de Pasiphaé " peut laisser éclater sa passion et dire " ce que jamais on ne devait entendre ". Pour sa première approche de la tragédie classique,
Luc Bondy a choisi les raffinements de la simplicité afin de monter " une Phèdre réaliste ", au plus près de l'énergie tourmentée, de la violence sensuelle du chef-d'oeuvre de Racine.
Didier Sandre y incarne un Thésée d'une présence royale saisissante.
Quant à Valérie Dréville, clouée de tout son corps à une interminable agonie, hautaine ou convulsée, enfantine ou inhumaine, habitant le poème de ses murmures ou de ses cris, elle est une Phèdre inoubliable.