Soudain l'été dernier

de Tennessee Williams
mise en scène et scénographie Stéphane Braunschweig


1h35
du 10 mars au 14 avril 2017
Odéon 6e

avec Jean-Baptiste Anoumon, Océane Cairaty, Virginie Colemyn, Boutaïna El Fekkak, Glenn Marausse, Luce Mouchel, Marie Rémond

« Soudain l’été dernier », que s’est-il passé à Cabeza de Lobo, une modeste station balnéaire espagnole où le poète Sebastien Venable, un riche américain, passait des vacances et où il a trouvé la mort dans des conditions mystérieuses ? 
Faut-il en croire la version affreuse qu’en donne l’unique témoin, sa cousine Catherine ?
Une histoire – comme le dit son frère – qu’on ne peut raconter « à des gens civilisés dans un pays moderne et civilisé » !
Est-ce le délire d’une malade mentale, comme l’affirme Violette, la mère de Sébastien, qui a déjà fait interner Catherine pour qu’elle cesse de salir la mémoire de son fils ? Pour sa mère, la personnalité ascétique de Sébastien est sans rapport avec celle que Catherine décrit...
Qui était Sébastien ? Que cherchait-il ?  Comment comprendre sa fascination pour cette scène vue sur les plages des Galápagos : ces bébés tortues à peine écloses et courant désespérément vers la mer tandis que des oiseaux carnassiers fondent sur elles et rougissent la plage de leur sang. Auxquels de ces animaux s’identifiait-il ? Aux tortues ou aux oiseaux, aux plus fragiles ou aux plus féroces de ce monde ?

C’est un peu cette énigme que la pièce nous propose de suivre et qu’elle ne résoudra jamais complètement.
Tennessee Williams ne reconnaissait pas son œuvre dans le film de Mankiewicz, avec Catherine Hepburn et Elisabeth Taylor, qui a pourtant rendu sa pièce célèbre. Il le trouvait trop réaliste, et reprochait à Mankiewicz d’avoir pris au pied de la lettre sa métaphore de la « dévoration » alors que pour lui il s’agissait d’une « allégorie » sur la façon dont « les êtres se dévorent entre eux ».
 Il aurait sans doute préféré qu’une part de fantasme demeure, sans doute parce que le fantasme porte parfois plus de vérité que la réalité proprement dite, donne accès à d’autres strates de la réalité... et cela, c’est ce que le théâtre sait faire.
D’ailleurs il insiste pour que le décor ne soit pas réaliste, la villa de Mme Venable étant constituée en partie par une jungle de fougères géantes d’avant la création de l’humanité, la “jungle bien ordonnée de Sébastien”.

C’est cela qu'il m’intéresse de mettre en scène, ce grand poème aux allures de jungle, ces êtres d’effroi, fragiles et violents, en équilibre sur des gouffres, ces forces psychiques qui s’exercent dans l’inconscient des deux femmes, ce jardin du bien et du mal où un psychiatre au surnom faussement rassurant (« Sugar ») tente – comme nous spectateurs – de faire son chemin.

Stéphane Braunschweig