Franziska

de Frank Wedekind
mise en scène Stéphane Braunschweig
du 10 janvier au 18 février 1996
Théâtre de l'Odéon

avec Olivier Cruveiller,
Jean-Marc Eder,
Philippe Girard,
Florence Hebbelynck,
Évelyne Istria,
Flore Lefebvre des Noëttes,
Véronique Lemaire,
Ariane Moret,
Nicolas Pirson,
Daniel Znyk,
Musiciens
Didier Casamitjana,
Lisa Erbès,
Sylvie Magand,

Si l'on met à part L'Eveil du printemps et Lulu (le mythe incarné par Louise Brooks et l'opéra de Berg ayant d'ailleurs un peu éclipsé la pièce d'origine), le théâtre de Frank Wedekind reste en France peu connu : une oeuvre placée tout entière, de gré ou de force, sous le signe du combat - combat contre la censure, et à travers elle contre la société de son époque.
Parce qu'il ne voulut faire aucune concession à cette société-là, pas même celle de se taire, et que l'espoir d'un monde meilleur ne quitta peut-être jamais tout à fait celui que Brecht considérait aux côtés de Tolstoï et Strindberg comme l'un des "grands éducateurs de l'Europe nouvelle", Wedekind dut souvent s'avancer masqué, truffant son écriture de messages en forme d'énigmes ou d'allusions parfois difficiles à déchiffrer.
Franziska n'échappe pas à la règle, y ajoutant même un subtil jeu de références et citations, où le Faust de Goethe se retrouve comme paraphrasé au féminin, où drame naturaliste, cabaret et mystère médiéval surgissent comme autant de stations d'un parcours chaotique et fascinant, où la vie enfin de l'auteur, se glissant par tous les interstices, semble alimenter le feu d'une autobiographie mégalomaniaque et dérisoire.
Véritable forge théâtrale, Franziska finit pourtant par consumer toutes ses références, car la flamme visiblement importe plus que ce qu'elle brûle : car la vie, chez Wedekind, ne fait jamais l'économie de la mort, ni l'amour l'économie du désir.
Et pour cela il y a un prix à payer, celui de ne jamais venir à bout de ses propres contradictions, quelque chose comme une damnation moderne.
Stéphane Braunschweig