Lire, c'est aussi s'exiler dans des ailleurs pour mieux revenir vers soi. L'écrivain qui nous est le plus proche est parfois celui qui nous permet d'écouter le fracas du monde, de partir à la découverte de la part la plus secrète en nous quand le Moi se libère de ce qu'il a de plus sectaire en s'identifiant au Multiple [...]
L’œuvre la plus dérangeante est celle qui nous met face à nos incertitudes et nous donne le pouvoir de nous étranger de nous-mêmes, de briser notre carapace et de sortir des chemins balisés, car elle est, note Hermann Hesse dans Magie du livre, un "téméraire vol d'Icare au pays de l'impossible".
Linda Lê, par ailleurs (exils), Christian Bourgois, 2014
En présence de Linda Lê
Entretien mené par Jean Birnbaum
Lectures par Carole Bouquet
«La littérature n’est pas faite pour les acquittés, elle n’est pas faite pour les élus. Elle est dans le camp des victimes et des sacrifiés, dans le camp des condamnés qui essayent, comme moi, de trouver leur salut et qui se cassent les dents.»
Linda Lê est née en 1963. Depuis Dalat, sa ville natale du Vietnam, jusqu’à Paris, il y a eu de nombreuses étapes : Saïgon d’abord et ses études au lycée français, puis après la chute de Saïgon, son rapatriement en France avec sa mère française et sa sœur. Aux éditions Christian Bourgois elle a publié Calomnies (1993), Les Dits d’un idiot (1995), Les Trois Parques et Voix (1998), Lettre morte (1999), Personne (2003), Kriss suivi de L’homme de Porlock (2004), In Memoriam (2007), Cronos (2010), Lame de fond (2012).
Infos pratiques
Dans son livre intitulé Les Femmes ou les silences de l’histoire (Flammarion, 1998), l’historienne Michelle Perrot montre que l’inégalité des sexes se traduit non seulement par le partage inégal des tâches au quotidien, mais aussi par la distribution inégale des traces dans l’histoire. Pour résumer cet état de fait, Michelle Perrot a spontanément recours à l’image de la scène : «Au Théâtre de la mémoire, les femmes sont ombre légère», et c’est à la lumière de la littérature qu’il est possible de remettre à l’honneur leurs mots étouffés.
Telle est aussi la conviction du cycle Voix de femmes, qui donnera encore à entendre, cette année et pour sa deuxième saison, des voix d’écrivaines, femmes de lettres et d’idées. Chacune de ces soirées se déroule de la même manière, de façon à ménager les échos sensibles, les effets de résonance : d’abord, une grande comédienne porte les mots de l’auteure invitée, en lisant des extraits d’une œuvre adaptée pour la radio ou le théâtre ; ensuite, l’auteure s’entretient avec Jean Birnbaum. Entre mots proclamés et écriture scénique, textes relancés et réflexions partagées, on verra que sur le plateau de l’Odéon-Théâtre de l’Europe, les femmes sont tout autre chose qu’une «ombre légère» : une présence éclairante.