Avec
CAPÍTULO I :
Bruta, Carolina Bianchi, Chico Lima, Fernanda Libman, Joana Ferraz, José Artur, Larissa Ballarotti, Marina Matheus and Rafael Limongelli
CAPÍTULO II
Rodrigo Andreolli, José Artur, Carolina Bianchi, Tomás Decina, Lucas Delfino, Flow Kountouriotis, Chico Lima, Rafael Limongelli, Kai Wido Meyer
CAPÍTULO III
Rodrigo Andreolli, Larissa Ballarotti, Carolina Bianchi, Lucas Delfino, Joana Ferraz, Flow Kountouriotis, Fernanda Libman, Amanda Lyra, Danielli Mendes, Carolina Mendonça
Dix heures durant, Carolina Bianchi et sa compagnie Cara de Cavalo traversent les trois volets de la Trilogia Cadela Força (Trilogie des chiennes) ; une fresque impressionnante explorant les liens indéfectibles qui unissent l'histoire de l'art et la violence.
Chapitre I — A Noiva e o Boa Noite Cinderela
« Je ne suis pas la protagoniste de cette pièce. La protagoniste de cette pièce est morte. Mon travail consiste donc à expérimenter toutes les formes possibles de résurrection. »
Premier volet de la Trilogia Cadela Força. Hantée par le destin tragique de la performeuse italienne Pippa Bacca — violée et assassinée alors qu'elle réalisait une performance pacifiste à travers les Balkans —, Carolina Bianchi exhume les fragments d'une histoire de l'art traversée par les viols et les féminicides. Face à cette généalogie d'artistes exposées à la violence, la metteuse en scène et autrice entreprend une enquête vertigineuse, plongeant elle aussi dans les limbes de sa propre mémoire traumatique. Dans le sillage des gestes radicaux des performeuses dont elle s'inspire, elle met son corps en première ligne. Chaque soir, elle ingère le Boa Noite Cinderela — un puissant cocktail sédatif utilisé au Brésil par certains violeurs pour endormir leurs victimes. Sous son effet, elle abandonne sa conscience, conviant le public à descendre avec elle en enfer ; son écriture se fraie alors un chemin dans cet espace interstitiel entre la vie et la mort, ce cauchemar où resurgissent les femmes et les artistes dont elle cherche la trace.
Chapitre II — The Brotherhood
« Je ne suis pas la protagoniste de cette pièce. Les protagonistes de cette pièce sont tous vivants. Vous remarquerez que ma présence est spectrale, J'apparais et je disparais sans arrêts. »
Revenue des limbes, Carolina Bianchi reprend le fil de son enquête sur les rapports du théâtre à la violence. Dans ce deuxième volet de la Trilogia Cadela Força, elle dissèque les liens fraternels qui sous-tendent le monde de l'art : ces alliances tacites qui portent aux nues les grands génies masculins et relèguent bien souvent à la marge les femmes artistes. Réunissant autour d'elle les hommes de sa compagnie, l'autrice et metteuse en scène ausculte les dynamiques d'admiration réciproque qui gouvernent les relations masculines — cette confrérie dont les codes et le langage prennent, très probablement, leur source dans la violence et la misogynie.
Résolue à trancher le nœud de cette énigme, Carolina Bianchi sonde sa propre ambivalence face à ces « grands maîtres » du théâtre, à cette Brotherhood dont elle ne peut se départir si aisément. Partagée entre fascination et répulsion, elle ouvre les portes d'un théâtre en crise, dont la seule issue serait peut-être la déflagration d'une poésie radicale.
Chapitre III — Uma Luz Cordial
« Le langage écrit tend à se fragmenter, provoquant une désidentification. Je ne suis personne. Ma recherche oppressante du mot relève davantage d'un exercice spirituel qu'intellectuel. Le sacrifice de l'écriture s'aligne sur celui de la perte d'identité. Ainsi, toutes les voix sont des alter ego. Alter ego écrivaine. Alter ego poète. Alter ego chien. Alter ego fusil chargé. »
Les codes sur lesquels s'appuie la conscience s'effondrent. Le sens du discours s'effondre.
Après avoir exploré, dans les deux premiers volets de sa trilogie, la part occultée de violence inhérente à l'histoire de l'art, Carolina Bianchi clôt son cycle en explorant le mystère de l'écriture, qu'elle associe à l'énigme de sa propre sexualité. Par un assemblage foisonnant de brouillons, de carnets et de notes, elle invoque auprès d'elle les fantômes d'autres autrices – Hilda Hilst, Emily Dickinson – mêlant sa voix à leurs mots. Multipliant les alter ego, elle ouvre un espace propice au fantasme, et tout particulièrement à celui que produit l'acte d'écrire. L'autrice et metteuse en scène apparaît ici comme un sujet en dissolution, qui glisse d'une figure à l'autre pour interroger ce qui, dans la littérature, se noue au désir. Dans ce chapitre conclusif, Carolina Bianchi remonte le cours de la trilogie jusqu'à son point d'origine : l'instant décisif où l'écriture, la sexualité et la violence se confondent.
