Un amour impossible

d'après le roman de Christine Angot adapté par l'auteur
mise en scène Célie Pauthe



1h40

du 25 février au 26 mars 2017

Berthier 17e

avec Maria de Medeiros et Bulle Ogier

L’impossible, dans Un amour impossible, n’est pas d’abord celui qu’on croit. Le livre lui-même a été presque « impossible » à écrire. Christine Angot s’en est expliquée dans Conférence à New York, texte dans lequel elle revient sur la genèse du roman. Elle dit avoir songé depuis toujours à un livre « où on verrait ce que c’est avoir une mère. Dire ce qu’est cet amour. Et ce qu’il devient ». En même temps, il ne pouvait pas s’agir d’« un livre sur ma mère. Ça ce n’était pas possible. » Car pour Angot, ce qu’aborde un livre n’est pas un thème qui serait dominé du dehors par l’écriture. Écrire est une tentative de « se remettre à l’intérieur des moments ». Les mots du récit construisent un espace du dedans, offrent une façon de ressaisir le réel qui n’est pas simplement rétrospective, ouvrent l’accès à une façon de savoir et de percevoir qui n’est pas de l’ordre de la description. Il ne s’agit pas de revivre ce qu’on fut, mais de toucher à une vérité. Elle est ici celle d’un amour dans lequel on naît, celui de la mère. Immense et pourtant traversé d’épreuves, d’intermittences, de malentendus parfois terribles.

« Avoir une mère »,  quelle est la vérité de ce lien ?  Christine Angot a mis longtemps pour aller puiser à un « fond de vérité » totale et complète, mêlant « intime, politique, social, physique, l’instant, et ce qui est permanent, toutes ces vies de ma mère, pour fonder une équivalence avec ce qui s’est tissé entre le lecteur et sa mère. »  Ici, lecture et écriture bordent un territoire commun :  les «  espaces du dedans »  à retrouver en écrivant ne sont pas seulement une affaire privée. Le récit devait à la fois restituer la présence singulière de la mère de Christine Angot, mais aussi la « tragédie », la « folie terrestre »  que peut être la relation à une mère, parfois ténue mais jamais rompue, la manière dont toute une vie s’en imprègne « du début à la fin ».

Pour dire cette vérité totale d’un amour « qui dirige tout », Christine Angot a mobilisé ce qu’elle en sait « depuis toujours », remontant le cours du temps jusqu’à la première rencontre de ses parents. Lui est un Parisien de bonne famille, polyglotte, lecteur de Nietzsche. Elle, petite provinciale employée à la Sécurité sociale, issue d’une modeste famille juive, est éblouie par son amant. Ils ne devaient pas se connaître. Et pourtant, cela est. Il ne veut pas l’épouser, ne veut se soumettre à aucune loi. Seule compte sa liberté. Celle d’un être « supérieur » qui ne se reconnaît aucun égal, aucune limite, aucune nécessité que celle de faire « une ou deux concessions à la société », juste ce qu’il faut pour «  avoir la paix ».  Tel est l’homme qui veut faire un enfant avec Rachel. Elle l’accepte. C’est de cet amour-là que naît leur fille Christine. C’est dans cette impossibilité que se prépare le viol de l’enfant. Et que s’engendre cette difficulté terrible de dire « ce que c’est avoir une mère ».

Célie Pauthe a été bouleversée par Un amour impossible. Elle a été frappée par la puissance de la rencontre entre mère et fille, qui, au terme du roman, reviennent sur le passé pour renouer ensemble le fil de leur histoire. Elle a eu envie de faire entendre ces paroles où s’opère ce partage proprement théâtral : « la transformation d’un « je » en « nous ». À sa demande, Christine Angot a adapté son roman pour la scène. Et sous sa direction, Maria de Medeiros et Bulle Ogier prêteront leurs voix au dialogue entre Rachel et Christine.