Die schönen Tage von Aranjuez

de Peter Handke
mise en scène Luc Bondy



1h45

du 12 au 15 septembre 2012

Odéon 6e

avec Dörte Lyssewski, Jens Harzer

Un homme et une femme sont là, assis dansles rumeurs de la nature toute proche.

C’est comme s’il leur fallait d’abord garder le silence pour devenir pareils aux éléments d’un paysage. Mouvant et animé comme le vent, semé de cris venus de tous les points du ciel, ce silence est comme un pont en pointillés « d’un temps à l’autre » – ce temps si libre qui est l’une des clefs musicales de la pièce. Temps grammatical, temps perdu ou retrouvé, temps qu’il fait s’entrelacent au temps historique (c’est à Aranjuez que Schiller situe l’intrigue de Don Carlos, elle aussi inextricablement amoureuse et politique). Sous la surface légère des vacances se creuse la profondeur d’une trêve ou d’une fête solennelle. Et peu à peu, le passage de l’Histoire filtre à travers les souvenirs d’époque ou se laisse surprendre au détour d’indices aussi inattendus que des baies brillant tels des rubis dans la pénombre d’un parc royal. L’homme et la femme qui se parlent si tranquillement – ils ont, comme on dit, tout leur temps – ne se privent pas de jouer de toutes ces harmoniques. Peut-être sont-ils devenus ou redevenus des enfants : leur dialogue ne serait qu’un jeu aux règles fixées d’avance – à moins qu’ils ne les inventent au fur et à mesure? Peut-être ne sont-ils plus ou pas encore amants. Peut-être leur couple est-il sans âge, s’amusant des ambiguïtés de l’amitié et du désir, glissant de la torpeur de la saison à la clarté changeante de la lumière qui vibre sous les arbres. À chacun de rêver ce qu’ils sont, comme peut-être ils le font eux-mêmes. Chronologie et météorologie, mémoire et sensation sont ici comme des pulsations qui lentement s’accordent pour battre ensemble – au fil d’une conversation – un seul rythme fondamental, jusqu’aux dernières paroles avant l’obscurité : « Ô qui sait ce qui sommeille dans la profondeur du temps ».

 


à lire Les Beaux Jours d'Aranjuez de Peter Handke, version originale française de l'auteur, Le Bruit du temps, 2012.