Générique
conception, texte, mise en scène, scénographie
Carolina Bianchi
dramaturgie, partenaire de recherche
Carolina Mendonça
direction technique, musique originale, son
Miguel Caldas
réalisation du décor, design graphique
Luisa Callegari
lumière
Jo Rios
vidéo, projections
Montserrat Fonseca Llach
traduction pour le surtitrage
Larissa Ballarotti, Luisa Dalgalarrondo, Joana Ferraz, Marina Matheus (EN), Thomas Resendes (FR)
régie plateau et assistanat de production
AnaCris Medina
direction de production, administration de tournée, communication
Carla Estefan
relations internationales, production, diffusion
Metro Gestão Cultural (Brésil)
spectacle présenté en coréalisation avec le Festival d’Automne
dans le cadre du Festival d’Automne
Carolina Bianchi, La mariée et Bonne nuit Cendrillon, Trilogie de chiennes, I, 2024 ; The Brotherhood, II, 2025 ; A Cordial Light, III, 2026, traduit du portugais par Thomas Resendes ; et The Magnificent Tremor, 2026, Les Solitaires Intempestifs
cinq dates
06.02.1984 Porto Alegre, Brésil – J’entends l’appel du retour.
2016 J’écris : Je cherche des artistes de sexe masculin qui s’intéressent aux arts de la scène, physiquement disponibles et intéressés par des expérimentations poétiques autour de certains aspects de ce que nous pouvons appeler masculinité – pour une résidence artistique axée sur un certain nombre de pratiques performatives et des exercices que j’ai créés, nécessitant une intense physicalité et imagination. La résidence dure une semaine et aura lieu tous les après-midis à l’Oficina Oswald de Andrade, dans le quartier Bom Retiro, à São Paulo. Une trentaine de personnes seront sélectionnées. À partir de cette expérience, je proposerai à quinze artistes d’intégrer le spectacle LOBO [LOUP], que je mettrai en scène, et dont la première est prévue en 2017/2018, à São Paulo. Important : être disponible pour participer à toutes les rencontres et savoir que, dans ce travail, tous les corps seront nus.
20.09.2020 Départ pour l’Europe. Parfois, je pense que je suis plus jeune que je ne le suis réellement. Angoisse totale, hiver, solitude brutale, presque pas d’argent. Mon amie Carolina Mendonça prend un train depuis Bruxelles, elle me rejoint à Amsterdam pendant les quelques jours sans confinement. Nous allons commencer le travail de ce qui deviendra plus tard le premier chapitre de la Trilogie des Chiennes. Quand je la vois, je la prends dans mes bras très, très longtemps et, à genoux, comme une enfant, je lui demande de ne pas se dire au revoir.
06.07.2023 Première de A Noiva e o Boa Noite Cinderela, premier chapitre de la Trilogie des Chiennes au Festival d’Avignon. Jour de la mort de José Celso Martinez Corrêa, fondateur du Teatro Oficina à São Paulo et l’un des plus importants metteurs en scène de l’histoire du théâtre brésilien (j’aimerais ouvrir ici un portail temporel car cette date mène directement à une autre date – le 18 août 2018 – jour de la première de Lobo [Loup] au Teatro Oficina, avec une distribution de trente performeurs. Entre un immense squirt du théâtre pendant que je baisais avec une langouste, les vomissements de certaines personnes dans le public et les émotions à fleur de peau, Zé Celso était là, simplement, il voyait tout. Puis un message audio sur mon téléphone qui se terminait par “à vous, mon amour éternel”).
12.07.2026 Je présente pour la première fois, en une seule séquence, les trois spectacles qui constituent la Trilogie des Chiennes au Festival d’Avignon : A Noiva e o Boa Noite Cinderela, The Brotherhood et A Cordial Light. Je suis accompagnée des artistes qui forment avec moi ce que nous appelons « Cara de Cavalo », une compagnie de théâtre qui fonctionne toujours de la même manière depuis plus de dix ans, et dont les artistes sont aussi mes amis les plus chers. Durant ces dix heures, je dors et je me réveille sur scène. Expérience hallucinatoire. Je pense : Demain, qu’écrirai-je à propos d’aujourd’hui ? Pendant dix heures, j’essaie de rester éveillée après avoir ingéré un mélange de sédatifs et d’alcool – le “bonne nuit Cendrillon” comme on l’appelle au Brésil. Si je survis, vous me verrez sur scène dans ce théâtre – l’Odéon – à Paris, à l’automne de cette même année. Si je ne survis pas, vous verrez un double, un alter ego qui aura appris mes répliques et mes gestes, et qui aura sûrement plus d’aisance sur scène que moi, ce qui peut être une grande chance pour le spectateur, selon les différents points de vue ou les opinions personnelles. Peu importe lequel des deux destins s’accomplira. Ce qui m’importe, c’est qu’avant que tout ne commence, sur scène et en cercle, l’équipe et moi, nous nous prenons dans les bras et, les yeux humides pleins de vie, nous disons : Axé.
Infos pratiques
durée 10 heures
(avec entractes)
les samedis et dimanches à 12h30
déconseillé aux moins de 18 ans
en portugais, surtitré en français
surtitled in English every day