Tartuffe

de MOLIERE
mise en scène & scénographie STÉPHANE BRAUNSCHWEIG
du 17 septembre 2008 au 25 octobre 2008
Théâtre de l'Odéon

avec Jean-Pierre Bagot, Christophe Brault, Clément Bresson, Thomas Condemine, Claude Duparfait, Odille Lauria Padilla, Julie Lesgages, Pauline Lorillard, François Loriquet, Daniel Masson, Annie Mercier, Sébastien Pouderoux, Claire Wauthion

C’est une grande atteinte aux vices que de les exposer à la risée de tout le monde.
Molière

Nous parlons la «langue de Molière» comme les Allemands celle de Goethe ou les Anglais celle de Shakespeare. Il est le coeur battant de notre tradition théâtrale. Molière dramaturge est un trésor national. Mais Molière romancier ? S'il n'existe pas, il nous revient de l'inventer, affirme Stéphane Braunschweig.
Le futur directeur du Théâtre de la Colline aime aborder les grandes pièces en dégageant ce qu'il appelle leur roman sousjacent. Cette méthode d'enquête, aussi intuitive que fidèle au texte, lui permet de redonner tout leur éclat aux questions qui y sont posées, en se laissant guider par les surprises qu'elle provoque.
En l'occurrence, il est parti de l'interrogation suivante : Tartuffe est un hypocrite, sans doute, mais ce fait ne suffit pas à expliquer son influence sur sa principale victime. Car de deux choses l'une : soit il est un grand imposteur - mais toute la maisonnée d'Orgon devrait alors avoir succombé à ses pièges, et non pas le seul chef de famille ; soit son masque de piété n'a pas grand-chose de ressemblant - mais il ne devrait alors avoir trompé personne, pas même Orgon. D'où la question : pourquoi Orgon se laisse-t-il éblouir par le jeu de son hôte ? Pourquoi le faux dévot fascine-til sa dupe au point de se voir promettre la main de sa fille et la pleine possession de tous ses biens ? Il est ainsi apparu à Braunschweig que Tartuffe est d'abord un miroir fêlé dont Orgon se sert pour détourner les yeux de ses propres failles. Son succès est à interpréter comme un symptôme de la maladie d'Orgon. Et c'est en ce point que doit intervenir la conjecture romanesque : «Il faut imaginer la vie d'Orgon, son éducation stricte, sa relation à sa mère bigote ; son premier mariage avec une femme qui plaisait à cette mère, et qui ne devait donc pas incarner la joie de vivre ; la compensation retirée peut-être de sa réussite sociale et professionnelle et de l'accroissement de ses biens matériels ; son remariage avec Elmire, jeune femme joyeuse, sensuelle, avec qui Orgon peut avoir découvert les plaisirs de la chair et simultanément les affres de la jalousie [...]. L'obsession du péché, la culpabilité liée au sexe, la jalousie qui rend fou, le besoin de pureté dans un monde ressenti comme complètement corrompu, tout concourt à faire de Tartuffe l'homme providentiel, le médecin de l'âme, capable de guérir le mal dont souffrent Orgon et sa famille, les enfants n'étant pas moins truffés de symptômes que leur père ou leur grand-mère...»
Braunschweig poursuit ainsi, au-delà de la dimension comique du Tartuffe, une enquête amorcée dans ses mises en scène de Brand, Mesure pour mesure ou Peer Gynt, sur le thème de la tentation spirituelle comme face cachée de toutes les obsessions matérialistes.